CHRISTOPHE, JULES
JULES
Ah! bon... vous voilà... j'ai besoin de vous parler; car je suis dans le plus grand embarras.
Voyons qu'est-ce que c'est ?..
JULES
Je ne vous ai pas dit qu'hier j'ai perdu à l'écarté, chez madame de Kirkadof. . . vous savez , cette petite baronne russe, qui lient table d'hôte, et où j'ai fait votre connaissance... quand j'y pense... près de mille francs dans une soirée... c'est bien mal , et si ma famille savait ça.,. CHRISTOPHE.
Ah! je comprends... le gousset est dans les arriérés... et vous êtes philosophe, n'est-ce pas?
Air : De sommeiller encore ma chère.
Vous avez fait de la dépense, Cétait votre devoir, je croi ; Votre oncle est là pour la iiuance, Ici bas, chacun son emploi.
Le sort dans ses œuvres parfaites, Créa, n'allez pas l'oublier, Les neveux pour faire des dettes, Et les oncles pour les payer.
JULES
C'est possible... mais le mien ne donne pas dans ce charlatanisme-là... car je viens de lui présenter la note de mes dépenses , et , au lieu d'argent , je n'ai eu que de la morale.
C'est qu'il ne sait pas son état... il fallait donc me le dire, je vous aurais prêté un petit budjet de circonstance que j'avais fait, dans le temps, pour obhger un autre jeune homme... un mineur , qui se trouvait dans votre position. Christophe. 2
( 10 ) JUr.ES.
Je complais sur lui , et je ne sais comment faire... car je me suis engagé sur ma parole, et demain il faudra payer...
r.HHiSTOPHE.
Il faudra payer... eh î bien , est-ce que les amis ne sont pas là... voyons, contez-moi vos peines.
JULES
Dame... d'abord à mes trois tailleurs, qui me font toujours crédit.
Bah... les tailleurs, personne ne les paie jamais... ils se \ retirent assez sur la quantité... allez... soyez tranquille.
JULES
Ensuite , mon mémoire au café de l'Ecole de Droit... pour des déjeuners à la fourchette avec mes amis... ça coûte cher^ car vous ne savez pas coi^nme l'amitié est gourmande.
Si , si , au contraire... je connais ça.
Air : Il me faudra quitler Tempire,
Depuis longtemps, c'est là l'usage en France, On se connaît la fourchette à la main, C'était aussi , la coutume, je pense, Du peuple Grec et du peuple Romain...
Chez les marchands de come.-itibles, Le goût, la mode , ou bien le prix des meta. Selon le temps tout change... mais, Ch&z les amis , et les femmes sensibles, ^ L'appétit ne change jamais.
JULES
Enfin... quelques dépenses à crédit... tout ça fait qu'il me manque juste i5oo francs, pour n'avoir pas un sou.
Alors , parlons de là , et créons un emprunt.
JULES
Oui... mais où trouver des soumissionnaires?
Je vous prêterai deux mille francs.
JULES
Quoi ! vous seriez assez bon !
C'est pour vous obliger ; ne parlons pas de ça... (A part). la famille est riche , je puis me risquer... (Haut), Vous allez
Archives de !-^ '■■'-' --^'xdteS
me souscrire un billet... seulement pour la forme... vous entendez...
JULES j se mettant à la table.
Cest trop juste... pre'cisëment voilà du papier.
Non , non... {A part). Diable, 33 francs d'amende... ( 2V-rant une feuille de papier timbré de son portefeuille), J ai là ce qu'il me faut... je ne sors jamais sans ça.
JULES
Si vous croyez que c'est utile., je le veux bien... ah! na, je vais mettre : « Je reconnafs devoir à M. Christophe, la somme « de ... »
Cest trop long... d'ailleurs ce n'est pas le style de la banque... tenez... mettez tout bonnement : « Accepté pour la somme de 2000 francs. » La date en blanc jusqu'à votre majorité... je remplirai le reste.
JULES , écrivant.
Vous avez raison... c'est bien plus court. (Lui donnant le billet). Là... voilà ce que c'est.
CHRISTOPHE , regardant le billet.
Diable I vous écri vex bien . . . de la bâtarde. . . une belle main pour un latiniste... Ah! ça, faisons notre compte... je vous prête 2000 francs , n'est-ce pas?
JULES , écoutant.
Oui.
Alors , je vais vous donner yoo francs en espèces...
JIJLES.
Et le reste plus tard... '■-
Non, non, tout ensemble... vous allez voir... cinquante bouteilles de rhum... à dix francs... ce n'est pas cher...
JULES
Du rhum ? mais qu'est-ce que vous voulez que j'en fasse. .. je n'en bois jamais...
Eh! bien... est-ce que je ne suis pas là, moi!., d'^ailleurs c^est du bon, celui-là... vrai Jamaïque... vousen trouverez facilement le placement., donnez-m^en du pareil à cent sous.^
je le prendrai, moi... Nous disons cinqnante bouteilles de rhum.., ensuite, une pièce de calicot superfin... aussi beau que perkale... un coupon de drap mélangé pour redingoite... Louviers superbe... déplus, 6 foulards des Indes... une collection magnifique de lithographies des meilleurs maîtres... quatre pièces de nankin... dix cages... vingt quatre souricières... deux livres de quinquina... deux douzaines de chaussettes... en filoselle... le tout au prix de fabrique... r,a me coûte plus cherM» mais c'est parce que c'est vous...
JULES
Ah î ça , mais. . . qu'est-ce que c'est que tout ça ?
CHRISTOPHE. N
Eh! bien des marchandises... restez-donc tranquille... vous allez m'embrouiller... il nous reste environ vingt francs... qu'est-ce que je vous donnerai pour ça? {Begardant sa canne,) ce superbe bambouc des Indes... (^A part), du bois de Boulogne... (Haut), ma parole d'honneur... (Â pan), il m'a coûté cent sous. {Haut). Hein! éies-vous conient?.. c'est que, voyez-vous, avec les amis je ne suis pas regardant... moi...
JULES
A vous parler franchement , j'aurais mieux aimé de l'argent comptant.
Parbleu! je le crois bien... vous êtes bon enfant, vous... mais vous ne savez pas , mon jeune ami , que l'argent comptant est hors de prix dans ce moment-ci... et puis , songez-donc Il ma position!., vous êtes brave comme un petit César... bonne lame... même un peu querelleur... JULES , vivement.
Non , miais morbleu ! je ne me laisserai pas insulter.
Et vous avez raison, vous êtes français, c'est tout dire... Vous voyez donc bien., en cas de duel ou de mauvaise foi des familles , ce qui se voit tous les jours , mon argent serait flambé... Un accident est bientôt arrivé, et d'ici votre majorité ^ je risque tout...
JULES
Au fait , c'est vrai»., d'ailleurs puisque vous ne pouvez pas
faire autrement... alors ra ira comme ça, ressenliel est que ma famille n'en sache rien.
Olil rassurez-vous^ ce n'est pas moi qui en parlerai...
JULES
Pour le moment, je ne dois penser qu'à plaire à ma cousine, ei je vais tâcher de la voir- vous savez que le mariage i.^t arrange... mais elle est si timide que je n'ai pas encore *^u savoir si elle m'aimait.
Eh! bien, allez ^ mais surtout rappelez-vous les excell-îts conseils que je vous ai donne's à ce sujet-là pendant la roule.
JULES
Soyez tranquille , je n'aurai pas l'air d'un petit ioini© liomuie simple, innocent, puisque vous m'avez dit qiiM y avait beaucoup de femmes qui n'aimaient pas ea.
CHRLSTOPHE.
Oui , oui , ohl c'est que je m'y connais... quand on a fiit des passions.
JULES
Ah! vous avez aimé ?
CHIvISTOPHE.
Pa.*; si bete... mais j'ai été idolâtré... par des femmes cotrinm il faut, je m'en flatte... pas de ces femmt^s qui font des f;:iîci d'orthographe... Allez, mon jeune ami, croyez-moi et vous irez loin.
JULES
Que je vous remercie donc de tout ce que vous faites pou: moi.
Il n'y a pas de quoi... par exemple... allons donc...
[Jules sorf. )
scÈrsE vî.
CHRISTOPHE , seul.
Pour le coup... j'espère que celui-là ne dira pas que je ssiU grec... je viens de lui rendre un fameux service .. d'op^ès îe moyen que je lui ai mdiqué, il va plaire à sa cousine... le iîia-, riage se fera, et dors... j'y pense, mai... un futur... il fauri \me corbeille.., une mariée.. ,. un, trousseau... si je pouvais...
verrai ra... en ouire , comme ils ne doivent pas connaître ici toutes les rubriques de la capitale, j'ai apporté dans la caisse de mon cabriolet un petit assortiment de marchandises. . . dont je tâcherai de me défaire... mais voici la grand'maman , allons... pour inspirer de la confiance, en avant l'air comme il faut. (// tire vn petit peigne de sa poche et se peigne les çheueux et les favoris),