‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 53 sur 178 · HOHENLOHE CHEZ LE DUC DECAZES · texte numérisé non relu

HOHENLOHE CHEZ LE DUC DECAZES

« Il est possible qu'on veuille nous effrayer et, par là, peser sur nos résolutions ultérieures pour nous déterminer à modifier ou à n'appliquer qu'incomplètement notre loi des cadres. Deux de mes collègues me disaient encore que, dans leur opinion, le gouvernement allemand, fort préoccupé du vote de la loi contre les ordres religieux, pourrait bien se servir des prétendus armements de la France comme d'un moyen pour rallier les voix dans les Chambres. L'explication n'a rien d'invraisemblable.

« Enfin, je tiens à ajouter qu'à l'heure où je vous écris, il y a détente. Un des attachés militaires étrangers qui ont le plus de rapports avec toute l'armée allemande en a donné tout à l'heure même l'assurance au prince de Polignac; celui-ci, de son côté, la constate également.

« En résumé, si la guerre doit éclater, j'incline à croire que ce ne sera point pour cette année... »

Lorsque M. de Gontaut écrivait cette dépêche, il ignorait encore les détails de l'importante visite faite au duc Decazes, le 5 mai, par le prince de Hohenlohe.« Hohenlohe, écrivait le ministre, le 8 mai, a retardé son départ de vingt-quatre heures (1) pour avoir avec moi un nouvel entretien après la réception de son courrier. Je vous envoie ci-inclus le résumé de sa conversation. J'en ai conclu, comme vous le verrez, qu'il n'avait pas mission de m'inquiéter, mais seulement d'établir que l'incident du quatrième bataillon n'était pas clos. Il n'était pas d'ailleurs en mesure de reprendre cette discussion, puisqu'il m'avait déjà dit, à plusieurs reprises, que son attaché militaire et lui ne voyaient nulle importance à cet incident. Sur la question des six cents millions de billets de vingt francs que nous sommes censés accumuler dans les caisses de la Banque pour nous en faire un trésor de guerre, je me suis mis à rire et je lui ai fait observer que les billets de vingt francs qui rentraient à la Banque

(1) L'ambassadeur allait prendre un congé.

coûtaient à celle-ci de belles pièces de vingt francs qu'elle livrait à la circulation, et que si nous avions la pensée et les moyens de nous créer un trésor de guerre de six cents millions, il serait plus sûr de conserver notre or que d'entasser des billets.

« La démarche de Hohenlohe n'en a pas moins une réelle importance comme symptôme... »

A la lettre qui précède, le duc Decazes avait joint, pour éclairer M. de Gontaut, la pièce suivante :

« Pro memoriâ.

« Paris, le 5 mai 1875.

« Mon entretien avec le prince de Hohenlohe.

« Le prince avait communiqué à M. de Bùlow les impressions favorables recueillies à Berlin par M. de Gontaut, qui s'était cru en mesure de m'assurer que les explications dont il avait pris l'initiative auprès de M. de Bûlow et de M. de Radowitz avaient fait disparaître (1) leurs préoccupations au sujet de notre quatrième bataillon et de notre état militaire en général.

« M. de Bùlow, répondant à son ambassadeur, lui disait, par le courrier arrivé hier soir, que « l'optimisme de M. de « Gontaut lui paraissait exagéré, que le gouvernement « allemand n'était point entièrement convaincu du caractère « inoffensif de nos armements, qu'il ne lui paraît pas que « la loi des cadres ait été uniquement faite pour assurer le « sort de 1,200 capitaines et qu'il lui paraît, au contraire, « prudent de compter que nos lois militaires seront éner- « giquement appliquées.

« M. de Bulow n'hésite pas à croire que nous n'avons

(1) Note écrite par M. de Gontaut en marge du document : « Disparaître est peut-être trop fort; mais en relisant la dépêche n" 29 (Radowitz), que je persiste à dire exacte, M. le duc Decazes était en droit de dire tout cela au prince de Hohenlohe, à cette expression près de disparaître. » »

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