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EGALISATION DE LA VOIX. MOULE VOCAL

Dans les régions vocales les plus graves des femmes et des hommes — chez ces derniers on peut presque dire: dans toute la voix, — la tension du voile du palais contre le pharynx fait obstacle au passage vers les cavités de la tête, ce qui amène le son presque uniquement aux résonances de la poitrine et du palais. On doit avoir la pensée que le larynx est amené avec souplesse. L'écart entre i, e et ou est assez faible, plutôt horizontal que vertical, les ligaments vocaux ne sont que peu

Voix de poitrine. — Voix de médium.

Soprano, Contralto.

Voix de tête pure. — Voix de tête mélangée, voix mixte. — Sons de tête suraigus. Soprano, Contralto, Ténor.

Sensation palatale

et

sensation de tension

tendus. La couverture du son formée par ou produit au nez une sensation douce comme velours, et pendant le chant elle s'étend comme un grand arc, tendu le long du palais jusqu'en arrière. Un y établit la liaison*) avec toutes les voyelles, tous les organes. C'est là ce qu'on appelle la voix de poitrine, et c'est l'attitude vocale la plus vigoureuse. (Les données du gramophone permettent de constater combien les hommes, chantant presque exclusivement de poitrine, ont la voix plus forte que les femmes, pour qui les sons de poitrine forment l'exception.)

Par retirement en haut du palais souple**) (la coupe) derrière le nez — enchiffrènement doux et élastique, — par montée du dos de la langue et rétrécissement du larynx avec e, tension en long des ligaments vocaux vers le haut avec i, vers le bas avec ou, le voile se contracte et donne au souffle, c'est à dire au son, libre accès vers les cavités de la tête, dont il utilise aussitôt les résonances. Ainsi se produit la voix de tête, la région vocale la plus haute, le fausset. C'est la voix la plus grêle, mais qui a la plus grande portée.

Entre ces deux fonctions extrêmes des organes vocaux, voix profonde de la poitrine et voix aiguë de la tête pure ou fausset, se rencontrent tous les degrés de profondeur et hauteur de la région moyenne, c'est à dire de la voix mélangée de poitrine et tête, la voix mixte. Tout sera obtenu par l'intervention des muscles organiques, c'est à dire par des modifications appropriées des organes, au moyen de mélanges de voyelles. (Voir les gravures.)

La sensation du palais, figurée ici en noir, n'est bien entendu que sensation. Elle s'explique par la tension provenant d'un autre muscle, situé au dessus du palais et qui, se divisant en deux, s'étend le long

*) Cette liaison est désignée dans le texte allemand par la lettre j, le yod (prononcer yott) dont l'articulation est celle de notre y dans des mots tels que: yeux, yole.

*•) Partie antérieure du voile, faisant suite au palais proprement dit ou palais dur; le terme de «voile du palais» désignera plus spécialement la partie postérieure.

Lilli Lchmann, Mon art du chant. 3

Contretension.

Sensation du palais.

de la gorge vers le bas. C'est un muscle tenseur qui se révèle dès que le voile est tiré en haut et donne la sensation que le voile du palais se tend largement en arc depuis le nez jusqu'au diaphragme. En fait, le voile se contracte de plus en plus vers le haut à mesure que nous montons l'échelle sonore. Mais la sensation est accrue vers le bas par le contretenseur.

Je disais précédemment que pour la voix de poitrine la tension du voile du palais contre le pharynx s'oppose presque complètement au passage vers les cavités de la tête: il faut néanmoins qu'une faible dérivation en arrière avec i fasse affluer le souffle vers le nez, puis vers les cavités du front et de la tête. Elle produit les harmoniques (voix de tête) qui doivent sonner par dessus tous les sons, même les plus graves, et par mélange mutuel des deux résonances permet la montée graduelle, de la pure voix de poitrine jusqu'au haut des voix de basse et de baryton, — depuis le grave du ténor, le médium de l'alto et du soprano, jusqu'à la pure voix de tête, au fausset le plus aigu du ténor ou du soprano. (Voir les gravures.)

L'échelle, si délicatement nuancée, de l'accroissement des résonances de tête à la montée et de l'accroissement des résonances du palais à la descente, dépend de l'habileté à faire fonctionner élastiquement palais, langue et larynx, et à faire continuellement monter le souffle, contrôlé par détente du ventre et resserrement de la presse de la poitrine, vers les espaces de résonance étroitement liés.

Grâce à la préparation effectuée par le larynx et la langue, le souffle doit, comme s'il se répandait dans un cylindre, atteindre ses places de résonance et circuler dans le moule disposé à l'avance selon les exigences de chaque son et voyelle. Le moule l'enveloppe doucement, mais complètement. Son élan demeure sans interruption le même, plutôt augmentant que diminuant, quoique ce soit une quantité minime que la presse amène du réservoir aux ligaments vocaux. — Pour ne point contrarier le mouvement qui se poursuit, le moule doit se prêter avec élasticité aux nuances les plus délicates des voyelles. Le son devant être vivant doit constamment pouvoir s'adapter à toutes les voyelles. La moindre atteinte portée à la tension du moule, par paresse dans la prononciation ou interruption du souffle, compromet les ondes sonores, c'est à dire les vibrations, et par conséquent le son, en son timbre, sa force ou sa durée.

Dans une montée, le moule gagne en hauteur vers i, en souplesse vers ou, et la place la plus souple du palais se tire vers le haut.

Si je chante une seule note, je peux lui donner beaucoup plus de force, lui procurer plus de résonance du palais, de la poitrine ou nasale, que dans une suite de notes montantes. Dans une vocalise je dois attaquer déjà le son le plus grave de façon à atteindre aisément le plus élevé, c'est à dire le pourvoir de beaucoup plus de voix de tête qu'il n'en comporterait s'il était isolé (très important).

A la montée j'ai au palais, au dessus et derrière le nez contre les cavités de la tête, la sensation d'une forte mais très élastique balle de caoutchouc, que je gonfle comme un ballon avec mon souffle montant loin en arrière, et dont le gonflement se poursuit graduellement; c'est à dire que la dérivation du souffle qui afflue en ondulant de la presse du souffle contre les résonances de tête, doit après le travail accompli sur i s'échapper librement de la bouche.

Je puis élargir la balle en forme de poire vers le haut, sitôt que je pense à monter, et en effet j'élève le moule tout en l'assouplissant avant de quitter le son actuellement chanté, et ce son même je le mets pour ainsi dire plus haut: ainsi j'obtiens déjà le moule, «un moule de transplantation» par conséquent, pour le son plus haut que je puis alors atteindre aisément et sans effort, pourvu qu'il ne se produise aucune solution de continuité dans l'arrivée du souffle contre les muqueuses. C'est pourquoi le souffle montant en arrière ne doit jamais faire pression, mais affluer continuellement. Plus haut est le son, plus il a de vibrations, plus vite circulent les ondes, et plus s'accentue la sensation de placer verticalement le moule du son et du souffle.

Des catarrhes, qui sèchent par places les muqueuses, font parfois casser les sons. Chanter alors avec la plus grande prudence, surtout relativement au fort afflux de souffle, et de préférence reprendre fréquemment du souffle.

A la descente d'une gamme ou d'une vocalise, c'est le moule du son le plus élevé que je dois assurer avec le plus grand soin; je dois le penser plus haut, car il faut qu'il ne baisse en aucune façon, mais qu'en apparence il reste à la même hauteur et me donne l'impression d'attaquer de nouveau le même son.

Le moule peut progressivement s'émousser un peu à la partie supérieure, c'est à dire qu'en sombrant très prudemment on fait que le palais souple se place contre le nez: s'attachant presque sans cesse au son le plus haut, on achève la vocalise contre le nez, la descente s'effectuant à l'aide de la sonorité ou. Ce recours à la sonorité ou n'a d'autre signification qu'un lent abaissement du larynx, renouvelé à chaque changement de son ou de lettre.

En ce cas diminue la résonance de tête, augmente la résonance palatale et peu à peu avec elle la résonance de poitrine; car le palais souple s'abaisse et le voile se gonfle de plus en plus. Mais il ne

Ligne rouge.

Sensation due au soulèvement du palais souple pour les sons aigus. Sensation du moule dans une montée rapide. Division du souffle procurant la résonance de tête.

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