PROPOS RASSURANTS DE L'EMPEREUR
«On a voulu nous brouiller »,lui a-t-il dit, et sans s'expliquer clairement sur les causes comme sur les provocateurs de ce dissentiment, il a mentionné quelques articles de journaux et il a achevé l'entretien, assez court du reste, par ces mots prononcés d'un ton ferme : « Maintenant, tout est terminé, « tout à fait terminé. »
« Peu de moments après, le prince de Polignac rencontrait le plénipotentiaire militaire d'Autriche, comte de Welsersheimb, qui lui raconta avoir eu, le matin même, son audience de congé du souverain allemand. L'Empereur lui avait fait entendre que l'on sortait d'une crise grave, qui aurait pu amener la guerre entre la France et l'Allemagne, et il aurait ajouté qu'il n'en était plus question et que l'incident était fini. »
A l'ambassadeur d'Autriche, l'Empereur avait également dit qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter et que les journaux étaient les grands coupables, par l'exagération avec laquelle ils avaient considéré certains griefs qui n'avaient pas une grande valeur par eux-mêmes. Mais, observait M. de Gontaut, « personne, ici, n'est dupe de cette prétendue indépendance de la presse allemande et chacun sait, à n'en pas douter, l'empire que le prince de Bismarck exerce sur elle par plus d'un moyen et l'habileté avec laquelle il en use ».
Outre les symptômes rassurants que signalait M. de Gontaut, dans cette dépêche datée du 17 avril, et qui donnaient à croire que l'incident était clos, un mouvement de retraite venait d'être opéré par la presse allemande. La Post, à deux reprises, avait déclaré qu'il ne fallait voir dans son article qu'une étude objective de la situation, dépourvue de tout caractère officiel, et la Correspondance provinciale, organe reconnu du gouvernement, affirmait, dans son numéro du 14 avril, en réponse à cet article et à la Gazette de l'Allemagne du Nord, que les craintes de guerre n'avaient, en ce moment, aucune raison d'être.
Néanmoins, ce n'était là qu'un temps d'arrêt dans la campagne de presse et l'impression de malaise ne disparaissait pas. La Gazette de V Allemagne du Nord du 18 avril, revenant à la charge, prétendait que les provocations étaient parties des journaux français et que l'article de la Post avait calmé leur ardeur. Elle insistait encore sur l'importance, non seulement militaire, mais politique, de la loi des cadres, dont l'adoption avait montré avec quel empressement l'Assemblée nationale allait, en ces matières, audevant des désirs du gouvernement.
A ces assertions, la Gazette de Francfort, journal de l'opposition, ripostait avec énergie : « Il est avéré que l'article de la Post de Berlin n'a été précédé d'aucune provocation de la part de la presse française et que celle-ci, loin d'affecter des allures provocatrices, a adopté à l'égard de l'Allemagne une attitude calme et réservée qui contraste étrangement avec le fracas des traîneurs de sabre berlinois. » On sait aujourd'hui que la guerre ou la paix viendront de Berlin et non de Paris. « Voilà pourquoi, tandis que tous les cris de revanche qui peuvent être poussés sur les bords de la Seine ne parviennent point à troubler la quiétude du monde, il suffît d'un simple article d'un journal officieux de Berlin pour causer une panique universelle. Le gouvernement allemand ferait sagement de se rendre un compte exact de cette situation... Il pourrait discipliner les cosaques de sa propre presse... »
Cependant la Gazette de V Allemagne du Nord ne se tenait pas pour battue, et, pour prouver ses dires, elle recueillait laborieusement, dans dix-neuf journaux français, des extraits de vingt-trois articles publiés pendant les six derniers mois. Au nombre de ces feuilles belliqueuses, présentées comme les interprètes de l'opinion française, figuraient dix journaux de province, tels que la Renaissance (de Vienne), le Progrès de la Marne et le Journal de Montmédy. Bref, une partie de la presse allemande persistait à