‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 69 sur 178 · LA QUESTION DU DÉSARMEMENT · texte numérisé non relu

LA QUESTION DU DÉSARMEMENT

tissement de la France et la destruction de l'œuvre de son grand-oncle?

« Je viens de laisser parler mon cœur et vous comprendrez ce cri de mon désespoir. Mais, examinant froidement les choses, je les résume comme suit :

« Nous ne pouvons pas admettre a priori que l'on songe à nous demander ou à nous conseiller une réduction de notre état militaire; d'une part, parce que les traités n'ont rien stipulé de semblable, et nous ne pouvons supposer que personne ait le droit ou la pensée d'augmenter pour nous les amertumes de ces traités; d'autre part, parce que rien dans notre attitude ne saurait justifier des soupçons ou des méfiances. Notre organisation militaire et les développements que nous cherchons à lui donner sont purement défensifs. Nous n'avons donné aucun développement aux préparatifs militaires qui facilitent et préparent une agression, à notre cavalerie par exemple; nous essayons de fermer une frontière ouverte, d'organiser, au centre de la France, des magasins et des ateliers. Rien donc dans nos préparatifs ne peut donner lieu de croire que nous entretenons des pensées d'agression et personne en Europe ne nous en prête.

« Pour ces causes et d'autres encore, nous ne pouvons, je le répète, admettre a priori que l'on songea nous conseiller ou à nous demander de réduire notre effectif. Nous ne pouvons supposer que cette pensée traverse les esprits; nous ne devons donc pas prendre l'initiative de prononcer le mot de désarmement, même pour le repousser. Mais si cependant l'indication vous en était faite, il faudrait avoir étudié d'avance la manière dont elle devrait être accueillie par vous. Vous devriez, ce me semble, à ce moment, exprimer très compendieusement l'étonnement qu'elle vous cause : rien ne vous y avait préparé, et, depuis quatre ans, vous aviez tout au contraire recueilli en toutes occasions des paroles qui devaient vous faire croire que l'Allemagne ne se

croyait nul droit d'intervenir dans nos affaires intérieures et dans nos plans d'organisation militaire. Vous insisterez non moins longuement sur cette considération particulière du caractère exclusivement défensif de nos travaux de réparation et de restauration militaires et vous en conclurez que l'indication qui vous est faite est ainsi la manifestation de préoccupations absolument injustifiables.

« Si l'indication vous vient par l'empereur de Russie ou par son chancelier, vous rappellerez que d'avance l'Angleterre a qualifié ces prétendues préoccupations de prétextes, et vous rappelant les exhortations qui nous étaient adressées de ne point accueillir aussi facilement de vaines inquiétudes et de ne penser qu'à la restauration de nos forces, que nous pourrions poursuivre librement, vous témoignerez une surprise, qui ne sera pas feinte, d'une attitude nouvelle dont vous développerez les conséquences pour toute l'Europe. Insistant à chaque instant sur le caractère essentiellement pacifique de tous nos actes, sur nos intentions bien connues, sur celles de la nation tout entière qui ne poursuit qu'un rêve, la paix, qui ne cherche à reconstituer ses forces que pour assurer la paix, qui ne recherche des alliances que pour la sauvegarder par un concert commun, vous ferez remarquer que c'est le défaut d'équilibre entre les forces militaires, entre la puissance militaire des diverses nations de l'Europe, qui fait l'insécurité générale et qu'il est de toute évidence qu'en consommant notre faiblesse, ce n'est ni la paix, ni l'apaisement, que l'on assure, mais seulement l'asservissement de l'Europe que l'on consomme.

« Puis, après avoir épuisé tous vos arguments, si vous vous trouvez en présence d'une insistance qu'il vous faille considérer comme inflexible, vous arriverez à déclarer que, n'ayant pu prévoir que semblable ouverture vous serait faite, vous êtes sans instructions et sans direction et que vous ne pouvez ainsi qu'en référer à votre gouvernement,

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