LA MAISON DE CAMPAGNE DE SAINT-MANDE
La nouvelle maison de campagne de monsieur Pavillon est située à Saint-Mandé, elle n'est pas précisément sur la route. Un fort grand jardin la précède.
Il y a un petit bois, un jardin anglais, un potager, un kiosque et de grandes allées dans lesquelles quatre personnes peuvent marcher de front.
La porte principale donne sur un chemin de traverse qui conduit à la grande route; une autre porte, derrière la maison, donne sur le bois.
Une troisième petite porte ouvre du jardin sur un sentier qui mène aussi au bois.
Le jour où il a pris avec sa famille possession de sa nouvelle propriété, monsieur Pavillon était comme un fou; il courait de son potager dans -on jardin anglais, entrait dans son kiosque, revenait à sa maison, retournait à son jardin, restait en
admiration devant un gros arbre, puis regardait autour de lui avec ravissement, en s'écriant:
■ — Et dire que tout cela est à moi!... C'est immense... On pourrait bâtir un village dans mon jardin.. . Et trois portes... trois entrées... C'est extrêmement commode... on sort d'un côté, on rentre de l'autre, c'est ravissant!...
Madame Pavillon ne cessait aussi d'aller de côté et d'autre en disant :
— Ici, il faudra des fleurs... là des buissons... « Voilà des légumes qui sont bien mal entretenus... Quelle sécheresse, mon Dieu!...
<( Tout va périr si on n'arrose pas...
<( Il n'y a pas assez d'arbres par ici... il y en a trop là-bas... Angélique!... venez donc arroser les laitues, elles meurent de soif. »
Angélique (c'était la domestique) arrivait avec un arrosoir et cherchant des yeux sa maîtresse, en disant :
— Où êtes-vous donc, madame?... je ne vous trouve pas!... Mon Dieu, que c'est grand ici!...
— Par ici, Angélique... dans cette allée... Ah! que vous êtes lente !
— Mais, madame, écoutez donc! Il est grand, ce jardin-ci... On ne peut pas arriver tout de suite, comme dans l'autre.
— Et vous n'avez apporté qu'un arrosoir... Tenez... voilà qu'il est employé.
<( Allez vite, et apportez deux arrosoirs pleins... « Félicie, César... est-ce que vous ne pourriez pas aussi arroser?
— Avec quoi? dit mademoiselle Félicie qui aimait autant ne rien faire. Nous n'avons que deux arrosoirs, et Angélique les tient.