‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 9 sur 178 · M. DE BULOW SE DECLARE SATISFAIT · texte numérisé non relu

M. DE BULOW SE DECLARE SATISFAIT

a vis du clergé catholique, et cependant vous n'avez fait « aucune observation que je sache au gouvernement « anglais.

« C'est vrai, m'a répondu M. de Bùlow; mais l'Angleterre « est un pays de religion mixte, où, par conséquent, l'ardeur « religieuse se comprend davantage et a beaucoup moins « d'inconvénients. De plus, les Anglais ne sont pas, comme « vous, nos voisins, et ce qui se passe chez eux a « moins de retentissement en Allemagne que ce qui se passe « chez vous. Vous avez, du reste, le moyen de sévir : le « Journal des Débats du 29 signalait quelques articles du « code pénal qui sont précisément destinés à réprimer les « excès de la presse et du langage épiscopal, même à l'égard « des gouvernements étrangers. »

« Je lui répétai que depuis longtemps ces lois étaient à peu près tombées en désuétude, mais que le gouvernement ne renonçait pas pour cela à modérer le langage des évêques dans ce qu'il pourrait avoir de blessant pour les puissances étrangères.

« Je vous suis reconnaissant, reprit M. de Bûlow, de la « démarche que vous faites auprès de moi et je suis heureux « d'apprendre par votre bouche que votre gouvernement « blâme les mandements des évêques et s'efforce de modérer « leur langage. Du reste, nous avions déjà été rassurés sur « vos intentions par les déclarations que M. le ministre des « affaires étrangères avait faites, il y a quelques semaines, « au comte d'Arnim.

« ... Quand je me suis levé pour prendre congé de lui, M. de Bûlow a encore repris : « Je suis bien aise que vous « soyez venu me voir et que nous ayons causé de ces ques- « tions. Puisque vous m'en avez parlé le premier, je vous « dirai franchement que nous étions préoccupés d'une ma- « nière particulière du langage de vos évêques. Vous savez « que l'animosité contre la France était déjà vive en Alle- « magne; l'augmenter par ces mandements, c'était pousser

« à l'extrême l'état d'excitation de nos populations protes- « tantes. Je dois ajouter que la continuation de ces procédés « aurait pu devenir le signal de complications très graves; « mais nous sommes très satisfaits de l'initiative prise par « votre gouvernement; elle nous rassure sur ses intentions. « Je suis très heureux de tout ce que vous avez bien voulu « me dire et je répéterai vos paroles au prince de Bis- « marck. »

«...Mon impression, en sortant de cet entretien, monsieur le Duc, est, en premier lieu, que, depuis un mois, une grande préoccupation règne ici, dans les régions officielles, à l'égard de la France, et qu'elle aurait pu avoir des conséquences très fâcheuses (M. de Bulow y est revenu par deux fois); en second lieu, il me paraît certain qu'il a été très satisfait de l'initiative prise par notre gouvernement et de l'empressement que j'ai mis à lui en faire part. J'espère donc que cet incident est en voie d'apaisement; mais je crains qu'il n'ait laissé, dans l'esprit des hommes d'Etat allemands, des traces qu'une extrême prudence pourra seule effacer avec le temps.

« Il ne faut pourtant pas perdre de vue que M. de Bismarck a un intérêt très grand, au moment des élections pour le Reichstag, à surexciter le sentiment national et à tenir en haleine les sentiments d'animosité contre les catholiques et de crainte contre la revanche française. C'est là un point important à noter. Il est donc possible qu'une fois les élections accomplies et le budget de la guerre voté, cette animosité tombe d'elle-même, en partie du moins.

« En sortant du ministère des affaires étrangères, j'ai vu l'ambassadeur d'Angleterre. Il avait aussi remarqué qu'il régnait ici une vive irritation contre nous depuis la condamnation du maréchal Bazaine. Le parti militaire, en Prusse, ne nous pardonne pas, paraît-il, la publicité donnée pendant le procès à certains épisodes de la dernière guerre et notamment la divulgation de ce fait qu'à la bataille de

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