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L'ANGLETERRE REFUSE SON ADHESION

puissances d'une intervention collective pour le cas où l'action diplomatique se serait trouvée impuissante à apaiser le conflit. Elle était résolument hostile à une pareille intervention.

L'attitude de la Russie ne pouvait qu'aggraver le désaccord. Au lieu de chercher une conciliation, elle voulut d'abord passer outre et se pressa trop. C'est le 17 mai que le cabinet de Saint-James refusait son adhésion; dès le 19, le prince Gortchakoff proposait de renoncer au concours de l'Angleterre et de présenter à la Porte une note collective établie sur le texte du Mémorandum de Berlin.

« C'est là, écrit M. de Gontaut dans ses notes, le fait grave et le point de départ des difficultés. L'Autriche-Hongrie et l'Allemagne, au dire de M. d'Oubril, entrent dans l'idée de la Russie. Cependant des hésitations commencent à se produire entre les trois cours, mais elles ne porteraient, assure-t-on, que sur le mode de procéder, car, le 21, M. de Bûlow m'assure qu'ici on est disposé à marcher à cinq, puisqu'on ne peut aller à six. Point de résolution le 22 encore : à cette époque, la Russie n'avait encore communiqué officiellement aucune proposition de ce genre au cabinet de Versailles. Le duc Decazes croit que la vraie raison du retard provient plutôt de ce qu'on regarde comme grave de se passer de l'Angleterre que du débat sur le mode de procéder à cinq. Il a raison. En même temps, et sur la demande de la Russie et de l'Autriche, il commence à négocier avec l'Angleterre pour la ramener dans le concert général. Il combat vivement les arguments invoqués par Lord Derby pour justifier son refus d'adhérer aux points acceptés par les autres puissances. Quelques jours se passent. Enfin, le 29, après s'être assuré qu'il devait abandonner l'espoir de changer la résolution de l'Angleterre, le cabinet français envoie à son représentant à Constantinople l'ordre de se concerter avec les représentants des trois cours impériales et de l'Italie pour

la remise d'une note identique à la Porte. C'était l'entente arrêtée entre les cinq puissances. Il ne renonce pas, d'ailleurs, à saisir de nouveau l'occasion de rétablir entre toutes les puissances l'accord momentanément troublé. »

A peine le duc Decazes avait-il abandonné l'espoir de ramener l'Angleterre et consenti à se joindre aux autres cours, qu'un événement imprévu vint tout changer. Au moment même où la note identique des cinq puissances allait être présentée à la Porte, dans la nuit du 29 au 30 mai, une révolution de palais éclata à Gonstantinople et Abdul-Aziz, détrôné, fut remplacé par Mourad V. Dès lors, tout était remis en question. De leur propre mouvement, les agents diplomatiques à Gonstantinople ajournèrent la présentation de la note et demandèrent des instructions à leurs gouvernements. Le duc Decazes vit dans cette situation nouvelle une occasion de rapprochement entre les six puissances et tâcha d'en tirer parti. Il émit immédiatement l'avis qu'avant de présenter au nouveau gouvernement la note identique, il n'était que juste et raisonnable d'attendre celui-ci à l'œuvre et de s'assurer de ses dispositions. Tant que le Sultan n'aurait pas donné la preuve qu'il continuerait la mauvaise politique de son prédécesseur, la note paraissait, en effet, sans objet.

Sur ces entrefaites, M. de Gontaut allait faire un séjour dans la ville d'Ems, qui, par suite de la présence du Tsar et du prince Gortchakoff, devenait, pour quelque temps, un centre important de négociations. C'est pendant cette courte période qu'il eut à mettre en œuvre tous ses dons de diplomate pour calmer le dépit que causa notre attitude au prince Gortchakoff. Ce sentiment était d'autant plus regrettable qu'il succédait brusquement à de nouvelles protestations d'amitié que le chancelier russe venait de prodiguer, à Berlin, à M. de Gontaut : « Nos relations avec vous, lui avait-il dit en présence même du prince de Bismarck, qui n'avait pu manquer de l'entendre, sont de jour

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