‹ Mon Ambassade en Allemagne;Chapitre 91 sur 178 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La question d'Orient : insurrection de la Bosnie et de l'Herzégovine.

— Le Mémorandum de Berlin : antagonisme de la Russie, qui demande une intervention des puissances auprès de la Porte, et de l'Angleterre, qui repousse cette intervention. — Politique médiatrice du duc Decazes. — Mécontentement qu'elle cause à la Russie. — Nombreux entretiens de M. de Gontaut à Ems avec le Tsar et le prince Gortchakoff; ses efforts pour justifier son gouvernement. — Lettres du duc Decazes expliquant sa conduite. —

— Le Mémorandum de Berlin tombe dans l'oubli. — Amertume persistante de la Russie.

L'heureuse intervention de la Russie en faveur de la France, dans la période troublée que nous venons de raconter, n'avait pu que donner aux relations de ces deux puissances un caractère plus intime et plus cordial. L'une se sentait reconnaissante d'avoir été délivrée d'un péril et l'autre satisfaite du rôle de protectrice et d'arbitre qu'elle avait eu l'occasion de prendre devant l'Europe. Dans le courant de l'été de 1875, le duc Decazes et le prince Gortchakoff s'étaient rencontrés en Suisse. Ils avaient parlé de la politique et le ministre français avait écouté avec un sentiment de gratitude les « affectueux conseils » que le chancelier russe ne prodiguait pas sans quelque complaisance. Ils ne prévoyaient ni l'un ni l'autre que les complications diplomatiques qui se préparaient à ce moment même en Orient allaient amener dans leurs rap-

ports, l'année suivante, une période d'humeur et de refroidissement. Des circonstances délicates se présentèrent, dans lesquelles il devint fort difficile à la France de conserver les bonnes grâces du gouvernement russe. Pendant quelque temps, M. de Gontaut s'y employa non sans peine. Il serait injuste envers sa mémoire de passer sous silence ce court mais laborieux épisode de sa carrière diplomatique. Nous n'entrerons point, à cette occasion, dans une étude approfondie de la question d'Orient; nous n'en retiendrons que ce qu'il est nécessaire pour suivre les négociations auxquelles M. de Gontaut se trouva pour un instant activement mêlé.

Au mois d'août 1875, un mouvement insurrectionnel avait éclaté parmi les populations chrétiennes de la Bosnie et de l'Herzégovine contre le régime d'oppression auquel les soumettait le gouvernement turc. Diverses tentatives de pacification, faites par les puissances européennes, n'avaient pas abouti. Les consuls s'étaient d'abord entremis, puis une note rédigée par le comte Andrassy, à la fin du mois de décembre, avait été présentée au Sultan après entente avec l'Angleterre, la France, l'Allemagne, la Russie et l'Italie. Mais le Sultan, bien qu'ayant accepté la note, n'était pas plus pressé d'accomplir les réformes qu'elle stipulait en faveur des populations chrétiennes de son empire que celles-ci n'étaient disposées à mettre bas les armes. L'insurrection, loin de se calmer, continuait donc à s'étendre et menaçait d'aboutir à une conflagration générale. Elle était ouvertement favorisée par les Monténégrins et les Serbes qui, déjà, brûlaient du désir d'entrer en campagne contre les Turcs. Au sein de l'empire ottoman, d'autres provinces chrétiennes, telles que la Bulgarie, commençaient à s'agiter. Enfin, parmi les Russes, un fort mouvement slave se dessinait en faveur des nationalités de même race opprimées par les Turcs et encourageait leur résistance.

Ainsi renaissait la question d'Orient, et, avec elle, la

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