USMARCK SIGNALE NOS ARMEMENTS A L'EUROPE
Quoi qu'il en soit du véritable objet de cette mystérieuse mission, un autre fait important et mieux établi, c'est que, pendant la crise présente, le Chancelier voulut lui-même intéresser l'Europe à sa querelle et pria ses agents diplomatiques d'appeler l'attention des différentes cours sur le caractère inquiétant de nos armements (1).
« indiscrètes questions » au chancelier allemand par leur intermédiaire, c'est-à-dire aux frais de l'Etat prussien. Le prince Gortchakoff (c'est toujours Bismarck qui parle) recevait une somme fixe pour les frais de sa correspondance télégraphique et réalisait sur cette somme des économies aux dépens de la Prusse. Dorénavant, il fallait le renvoyer à l'ambassadeur de Russie à Berlin.
2° M. de Radowitz témoignerait la joie que causait à l'empereur Guillaume le futur passage du Tsar à Berlin, au mois de mai, et la satisfaction empressée du Chancelier.
Voir aussi, sur ce même sujet, les Pensées et Souvenirs du prince de Bismarck (trad. Jaeglé, t. II, p. 206). M. de Radowitz aurait été envoyé à Saint-Pétersbourg « afin de mettre, même au point de vue de la forme extérieure, les relations diplomatiques sur un pied d'égalité. En voulant s'affranchir résolument de l'influence prédominante de Gortchakofî, il eut l'occasion de s'attirer son antipathie... »
Citons encore une lettre publiée par les Nouvelles de Hambourg du 9 décembre 1892 et destinée à détruire les légendes, ou prétendues légendes, qui entouraient la mission de M. de Radowitz. Cette lettre était adressée, le 2 février 1875, par le comte Eulenbourg, alors chef du cabinet particulier du Chancelier, à un de ses amis : « ... En fait de politique, la chose la plus importante, mais non encore officielle, c'est que Radowitz est envoyé à Saint-Pétersbourg pour y dire, en l'absence prolongée de Reuss, toute une collection de choses désagréables, qui rendraient la situation difficile au chargé d'affaires qui y réside. Dans cette intention, on rappellera, pour un temps, Alvensleben ici. » (Penzler, op. cit., t. IV, p. 279.)
On lit enfin, dans une note de M. de Gontaut du 4 juin 1875, rapportant une conversation de l'empereur Guillaume avec un personnage qui n'est pas nommé : « A propos de la mission de Radowitz, il (l'Empereur) a dit que celui-ci avait été assez léger, imprudent, qu'il avait parlé avec trop de précipitation, ce qui était avouer que sa mission avait échoué. »
(1) Voir plus bas, p. 163, l'existence de ces représentations des agents diplomatiques allemands très nettement affirmée par Lord Odo Russell.
En ce qui concerne les représentations faites à Saint-Pétersbourg,
De son côté, le gouvernement français se tourna vers elles dans l'espoir que leur intervention conjurerait le
le prince de Reuss écrit, le 22 avril, au prince de Bismarck pour lui rapporter un entretien du général de Werder, l'attaché militaire allemand, avec le Tsar. Celui-ci ayant parlé des inquiétudes du général Le Flô et de ce qu'il avait répondu à notre ambassadeur pour le calmer, « le général de Werder a fait ressortir, à cette occasion, l'importance de la nouvelle loi française des cadres et évalué les chiffres gigantesques que l'armée française atteindrait sur le pied de paix dans deux ans environ ». La conversation passe ensuite à un autre sujet. Le prince de Reuss, après avoir terminé le récit de tout l'entretien, ajoute : « Le général de Werder m'a prié en outre d'écrire à Votre Excellence qu'il avait exactement suivi les instructions à lui données... »
Dans une autre lettre au Chancelier, datée du 2 mai, le prince de Reuss prête au Tsar l'opinion que l'inquiétude, « qui par moments s'empare des esprits, émane de Berlin », et constate que cette opinion n'est point combattue par le prince Gortchakoff. « Je cherche, continue l'ambassadeur, autant qu'il m'est possible, à lutter contre ces idées et je me sers, en le faisant, des puisssants arguments dont m'a muni Votre Excellence. » Y avait-il, au nombre de ces « puissants arguments », des observations sur notre loi des cadres? Le texte ne précise rien; mais il suggère au moins la supposition. V. ces lettres dans ***, Bismarck und Russland, Berlin, s. d., 8°, pp. 151-154.
Quant aux observations présentées à Londres par le comte Munster, elles sont attestées dans la version originale et primitive du discours prononcé par Lord Derby, le 31 mai, à la Chambre des Lords. Parlant du langage tenu à Berlin par des personnages de la plus haute considération qui insistaient sur la nature alarmante des armements français et sur la nécessité où se verrait l'Allemagne d'en exiger la réduction, le ministre avait dit : « L'ambassadeur allemand s'est exprimé dans ce sens à diverses reprises. » Une nouvelle version du discours, dans laquelle l'ambassadeur allemand n'était plus expressément désigné, fut ensuite substituée à celle-ci. — Dans une lettre à l'empereur Guillaume, en date du 13 août 1875, le prince de Bismarck ne juge pas impossible que le comte Munster ait « d'un point de vue théorique, académique, parlé de l'utilité de diriger, au bon moment, une attaque contre la France », mais il assure n'en rien savoir et ne l'en avoir jamais chargé. Toutefois, il ne lui reproche point ce langage; car il n'est pas utile « de donner à l'adversaire l'assurance que, de toute façon, on attendra qu'il nous attaque. Aussi ne suis-je pas disposé à infliger un blâme à notre représentant, s'il a, par occasion, parlé dans ce sens ». Voir cette lettre dans Pensées et Souvenirs, trad. Jaeglé, t. II, pp. 209-211.
Si l'on en croyait l'auteur d'une lettre signée Verax et adressée