RETRAITE DE LA PRESSE OFFICIEUSE
Mùnchener Nachrichten traitaient d' « incroyables » les assertionspacifiquesdelaGazeMede V Allemagne du Nord. La Gazette de Cologne estimait qu'il devait y avoir eu autre chose que de simples articles de journaux pour provoquer la crise, puisque tous les gouvernements de l'Europe avaient négocié entre eux. Les Annales prussiennes elles-mêmes, dont on a pu voir les tendances par ce que nous avons rapporté de leur langage, ne ménageaient pas l'expression de leur surprise et de leur mécontentement. Elles relevaient l'affirmation audacieuse que, depuis 1870, les rapports entre la France et l'Allemagne n'avaient jamais été plus amicaux qu'à l'heure présente, et que tout le mal était venu de la presse :
« De telles déclarations ont irrité aussi notre public allemand. Tant d'alarmes, tant d'insécurité pour l'industrie et le commerce, tant de pertes à la Bourse, et tout cela pour de simples racontars de journaux (1) ! Pourquoi n'y avaiton pas obvié plus tôt? Pourquoi la feuille gouvernementale avait-elle, le 10 avril, signalé elle-même le caractère inquiétant de la loi des cadres française?... L'impression produite fut qu'à Berlin on avait poursuivi un plan dont il fallait
(1) « Mais en vérité, c'est à se demander quelquefois si l'on rêve, ^si l'on s'est trompé du tout au tout sur ce que Ton a vu et entendu dans la crise qui vient de se terminer! L'Empereur, lui aussi, comme tous les journaux officiels et officieux, soutient que la crise a été factice, qu'elle n'a existé que dans l'imagination des journalistes ou dans les spéculations de la Bourse. » (Notes de M. de Gontaut du 29 mai.) — « Vous savez peut-être, a dit LordOdo Russellà M. do « Gontaut, que la reine d'Angleterre avait écrit à l'Empereur une « lettre qui a produit sur ses dispositions un effet salutaire. Je ne l'ai su « moi-même que par l'empereur Alexandre. L'empereur Guillaume « m'a chargé d'exprimer à la Reine combien il en avait été reconnais- « sant, ajoutant que, grâce à Dieu, la paix ne courait aucun risque. « Puis il s'est plaint amèrement de la presse, nommément de la Post « et d'autres journaux qui étaient les seuls auteurs d'une crise sans « aucun fondement. »... L'Empereur aurait-il été, par égard pour sa santé, tenu peu au courant de l'incident dans tous ses détails? C'est ce que certaines personnes assurent. » (Notes des 26-27 mai.)
dissimuler l'échec, et l'effet général fut pire que si l'on avait voulu s'en tenir toujours à la déclaration du 10 avril, et n'en repousser que les conséquences exagérées. Les brusques passages du noir au blanc n'ont fait qu'égarer et aigrir le public. Il sait, sans doute, qu'un gouvernement ne peut pas tout lui dire; mais il demande que des affirmations officieuses ne subissent pas de contradictions. »
Certains propos du comte de Redern, grand chambellan de l'empereur Guillaume, n'étaient pas moins significatifs : « L'empereur de Russie, disait-il à M. de Gontaut, a empêché la guerre! On ne répète que cela! Mais pourquoi Bismarck a-t-il laissé ou fait dire ici que la guerre était menaçante? car c'est d'ici, en effet, que c'est parti, bien que le bruit ne fût pas fondé. » L'Empereur lui-même, malgré le langage qu'il tenait en public, pensait-il autrement? Pas plus que le comte de Redern il n'admettait que les récentes rumeurs fussent fondées; mais peut-être, dans ses conversations privées, reprochait-il au prince de Bismarck d'en avoir favorisé la diffusion. C'est du moins ce que pourrait indiquer un passage des mémoires du prince de Hohenlohe : « L'Empereur, écrit celui-ci à la date du 18 mai, me parla un certain temps des fâcheuses conséquences des articles de journaux, puis m'entretint de désaccords entre lui et le prince de Bismarck et de la présence de l'empereur de Russie et comment celui-ci s'était convaincu de la fausseté des bruits mis en circulation. A la fin de l'entretien, il dit : « Faites mes compliments au maréchal de « Mac-Mahon et dites-lui que vous n'êtes pas seul le mes- « sager de paix, mais que le vrai messager de paix est ici. »
Ainsi, dans tous les articles belliqueux qui avaient paru, l'opinion persistait à reconnaître, malgré les démentis publiés par la Gazette de l'Allemagne du Nord, le Moniteur de l'Empire ou la Correspondance provinciale, l'inspiration directe, ou, à tout le moins, l'approbation tacite du Chancelier.