LA MAISON DE CAMPAGNE DE SAINT-MANDÉ
— Alors il en faut davantage... Monsieur Pavillon!... monsieur Pavillon... Eh bien! où donc est-il?... où se cache-t-il?
Madame Pavillon courait chercher son mari dans la maison, tandis que celui-ci appelait sa femme dans le jardin anglais, puis dans le kiosaue, puis dans le petit bois.
Après avoir passé cinq minutes à se chercher, les deux époux s'étaient trouvés en face l'un de l'autre au détour d'une allée.
.Madame Pavillon était violette d'impatience.
— Où donc vous cachez-vous, monsieur? Voilà une heure que je vous appelle?
— Où te fourres-tu toi-même!... Voilà un temps infini que je te cherche.
— Ce sera amusant s'il faut passer ainsi son temps à se chercher ici.
— Ma chère amie, c'est là l'avantage d'une grande propriété : on ne se trouve pas tout de suite... On n'est pas sur le dos les uns des autres. C'est bien meilleur genre.
— C'est possible; mais quand j'appelle, moi, j'aime beaucoup que l'on me réponde.
— Que me voulais-tu, ma chère amie?
— Monsieur Pavillon, deux arrosoirs ne suffisent pas quand on a un jardin comme celui-ci.
— C'est juste, ma femme; demain j'en achèterai deux autres paires... Six arrosoirs! Oh! il faut bien cela !
— Tenez, monsieur, voilà dos haricots qui vont mourir, si on ne les mouille pas...
<( Angélique ! Angélique !... Angél... Ah ! mon Dieu! Voyez >i elle me répondra... Angélique!...
— Elle ne t'entend peut-être pas... si elle est
au bout du jardin... Attends, je vais la chercher.
Madame Pavillon, qui est très impatiente, se remet à appeler sa servante, puis son fils, puis sa fille. Enfin, la domestique débouche d'une allée, portant un arrosoir de chaque main et le front couvert de sueur.
Angélique a l'air de fort mauvaise humeur.
— Angélique... il est bien insupportable d'appeler si longtemps.
— Eh ! madame, quand il faut faire une lieue avec des arrosoirs pleins... Je n'en peux plus !... je regrette déjà le petit jardin et la pelouse en peluche verte !
(( C'était bien moins fatigant.
— Taisez-vous, Angélique; si mon mari vous entendait, il serait furieux.
La bonne arrosa en bougonnant, et lorsque le soir fut venu, madame Pavillon était enrouée, à force d'avoir crié et appelé.
Monsieur Pavillon était extrêmement fatigué, et la domestique avait une courbature.
Puis, au moment d'entrer dans la maison pour se coucher, monsieur Pavillon, s' apercevant qu'il n'a plus de mouchoir, dit à son fils :
— César, va me chercher mon mouchoir.
a Je suis certain de l'avoir laissé dans le kiosque, contre le petit bois... tu sais'r... Va, cours me le chercher. Moi, je suis trop las pour bouger. »
Mais le petit garçon avait fait la moue et ne bougeait pas non plus. Son père s'impatiente et s'écrie:
— ¥A\ bien! César, est-ce que tu ne m as pas entendu ?
— Si, mon papa.