‹ Mon ami PiffardChapitre 5 sur 17 · LA FAMILLE TA VILLON · texte numérisé non relu

LA FAMILLE TA VILLON

Elle no se composait que d'un rez-de-chaussée et d'un premier, qui faisait mansarde.

Le rez-de-chaussée, divisé en plusieurs petites pièces, avait cependant permis d'avoir une salle à manger, un salon, une cuisine et une chambre de bonne.

Le premier, coupé en quatre, servait à loger à peu près toute la famille. Seulement, lorsque madame Laminette couchait à Vincennes, mademoiselle Félicie lui cédait sa chambre et partageait celle de sa mère.

Un petit jardin était placé derrière la maison. Il était à peine grand comme la moitié de la cour d'une belle maison de Paris; et cependant, dans ce petit espace, monsieur Pavillon avait entassé des arbres fruitiers les uns sur les autres ; il avait même mis des buissons, des charmilles, fait plusieurs bosquets, de corbeilles de fleurs ; le plus étonnant, c'est que tout cela venait à merveille, que les fleurs étaient belles, les buissons bien verts, les bosquets très couverts et les arbres chargés de fruits.

Une seule chose avait refusé de pousser dans le petit jardin de la maisonnette, c'était du gazon.

Dans un petit rond de huit pieds de circonférence, et qui était placé devant la fenêtre de la salle à manger, monsieur Pavillon voulait avoir un gazon, parce que cela repose la vue, qu'il y a des pelouses dans tous les grands jardins, et que, le soir, par les grandes chaleurs, il pensait qu'il serait agréable de pouvoir se rouler sur le petit rond qu'il avait eu l'audace de nommer sa pelouse.

Mais en vain avait-il semé à profusion ce la graine de gazon anglais et français, l'herbe avait

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refusé de venir, et le chiendent même ne poussait pas sur la malheureuse pelouse qui semblait frappée de stérilité, bien que la bonne, le jeune César et monsieur Pavillon lui-même l'arrosassent tous les matins et tous les soirs.

Voyant qu'il fallait renoncer à l'espoir de voir pousser le moindre gazon sur sa pelouse, un matin monsieur Pavillon s'était frappé le front, puis comme quelqu'un qui vient d'avoir une subite inspiration, il avait pris son chapeau et s'était mis en route pour Paris, en s' écriant :

— Oh! fichtre! nous aurons du gazon... J'en réponds cette fois!... Je vais le chercher...

« Je vous certifie qu'il sera d'un beau vert. » Toute la famille s'était regardée avec étonnemcat ne concevant pas comment s'y prendrait monsieur Pavillon pour rapporter un gazon tout fait. Mademoiselle Félicie disait :

— Mon papa va acheter plusieurs pots de chiendent, et c'est cela qu'il va encore essayer de faire prendre sur la pelouse.

— Non, disait le petit César, papa sera allé dans le bois de Vincennes ; là, il empruntera une bêche et il coupera des carrés de gazon qu'il rapportera

— On lui aura parlé de quelque nouvelle graine qui pousse facilement, disait madame Pavillon, et il est allé en chercher.

— Tout cela fera encore de l'argent de dépensé inutilement et mal à propos, disait Hortensia Laminette ; votre pelouse est frappée de stérilité comme Rachel, fille de Laban et femme de Jàcob. Et tout ce que l'on sèmera et plantera dessus n'y pourra rien faire venir.

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