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LES DISPOSITIONS DE L'EUROPE

« nous avions droit aux bons offices et à la sympathie de « toute l'Europe, si on venait interrompre ce travail paci- « fique de régénération intérieure, en nous cherchant quelque « mauvaise querelle. » Chaudordy aurait trouvé le prince, vous le savez aussi, dans les meilleures dispositions et la conclusion de son entretien aurait été qu'à son passage à Berlin, le chancelier russe s'expliquerait très nettement avec le prince de Bismarck et lui ferait entendre qu'il ne pouvait compter, dans une agression sans motif, sur le concours de personne. Que sont devenues ces bonnes dispositions de Gortchakofî? Je n'en sais rien au juste. Je sais seulement qu'il n'a pas vu Bismarck à son passage à Berlin; il n'a pas eu d'audience non plus de l'Empereur déjà malade; mais il aurait vu, d'après ce que m'a rapporté Bartholdi (1), le prince royal. A-t-il pu avoir une explication satisfaisante avec lui? Ne vous semblerait-il pas très utile que Le Flô (2) au moins reprît avec le prince Gortchakofî la conversation tenue déjà entre Chaudordy et lui? Le Flô est ami, dit-on, de l'Empereur et du chancelier; il peut donc très bien aborder avec eux ce sujet. Je vous ai dit que je désirerais, si vous m'y autorisiez, aller voir cet hiver Pétersbourg que je ne connais pas, et y passer sept ou huit jours. Si vous jugez à propos que je voie en même temps le prince Gortchakofî, je suis à vos ordres.

« J'ai trouvé Bartholdi, à son passage ici, un peu ému de l'aveu que le prince Gortchakofî venait de faire à Le Flô de l'accord fait définitivement entre les trois empires et l'Italie, pour assurer la paix de V Europe (3). Je ne savais pas au juste l'étendue qu'avait prise cet accord, je n'en connaissais pas et je n'en connais pas encore toute la portée; mais je n'ignorais pas que, lors du voyage de l'empereur Guil-

(1) Ex-premier secrétaire de l'ambassade de France à Saint-Pétersbourg et tout récemment promu à un autre poste.

(2) Le général Le Flô, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg.

(3) Sur cette confidence du prince Gortchakofî, voir plus bas, p. 37.

laume à Vienne, des conférences entre les deux empereurs et leurs premiers ministres avaient eu pour résultat d'assurer l'entente au moins entre l'Allemagne et l'Autriche- Hongrie et leur union pour le cas où la France voudrait faire la guerre. Je l'avais appris par un haut personnage de la cour de Berlin qui a beaucoup de bontés pour moi et qui m'en avait fait la confidence sous le sceau du secret (1). Je l'ai mandé à de Broglie dans une lettre particulière du 28 octobre...

« Le fait est grave, et il vient puissamment à l'appui de la grande réserve dans laquelle nous devons nous tenir. M. de Bismarck continue inflexiblement sa politique d'isolement à l'égard de la France. Par son habileté, par son prestige, par la force militaire dont l'Allemagne dispose, il impose son alliance à presque toute l'Europe continentale, et je ne serais pas étonné qu'il tentât de faire entrer l'Angleterre dans cette ligue contre la France. Ses relations avec Lord Odo Russell (2) ont le caractère d'une assez grande intimité; mais je ne puis rien vous dire de précis à cet égard. Vos conversations avec Lord Lyons (3) peuvent vous en apprendre davantage...

« Je ne veux pas finir sans vous dire deux mots de nos affaires intérieures. Je reçois des lettres qui ne me satisfont pas. « Tout le monde, me dit-on, sent la nécessité d'une politique énergique, mais aucun de ceux qui pourraient en prendre l'initiative ne le fait. » On accuse le ministère de manquer de résolution. Il m'est difficile d'en juger exactement d'ici; mais permettez-moi de vous rappeler que, sortis du mouvement du 19 novembre (4), vous serez soutenus

(1) Ce personnage était le comte de Redern, grand chambellan de l'empereur d'Allemagne. Cf. Vicomte de Gontatjt-Bieon, Mon Ambassade en Allemagne, p. 415.

(2) Ambassadeur d'Angleterre à Berlin.

(3) Ambassadeur d'Angleterre à Paris.

(4) Date à laquelle l'Assemblée vota la prorogation des pouvoirs du Maréchal.

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