‹ Mon ami PiffardChapitre 4 sur 17 · LA FAMILLE PAVILLON · texte numérisé non relu

LA FAMILLE PAVILLON

On le voit quelquefois changer les faiblesses en défauts, les défauts en vices, et chasser le naturel, qui alors ne revient pas au galop.

Monsieur Pavillon termine promptenient les affaires qui l'appelaient à Melun. Il touche ses fonds et retourne à Paris, d'où il doit aller rejoindre sa famille qui est installée à sa campagne.

Pendant le peu de temps qu'il a passé à Melun, c'est en vain qu'il a essayé de retrouver son ami Piffard, il ne l'a plus rencontré; et la tristesse de son ami, la singularité de ses réponses, de sa conduite avec lui sur le bateau à vapeur, occupent souvent monsieur Pavillon pendant son voyage de Melun à Pari^.

Avant de retourner à Saint-Mandé avec monsieur Pavillon, faisons d'abord connaissance avec sa famille.

Monsieur Pavillon, que nous connnaissons déjà un peu, est un ancien miroitier.

Il s'était marié jeune, il s'était établi jeune, et son commerce aurait été assez bien pour lui permettre d'y amasser une honnête fortune si l'humeur de sa femme n'y avait pas mis obstacle.

Madame Pavillon est une toute petite femme, maigre, grêlée, chétive, mais douée d'une vivacité extrême; avec elle il faut au premier mot, au premier geste, au premier signe, que l'on ait fait ou plutôt deviné ce qu'elle veut; «ans cesse allant, venant, remuant, courant, elle est d'une activité effrayante.

Elle voudrait pouvoir tout faire dans sa maison, parce qu'elle trouve lents, lâches, paresseux, tous ceux qui n'ont pas de vivacité; enfin c'est de la poudre, dit -alpêtre sous la forme d'une petite

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femme assez gentille, très mignonne, et dont l'abord est assez doux.

Monsieur Pavillon était habitué à l'humeur de 6a femme; cependant, n'étant pas doué lui-même d'une forte dose de patience, il lui arrivait souvent de s'emporter aussi, et de vouloir surpasser sa femme en vivacité. Mais alors la boutique du miroitier souffrait beaucoup de ces scènes conjugales; dans leurs accès de pétulance, il était rare que monsieur et madame Pavillon ne brisassent pas deux ou trois glaces de prix; leur fortune en souffrait beaucoup.

C'est pourquoi, après avoir amassé quatre mille francs de rente et s'être acheté une toute petite campagne à Vincennes, monsieur Pavillon avait jugé prudent de s'en tenir là et de se retirer d'un commerce dans lequel d'un jour à l'autre un accès de vivacité de madame Pavillon pouvait lui luire faire des pertes énormes.

Les ci-devant miroitiers sont à la tête de deux enfants; une fille, nommée Félicie, qui est parvenue à sa seizième année; qui est blanche, blonde, et assez jolie, mais qui est aussi lente que sa mère est vive et son père pétulant.

Cette différence a fait naître bien des conjectures, bien des cancans parmi les amis et les voisins des miroitiers; le monde est si méchant, et il faut si peu de chose pour éveiller sa médisance !

Il y a ensuite un garçon que l'on a nommé César, qui n'a que huit ans, mais qui en paraît six; il est fort laid de figure, mais sa mère l'appelle l'Amour, parce qu'il a sa vivacité, qu'il saute, bondit, gambade sans cesse; parce qu'étant tout petit il avait des attaques de norfs lorsqu'on ne lui don-

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nait pas sur-le-champ ce au'il demandait et qu'en grandissant il a continué d'être emporté, colère et même rageur.

Une sœur de madame Pavillon, femme sur le retour, qui porte un corset ouaté, un caleçon ouaté, des jupons piqués et une foule d'autres choses pour se donner de la tournure et tous les appas qui lui manquent, vit presque continuellement chez son beau-frère, chez qui elle a voulu payer pension, pour avoir le droit de trouver tout mauvais, de commander, de gronder et d'être enfin une seconde maîtresse de la maison. Cette sœur, qui est veuve depuis l'âge de vingt-deux ans, d'un gros bonhomme quelle a, dit-on, fait mourir d'attaque d'apoplexie, en lui reprochant de trop manger, est d'une lésinerie extrême, excepté pour ce qui concerne sa toilette.

N'ayant jamais été jolie, mais en revanche ayant toujours été infiniment coquette, madame Hortensia Laminette se flattait de retrouver bien facilement un second mari et de n'avoir qu'à jeter le mouchoir à l'un de ses soupirants qui viendrait lui offrir son cœur, mais il n'en a pas été ainsi.

Quoique madame Laminette eût soin de faire sonner bien haut qu'elle avait deux mille francs de rente et un superbe trousseau, aucun homme ne s'était présenté pour remplacer le défunt.

Les années étaient venues : Hortensia, déjà laide, avait vu avec douleur son embonpoint disparaître et ses cheveux grisonner; elle avait remplacé ses formes naturelles par des postiches fort artistement faites, et ses cheveux châtains par un joli tour noir comme l'ébène : et malgré cela, madame Laminette était restée veuve.

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Mais aussi elle avait soin de répéter sans cesse :

— Ah! les hommes!... les hommes!... Qu'on est heureuse lorsqu'on n'est plus sous leur domination!... c'est bien assez d'un mari. Il est permis de se laisser atti'aper une fois, mais non pas deux; aussi je ne comprends pas comment il y a des veuves qui se remarient.

Mais à part sa ridicule coquetterie et sa lésinerie, madame Laminette ne manquait pas de bon sens, et, pour tout ce qui ne lui était pas personnel, elle raisonnait même avec esprit.

Voilà quel était l'intérieur de monsieur Pavillon ; en y ajoutant la domestique Angélique, assez bonne fille, qui n'avait que le défaut do prendre du tabac, ce qui est très imprudent lorsqu'on fait la cuisine.

En se retirant du commerce, monsieur Pavillon, s' étant trouvé maître de son temps, et ayant beaucoup de goût pour la campagne, avait dit à sa famille :

— Maintenant nous passerons régulièrement sept mois de l'année aux champs, à ma maisonnette de Vincennes.

« Je garderai un petit appartement à Paris pour l'hiver, parce que l'hiver j'aime le spectacle, les soirées, les concerts et la partie de bouillotte; mais dans la belle saison, je s^rai tout a la verdure... Quand je trouverai une occasion pour aller voir la mer à peu de frais, je serai complètement heureux. »

La maison que monsieur Pavillon possédait à Vincennes était fort modeste, si modeste que quelques personnes la prenaient pour une chaumière.

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