ACTE II, SCÈNE XIII IÇÇ
retourne ça dans ma tête... Je sais que vous n'êtes pas heureuse.
MADELEINE, souriante.
Mais si...
MADAME ROUCHER
Mais non... je vous l'affirme, vous n'êtes pas heureuse avec votre mari.
MADELEINE, se levant.
Ecoutez, madame, puisque la musique anglaise vous agace, que penseriez-vous d'un peu de Debussy?
MADAME ROUCHER, se montant.
Ne niez pas l'évidence, ma chère enfant! Vous êtes préoccupée, mélancolique : cela crève les yeux... Vous n'êtes pas faite pour la vie que vous menez. Votre mari lui-même s'en rend compte.
MADELEINE, se rapprochant.
Pardon, madame, permettez-moi de vous poser une question... Mon mari vous a fait ses confidences?
MADAME ROUCHER
Oui.
MADELEINE
Oh! mais alors, madame, ceci devient très intéressant! Cette fois, c'est moi qui vous demande de parler, de répondre franchement à mes questions.
Je vous le promets.
MADELEINE
Mon mari vous a dit que je n'étais pas heureuse?
MADAME ROUCHER
Il est tellement sensible! Il voit bien qu'absorbé comme il est par ses innombrables travaux...
MADELEINE
Parfaitement, madame... Et alors il vous a dit qu'il n'était pas heureux, lui non plus?
MADAME ROUCHER
Ah! il ne pense pas à lui! C'est une nature si désintéressée! si délicate! mais il craint, d'autre part...