CIRCULAIRE ADRESSÉE AUX ÉVÈQUES
par le pays si vous déployez une grande énergie. Vous voyez avec quelle sévérité on nous juge en pays étranger. Après avoir renversé M. Thiers il faut absolument que nous sauvions V ordre. C'est ainsi que nous pourrons acquérir de la durée et vous voyez que c'est là la garantie qu'on nous demande. Cela ne m'empêche pas assurément de reconnaître les difficultés de votre position et le dévouement dont vous avez fait preuve en l'acceptant...
« P.-S. — Un membre du corps diplomatique, quittant tout à fait Berlin pour un autre poste, a eu avant son départ une longue audience du prince de Bismarck. Ayant ensuite rencontré un des membres de mon ambassade (il est ami de la France), il lui a dit : « Il faut que vous soyez « bien prudents en France. Faites-y la plus grande atten- « tion. »
On voit par cette lettre que l'intempérance de langage des évêques n'aurait pu se manifester à un plus mauvais moment. Le gouvernement français sentit le péril, avant même que M. de Gontaut le lui eût signalé. Aussi décidat-il de prendre les devants et d'offrir une satisfaction au Chancelier, sans lui laisser le temps de la réclamer ni de l'imposer. Le ministre des cultes invita donc les évêques, dans une circulaire en date du 26 décembre, à s'abstenir, par prudence et par patriotisme, d'apprécier et de condamner publiquement les actes des souverains étrangers, tandis que le duc Decazes jugeait bon d'aviser de cette mesure l'ambassadeur d'Allemagne, le comte d'Arnim.
« Il n'a pas relevé cette observation, écrivait-il le 2 janvier à M. de Gontaut, et j'ai passé outre, n'ayant pas grand goût pour y arrêter son esprit...
« Je n'ose considérer cet incident comme vidé... »
Averti par le télégraphe de l'envoi de cette circulaire, M. de Gontaut, prévoyant tout le parti que le Chancelier chercherait à tirer de l'incident et voulant le désarmer, se rendit immédiatement chez M. de Bûlow pour le mettre au
courant de la mesure qu'avait prise le gouvernement français.
Voici en quels termes il rapportait, le 3 janvier, au duc Decazes sa conversation :
«... Bien que Votre Excellence ne m'eût pas donné d'instructions à cet égard, j'ai pensé qu'un entretien avec le secrétaire d'Etat pour les affaires étrangères serait utile pour calmer l'excitation produite au sein du gouvernement même par cet incident.
« Je lui ai demandé s'il avait été informé par M. d'Arnim que le gouvernement français, préoccupé de l'effet que pourraient produire à l'étranger les mandements de quelquesuns de nos évêques, avait spontanément pris le parti de leur adresser des observations en les invitant à une plus grande prudence pour l'avenir.
« M. de Biilow n'avait rien reçu du comte d'Arnim depuis une dizaine de jours, mais il avait appris par les journaux l'existence de la circulaire et il m'en a témoigné sa satisfaction.
« Nous sommes les premiers à blâmer les intempérances «de langage quand elles se produisent, lui ai-je dit; mais « notre gouvernement intervient rarement et ne se sert « guère des lois qui ont posé des limites à la liberté de « parole du clergé. Une grande liberté religieuse s'est peu à « peu introduite chez nous; elle offre parfois des inconvé- « nients, mais elle est, pour ainsi dire, entrée dans nos « mœurs. Vous vous faites illusion, du reste, sur l'influence « de nos évêques dans le gouvernement; ils n'en ont aucune. « Comme j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire, les affaires « religieuses en Allemagne ont eu partout un retentissement « tel que tous les catholiques, abstraction faite de nationa- « lité, s'en occupent. Nous ne sommes pas les seuls, vous le « savez, qui nous y intéressions. En Angleterre, on a été « très vif à votre égard. Mgr Manning a blâmé publique- « ment et en termes très énergiques votre conduite vis-à-