ENTRETIEN DE DECAZES AVEC HOHENLOHE
Je l'ai fait pour qn'il me sût gré de l'importance que j'accordais à ses paroles et aussi pour donner à entendre aux cabinets de Vienne et de Londres que leur prudence n'était pas imitée. Peut-être les piquerai-je ainsi au jeu.
« Je viens de causer longuement avec Hohenlohe; je ne puis que m'en louer. Je lui ai raconté qu'à la suite des explications fournies par vous sur nos intentions pacifiques et sur le quatrième bataillon, l'émotion avait disparu, lentement, il est vrai, mais assez complètement pour que vous puissiez considérer la crise comme terminée. Je ne lui ai pas dissimulé que vous aviez été frappé de son intensité. Nous nous sommes étonnés tous deux de cette alarme qui nous paraissait inexplicable. Il la déclare injustifiable, car il avait d'avance, m'a-t-il dit, fourni toutes les assurances et informations désirables. Je me suis laissé aller à développer nos vues sur la paix qui est notre nécessité comme notre devoir; j'ai traité très durement l'obstination et l'aveuglement avec lesquels on nous prêtait des pensées d'agression.
« Non seulement, lui ai-je dit, nous ne vous attaquerons « pas; mais, si vous nous attaquiez, nous vous laisserions « tout l'odieux de cette agression et nous ne nous défen- « drions pas. Nous ne cherchons ni à vous créer des em- « barras ni à former des alliances contre vous. Nous ne « cherchons qu'à assurer la paix et nous le prouverons en « toute occasion. »
« Je lui ai alors parlé de nos prétendus armements, dont il a reconnu l'innocuité, de l'emprunt auquel j'avais
par le ministre aux représentants de la France. Après avoir noté l'apaisement qui vient de se produire, il écrit : « Je serais porté à supposer que ce résultat était désiré parles représentants étrangers accrédités à Berlin et que leur attitude a servi à le préparer. J'ai le droit d'ajouter que les sages et pressants conseils du cabinet de Saint-Pétersbourg me semblent y avoir puissamment et tout particulièrement contribué. » Sur le rôle des puissances étrangères dans la présente crise, voir le chapitre suivant.
demandé au gouvernement de renoncer, pour ne pas fournir un prétexte aux malentendus. Je lui ai prouvé que je n'avais d'illusions ni sur l'état des«partis en Allemagne, ni sur les dispositions de l'Europe, et je lui ai répété en terminant ces propres mots :
a Je ne vous fournirai pas l'ombre d'un prétexte; je jus- « tifierai aux yeux du monde de la parfaite correction de « mon attitude; quoi que vous fassiez en Europe, je ne « vous attaquerai pas et enfin, si vous nous envahissez, je « conseillerai au Maréchal de se retirer avec ses armées et « son gouvernement sur la Loire et d'attendre, sans tirer « un coup de canon, que la justice de l'Europe ou celle de « Dieu se prononce sur vous. C'est pourquoi je ne suis ni « ému ni troublé de toutes ces alertes; je suis sûr de moi « et de ma conscience; mais, en vérité, je trouve que vous « êtes de grands fous de vous agiter ainsi et que vous seriez « plus coupables encore si vous vous laissiez aller à vous « acharner sur nous, car, après tout, vous relevez vous « aussi de la conscience humaine et vous devez craindre « de la révolter. A toute cette fausse et mauvaise politique, « il y aurait à substituer une marche plus simple et plus « loyale : faire de nous, vos adversaires et vos vaincus « d'hier, des amis du lendemain et arriver, en assurant la « paix, à débarrasser nos populations de cet odieux farce deau d'impôts qui les écrasent et d'armements qui les « démoralisent. Vous y penserez peut-être quelque jour et, « ce jour-là, vous me trouverez prêt à vous entendre. »
« Je ne lui ai pas parlé de la fameuse théorie de M. de Radowitz, n'étant pas assez sûr de le faire avec calme; mais je suis revenu sur la levée de l'interdiction de l'exportation des chevaux, en parlant comme d'un gage sérieux et dont l'opinion serait reconnaissante. Comme mon interlocuteur avait encore l'esprit préoccupé de nos prétendus achats de chevaux en Hongrie et en Russie, je lui ai répété que ces bruits étaient répandus et exploités par