‹ Mon ami PiffardChapitre 3 sur 17 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LA "AMILLE PAVIXLOX.

Monsieur Pavillon a quitté lestement le bateau, empressé de se retrouver à terre, car, tout en affectant un goût prononcé pour l'eau, il avait mal au cœur lorsqu'il restait longtemps dessus; mais il attribuait cela à l'odeur de la vapeur.

Après avoir fait quelques pas, monsieur Pavillon se retourne, pensant avoir son ami près de lui; mais il porte en vain ses regards de tous côtés, il n'aperçoit pas Piffard.

— Tiens, c'est singulier... par où donc est-il passé? se dit monsieur Pavillon en s'arrêtant pour regarder encore autour de lui. Je le croyais près de moi...

« Comment, il m'a quitté ainsi... sans rien me dire... pas même adieu!...

« De la part d'un ami, je trouve cette façon d'agir peu aima'jle...

(( Oh! Piffard a quelque chose, certainement... il n'est pas dans son état naturel...

« Cela m'inquiète, parce qu'au fond c'est un fort bon enfant... un peu bête... c'est vrai... mais pas méchant...

(( Oh ! incapable de faire du mal à un pierrot...

(( Cependant il s'est emporté ce matin et il a brisé une assiette... il fallait qu'il fût malade pour cela... Par où diable a-t-il passé? »

Et monsieur Pavillon faisant une grosse voix se met à crier de toutes ses forces :

— Piffard!... Piffard!... ohé ! Piffard!

Mais personne ne répond à sa voix, et las d'appeler en vain, monsieur Pavillon se remet en marche, en se disant :

— Ma foi!... puisqu'il ne veut pas venir avec moi, je le laisse... Je suis venu ici pour terminer mes affaires, je veux repartir après-demain matin : je n'ai pas le temps de m'amuser à chercher Piffard... Je suis pressé de retourner dans ma nouvelle propriété... j'ai tant de choses à y faire!... quand ce ne serait qu'à nettoyer mes arbres, je suis sûr que j'en aurai pour quinze jours au moins.

Et monsieur Pavillon se rend chez le notaire, chez l'acquéreur de la maison qu'il a vendue, chez toutes les personnes auxquelles il a affaire; et, dans le courant de la conversation, il est rare qu'il ne dise pas trois ou quatre fois qu'il vient d'acheter une grande maison de campagne; il est si heureux de pouvoir dire cela, qu'il en devient ridicule et que l'on se moque de lui.

Mais lorsqu'on n'est pas habitué au bonheur, il rend souvent fort bête, bien heureux encore quand il ne fait que cela!

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