‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 73 sur 178 · UNE CITATION DE VIRGILE · texte numérisé non relu

UNE CITATION DE VIRGILE

« l'arbitre de la paix, qu'il vient à Berlin pour l'impo- « ser, etc.; et quand il m'a abordé hier : Venez-vous, m'a- « t-il dit, sur le ton de la plaisanterie, prononcer le Quos « ego? — Je ne vais rien dire de tout cela, ai-je répondu; « je ne sais plus le latin. Je viens seulement vous voir ; je « veux me donner le plaisir de causer avec vous et certai- « nement nous nous entendrons. » Il faut donc un peu le « ménager. Au reste, entre nous, il donne sa démission. »

« Je me contins et observai seulement que cela ne me paraissait pas sérieux. « J'ai vu la lettre, reprit Gortchakoff « d'un air plus grave qu'à l'ordinaire, je l'ai lue. Sa santé « ne lui permet plus de rester aux affaires et il se retire. « Cependant j'espère qu'il reviendra sur sa décision. » Je voulus prendre ses regrets pour très sincères et je répliquai par une phrase assez banale. Cet aparté en resta là, et, depuis lors, je n'en ai entendu souffler mot nulle part. Enfin il a ajouté : « L'Empereur, je vous le répète, est extrêmement « satisfait; il vous verra demain et vous le dira. »

« Je le remerciai de nouveau; mais comme il avait insisté par deux fois dans le cours de la conversation sur l'excès habituel de nos inquiétudes, je ne voulus pas donner prise de nouveau à ses reproches et je lui dis : « Nous devons « être et nous sommes extrêmement reconnaissants des pro- « cédés de S. M. l'empereur de Russie. Soyez assez bon « pour le lui dire, en attendant que je puisse le lui expri- « mer moi-même. J'avais confiance, il est vrai, car indé- « pendamment des dispositions si favorables et si puis- « santés de l'Empereur, notre cause est si bonne que je ne « pouvais pas croire qu'on ne nous rendît justice. » J'ai ajouté qu'à mon sens, la guerre ne guérissait pas le plus souvent les plaies de la guerre et que je ne pouvais citer un meilleur exemple à l'appui de mon opinion que celui de la Russie. — C'est vrai, répondit le prince Gortchakoff. »

« Il m'a dit encore avoir lu la note militaire que le duc Decazes avait remise au prince Orloff, que, n'étant pas mi-

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litaire, il ne pouvait porter à son égard de jugement précis, mais qu'elle lui avait paru très juste (1). »

« Le soir de ce même jour, il y eut un grand cercle à la cour. Vers le milieu de la soirée, l'empereur de Russie vint à moi et, après une phrase aimable, il me dit : « Vous avez « vu le prince Gortchakofï et vous aurez été satisfait, j'es- « père, de tout ce qu'il vous a dit. Je vous le confirme « entièrement. Il n'y a pas de guerre à craindre. J'ai trouvé, « d'ailleurs, l'empereur Guillaume dans les meilleures dispo- « sitions, je me plais à le reconnaître. »

« L'empereur de Russie n'est pas dépourvu de timidité; il y avait foule; on nous regardait beaucoup. Il s'arrêta là; mais j'ai pensé que, le lendemain, à l'audience qu'il voulait bien m'accorder, étant plus à son aise, il serait plus explicite. Je n'ai pas voulu, comme de raison, différer jusque-là pour le prier d'agréer l'expression de notre reconnaissance, et je dis à Sa Majesté que nous savions bien lui être redevables de cette heureuse transformation dans l'état général des choses... »

« Le mercredi 12, je me trouvai, à une heure, à l'ambassade de Russie. Je fus introduit chez l'Empereur qui me fit asseoir et me dit avec bonne grâce : « Je vous confirme et les « paroles du prince Gortchakofï et les miennes d'hier soir. « Vous pouvez être parfaitement tranquille. Hier encore, « j'ai demandé, en riant, à l'empereur d'Allemagne si je « pouvais emporter la reconnaissance des ambassadeurs. Il « m'a répondu très nettement et très positivement que oui. « La vérité est que, dès mon arrivée, j'ai trouvé ici de « meilleures dispositions que je ne m'y attendais. L'Empe-

(1) M. de Gontaut ajoute : « Le langage et le ton du chancelier de Russie étaient empreints d'une netteté qui m'a frappé. Cependant, comme il s'est exprimé parfois avec une certaine affectation sur l'exagération de nos inquiétudes comme sur les très bonnes dispositions du prince de Bismarck, j'ai écrit dans mon télégramme qu'i m'avait paru un peu optimiste. »

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