SIGNES D'APAISEMENT DÉFINITIF
remarquée. L'Empereur l'avait chargé de présenter au Maréchal avec ses compliments les assurances les plus nettement pacifiques (1). « Il y avait, remarque le duc Decazes, dans cette attitude de l'ambassadeur, quelque chose déplus que l'expression commune de politesse banale. J'avais remarqué comme un symptôme la solennité de son langage et l'importance donnée par le gouvernement de l'Allemagne à sa démarche. »
Enfin, le 30 mai, M. de Gontaut rapportait au duc Decazes les prévenances dont il venait lui-même d'être l'objet : « Hier soir, à un cercle tenu par l'Empereur à l'Opéra, au milieu d'une représentation donnée en l'honneur du roi et de la reine de Suède, l'Empereur m'a abordé et, s'inclinant légèrement avec bonne grâce et gaieté, il m'a dit : « La « paix est- elle faite entre nous? » Un peu surpris, je lui répondis sur le même ton : « Je l'espère bien, Sire ! » ; puis j'ajoutai : « Quant à nous, assurément, nous n'avons « jamais pensé à la guerre. » L'Empereur, me laissant à peine lui répondre, reprit : « Vraiment, les journaux vou- « laient absolument que nous fussions sur le point de vous « faire la guerre ! Conçoit-on une puissance aussi malfaisante que celle de la presse?» Et, pendant deux ou trois minutes, il a déblatéré contre elle, l'accusant d'inventions absurdes, coupables, et lui attribuant évidemment et exclusivement la responsabilité de lacrise passée. Puis, me quittant
(1) Voir plus bas, p. 162. — « L'Empereur est venu voir ***. Il lui a parlé de la crise passée qu'il a mise tout entière sur le compte de la presse, l'assurant que ni lui, ni le prince de Bismarck, ne voulaient la guerre. « Mais, lui a demandé ***, la paix durera-t-elle long- « temps? — Certainement; il n'y aura pas de guerre de mon vivant, « pas avant cinq ans. » Il se promet, il paraît, cinq ans de vie encore. Il dit que le prince de Hohenlohe a dit un mot très juste, à savoir que cette crise avait au moins produit un bon résultat : la certitude que la France ne voulait pas faire la guerre; et ce qui l'avait mise en lumière, c'est la panique qui s'est déclarée en France quand on a cru que l'Allemagne allait faire la guerre... » (Notes de M. de Gontaut, 4 juin.)
aussi gracieusement qu'il m'avait abordé, il s'est hâté de rejoindre la reine de Suède. Un peu plus loin, il a trouvé mes filles et il a été charmant pour elles. Le prince royal s'est montré aussi d'une amabilité toute particulière. Enfin, il me paraît évident que le souverain et son fils ont été intentionnellement très aimables pour nous... Cette bonne grâce, si je ne me trompe, a été fort remarquée...»
Ainsi disparaissaient les alarmes qui avaient tant ému l'Europe. Mais tandis que la confiance et le calme reprenaient possession des esprits, le dépit et la rancune bouillonnaient dans l'âme du Chancelier qui s'isolait aux champs. C'est lui dont les méditations pénibles appellent maintenant notre intérêt et notre sollicitude.