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ACCÈS D'HUMEUR DE GORTCHAKOFF

« Je relevai "ce mot, continue M. de Gontaut, en soutenant, sans la moindre vivacité, au reste, que nous n'avions pas été incorrects dans cette occasion, où il s'agissait d'un événement étranger, en définitive, à l'affaire de la note. Le chancelier a repris incontinent qu'il ne nous accusait nullement d'incorrection...

« Le cabinet russe est évidemment dans un accès de mauvaise humeur contre l'Angleterre, et je crains qu'il n'en fasse rejaillir quelques éclats contre la France, qui, me disait-il hier, paraissait agir d'après les incitations de l'Angleterre, ce que j'ai complètement nié. Peut-être le mot de mauvaise humeur n'est-il pas suffisant à propos de l'Angleterre; en retour, peut-être est-il exagéré à notre sujet; toujours est-il qu'il y a aujourd'hui une ombre légère entre la Russie et nous, mais j'espère qu'elle ne tiendra pas. J'aime à croire que nos relations quotidiennes jusqu'à la fin du séjour de l'empereur Alexandre à Ems la dissiperont.

« Vous pouvez croire (1) que j'apporterai tous mes efforts à montrer que notre attitude n'a pas été seulement correcte, mais qu'elle a toujours témoigné de notre désir de rester en conformité de vues avec la Russie, malgré les apparences d'une détermination de reconnaissance prise sans nous être entendus auparavant avec elle...

« L'entretien, du reste, a été très cordial et très confiant de part et d'autre. Le prince me répéta ce que déjà il m'avait dit à Berlin sur le rôle important, prépondérant même, que pourrait jouer la France si elle envoyait dans l'Archipel des forces navales importantes (2). Au reste, il est

(1) Dans ces notes au jour le jour, d'après lesquelles M. de Gontaut établissait sa correspondance, il s'adresse parfois au duc Decazes, en pensant à la lettre qu'il va lui envoyer.

(2) Voici en quels termes M. de Gontaut avait rapporté au ministre cette partie de sa conversation, à Berlin, avec le prince Gortchakoff : « ... Puis il insista avec beaucoup d'habileté sur l'intérêt qu'offrait pour nous la première partie de la note concernant l'envoi des bâti-

permis de supposer qu'en me renouvelant ce conseil, ce n'est pas seulement la grandeur de la France qu'il a en vue, mais aussi le moyen de tenir en respect la marine anglaise et de l'empêcher, au besoin, de nuire aux intérêts que la Russie entend représenter et protéger en Orient.

« Nous parlâmes peu de l'Allemagne. Il éloigna la pensée d'une entente secrète de l'Angleterre avec l'Allemagne au sujet des derniers événements de Constantinople ; mais il m'avoua, dans le cours de la conversation, qu'il était naturel que l'Allemagne s'intéressât, à titre de grande puissance, à ce qui se passait et se passerait en Orient. Malgré l'affectation du prince de Bismarck de répéter que cette question ne le regardait pas, il était peut-être fondé à reprocher au chancelier d'Allemagne de vouloir toujours se mettre en tiers entre la Russie et l'Autriche dans la question d'Orient. La raison qu'en donnerait le Chancelier est de maintenir l'accord entre ses deux voisins; mais « il n'est pas besoin de lui pour cela », ajouta le prince Gortchakoff... »

Le 3 juin, M. de Gontaut trouvait l'humeur du prince

ments de guerre sur les côtes de Turquie, afin de protéger les chrétiens, et leur coopération armée, en cas d'événements menaçant l'ordre et la tranquillité. Les forces maritimes de la France étant incontestablement supérieures à celles de l'Allemagne, de la Russie, de l'Autriche ou de l'Italie, doivent jouer un rôle prépondérant et capable peut-être d'assurer tout d'un coup la rentrée de la France à la place qu'elle doit occuper dans le concert européen. « Supposez, « en outre, ajouta-t-il, que l'amiral français soit plus ancien que « ceux des autres flottes; le commandement lui est assuré et l'éven- « tualité que je viens d'admettre offre encore plus de chances de « devenir une réalité. Nous vous l'avons dit, et je le répète, cet « accroissement de puissance de la France, nous l'appelons de nos « vœux et nous le souhaitons sincèrement. » C'est en partie dans cette intention que le prince Gortchakoff aurait demandé l'insertion de la clause de l'action maritime. — « Je crois, écrivait encore, le 16 mai, M. de Gontaut, que la Russie tend de jour en jour davantage à se rapprocher de nous; elle h£te de ces vœux et de ses efforts le retour de nos forces. »

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