‹ Mon ami PiffardChapitre 6 sur 17 · LA KAJI1LLE PAVILLON · texte numérisé non relu

LA KAJI1LLE PAVILLON

Cependant chacun était bien impatient de voir revenir monsieur Pavillon.

Il revint au bout de quelques heures, il descendait d'une voiture qui le ramenait de Paris.

Il portait sous son bras un rouleau très long et très gros, et, sans s'arrêter dans sa maison, il courut à son jardin, se init-à quatre pattes sur sa pelouse, et, défaisant son rouleau, étala sur la terre stérile un fort grand morceau de peluche de soie verte, qu'il coupa en rond, de manière à couvrir exactement sa pelouse.

Puis il appela tout le monde en s'écriant :

— Le voila, ce gazon que je vous avais promis... le voilà! il est superbe... il \ > est d'un vert magnifique ! venez l'admirer.

Il courut à son jardin, se luit à quatre pattes sur sa pelouse- (P. 2J.)

Au premier coup d'œil la peluche verte simulait parfaitement de l'herbe, et chacun poussa un cri de surprise en voyant ce gazon qui avait poussé encore plus vite qu'un champignon. Mais, en is'asseyant dessus, en le caressacit, on reconnut la fraude.

Cependant, comme à l'œil cela jouait parfaitement la verdure, on fit compliment à monsieur Pavillon sur son procédé, et l'on trouva son idée fort ingénieuse.

— Et c'est d'autant plus gentil, un gazon comme ça, dit la domestique, qu'il n'y aura pas besoin de l'arroser... Ah! Monsieur, vous devriez mettre tout votre jardin en postiche.

— Mais quand il pleuvra, dit madame Laminette, au lieu d'embellir votre pelouse, cela pourra bien la friper.

— Eh bien! ma chère sœur, ce sera très simple : quand il pleuvra, on enlèvera le gazon et on le rentrera; c'est très facile, celas' enlève comme une nappe.

C'est ainsi que monsieur Pavillon avait tâché d'embellir sa maisonnette, dont il aurait voulu faire une villa. Il aimait le jardinage ; il avait acheté râteau, bêche, pioche, binette, sécateur, brouette, enfin tout ce dont se servent les jardiniers.

Il se levait de bon matin, prenait son sécateur d'une main, sa bêche sous son bras, et allait travailler à son jardin.

Il connaissait tous ses arbres, cela n'était pas difficile dans un si petit espace ; cependant, il avait eu le talent d'y faire venir trente arbres fruitiers. Il les visitait, les soignait, les nettoyait tous comme une nourrice l'ait avec ses enfants.

LA FAMILLE PAVILLON ^'l

Dès qu'il apercevait une branche douteuse, il prenait son sécateur et la coupait. Il épluchait soigneusement ses poiriers, ses pommiers, ne laissait pas une mauvaise feuille toucher un fruit, et empêchait ainsi les vers de se mettre dans sa récolte.

Grâce à ces soins, tous ses arbres étaient pleins de sève et de vigueur, et ses fruit- venaient à maturité.

Madame Pavillon aimait les fleurs, et elle se chargeait de les soigner ; mais lorsqu'une plante ne venait pas assez vite, elle l'arrachait et la remplaçait par une autre. La petite femme voulait de l'activité chez les fleurs comme chez les hommes. Elle en voulait dans tout et reprochait même à sa bonne d'être lente à dormir.

Au total, personne ne s'ennuyait dans la maisonnette ; les fenêtres donnaient sur la grande route.

Mademoiselle Félicie travaillait contre une croisée en regardant passer les promeneurs, les voitures et les cavaliers.

Madame Hortensia Laminette s'asseyait souvent à la fenêtre, et, tout en tenant à la main un livre dans lequel elle ne lisait pas, elle jetait un coup d'œil en dehors sur tous les militaires qui passaient devant elle... et il y a toujours beaucoup de militaires à Vincennes.

Le petit César polissonnait sur la route, et jouait avec tous les enfants du voisinage.

Madame Pavillon criait après sa bonne, repiquait des marguerites et de la giroflée, et faisait à chaque instant le tour de sa propriété.

M. Pavillon tenait son sécateur et sa bêche ; il coupait et labourait, puis restait en admiration

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devant un tout petit poirier, qui avait cinquantedeux poires parfaitement mûres.

Enfin la bonne tirait de l'eau au puits, qui n'était pas profond, et arrosait tout le jardin, excepté la pelouse en soie verte.

Tous ces gens-là étaient parfaitement heureux et rien ne les empêchait de l'être comme cela longtemps! Mais il est souvent aussi difficile de savoir rester heureux que de parvenir à le devenir.

M. Pavillon aimait à recevoir, à sa campagne, ses connaissances de Paris.

Il ne pouvait pas recevoir beaucoup de personnes à la fois, parce que la salle à manger ne pouvait pas en contenir plus de neuf; on était même alors extrêmement gêné ; mais il se dédommageait en invitant plus souvent deux ou trois amis qu'il traitait de son mieux.

Et cependant, en reconnaissance de son bon accueil, de son petit vin dont il versait à profusion, de son dîner qui était bon, et des fruits de son jardin qui étaient délicieux, les amis se permettaient souvent de rire quand Pavillon parlait de sa maison de campagne et de son jardin.

Les uns lui disaient :

— Pavillon, quand donc fais-tu tes vendanges?... feras-tu des confitures cette année avec tes abricots ?

Ou bien encore :

— Pavillon, peut-on se promener un de front dans les allées de ton parc?

— As-tu compté combien on mettrait de temps à faire le tour de ton jardin ?

— Pourquoi n'y fais-feu pas faire une pièce d'eau?...

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