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NOUVELLES PREUVES DES SYMPATHIES RUSSES

péril dont il se croyait menacé. L'incident des mandements d'évêques avait créé un précédent qui nous était favorable. L'Europe n'avait pas voulu faire cause commune avec le Chancelier. On se rappelle que la reine d'Angleterre avait écrit à l'empereur d'Allemagne pour lui conseiller la modération. On se rappelle aussi le langage qu'en cette même occasion avait tenu le gouvernement russe et les bonnes impressions que M. de Gontaut avait rapportées de sa visite à Saint-Pétersbourg. Depuis lors, des symptômes encourageants n'avaient cessé de se produire. « Je vous l'ai affirmé plus d'une fois, disait au mois de mai 1874 le prince Gortchakofï à M. de Gontaut : nous désirons une France forte, puissante, ayant en Europe le rang qui lui appartient. » Il disait encore, à la même époque, à un ancien diplomate français, que la Russie ne souffrirait pas que l'Allemagne nous fit la guerre sur un simple prétexte et qu'elle l'avait déclaré à Berlin. A Vienne, l'ambassadeur russe, M. de Nowikoff, exprimait les mêmes choses, ajoutant qu'à cette heure, la Russie exerçait dans le monde une influence dominante et qu'elle le prouverait au besoin.

Ces dispositions bienveillantes pour la France se retrouvaient, au mois de décembre, dans un long entretien du duc Decazes et du comte Schouwaloff, ambassadeur à Londres. L'Allemagne, assurait celui-ci, ne voulait pas la guerre. « Ne leur laissez pas deviner, lui avait dit l'empereur Guillaume, à quel point je suis décidé à ne pas la faire, car ils me danseraient sur le ventre. » Les Prussiens ne pouvaient penser à chercher querelle à la France. « Nous avons une armée égale à la leur. Ils ne sont sûrs ni de nous ni de l'Autriche, et c'est pourquoi ils ont pour nous tant de bonne grâce. » Cette conversation avait eu

de Paris, le 28 mai, au directeur du Times, l'ambassadeur d'Allemagne, le général de Schweinitz, aurait dit à Vienne que « c'était grâce à la longanimité de l'Allemagne que la guerre n'avait pas, encore éclaté ».

lieu sur l'initiative du diplomate russe qui avait exprimé son désir de voir le duc Decazes.

« C'est une consolation pour nous très appréciable, écrivait M. de Gontaut, que cette démarche du comte Schouwalofï, car elle était, à coup sûr, plus qu'autorisée. En la rapprochant du séjour de l'Impératrice et de ses fils à Paris, séjour dont on me dit qu'ils ont emporté une grande satisfaction, je trouve là enfin quelques symptômes heureux. Je pensais depuis longtemps qu'il y avait de ce côté des germes à cultiver. Vous vous rappellerez peut-être que je vous l'avais mandé au retour de Pétersbourg. C'est une éclaircie dans notre horizon toujours sombre (1). »

Tout tendait donc à faire espérer au duc Decazes que le pressant appel qu'il se proposait d'adresser à l'Europe et particulièrement au Tsar serait entendu.

Le rôle important joué par la Russsie, dans la crise présente, est connu depuis les révélations publiées par le général Le Flô dans le Figaro du 21 mai 1887. Notre ambassadeur à Saint-Pétersbourg a raconté comment, aux premiers jours du mois d'avril, à l'heure où il s'apprêtait à regagner son poste, le maréchal de Mac-Mahon lui avait communiqué une série de documents d'une nature très

(1) M. de Gontaut ajoutait : « Je dois dire qu'à mon sens le comte se fait quelque illusion sur la force de l'armée russe. Gaillard vous dira toute la vérité à cet égard et je ne crois pas qu'elle inspire encore une grande frayeur ici. Ce ne serait pas l'obstacle réel qui arrêterait à l'occasion les desseins belliqueux de l'Allemagne; il y en aurait d'autres heureusement. »

Le 20 décembre, M. de Gontaut écrivait encore au duc Decazes : « 11 y a certainement un mouvement de la Russie vers nous. Le langage que me tiennent les Russes qui sont à Berlin, ou qui y passent, en est une preuve de plus à ajouter à celles que vous avez recueillies à Paris. Oubril est plus disposé à s'ouvrir avec moi qu'autrefois et il juge plus librement en ma présence, que précédemment, la politique allemande. »

Vers la même époque le Tsar fit remettre au maréchal de Mae- Mahon le grand-cordon de Saint-André, et le prince Orlofï reçut le grand-cordon de la Légion d'honneur.

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