‹ Mon art du chantChapitre 24 sur 52 · V. page · texte numérisé non relu

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contre les cavités nasales, c'est à dire frontales; autrement dit: si l'on peut lui créer un moule de transplantation vers le haut. C'est ainsi que l'on se rend compte de toute la hauteur que le son comporte, sans être trop haut pour cela, et de tout ce qui bien souvent lui manque en hauteur et stabilité, pour être suffisamment haut. Alors se révèlent des défauts réellement considérables! Un son est trop bas parce que le voile du palais est tiré trop haut vers l'arrière ou que le dos de la langue se tient trop bas: l'ensemble des deux crée un vide dans la cavité buccale et empêche la collaboration de la voix de tête. Bien des chanteurs, dans tous les genres de voix, commettent cette faute presque aux mêmes places, et c'est en se butant sur la même résonance pour plusieurs sons, au lieu de faire venir la résonance de tête. Il faut partout créer consciemment le moule de transplantation: sans lui, point de chant artistique.

La méconnaissance de cette loi si importante produit en général un surmenage des ligaments vocaux et des muscles du cou, et d'abord on se met à chanter trop bas, ensuite on chevrote (V. Le Chevrotement p. 42): c'est ainsi que le chanteur se perd.

Il y a aussi des chanteurs et chanteuses qui ont ce que l'on appelle la voix blanche, par emploi abusif de la sonorité de tête, sans mélange de voyelles sombres, sans tensions et attaques de la poitrine et du

diaphragme. Ils sont incapables de produire une impression profonde, leurs ressources d'expression étant absolument nulles. En ce cas il est à recommander de lever un peu plus haut le voile du palais, de placer le larynx un peu plus bas et d'avoir recours à la voyelle ou, — qui fait travailler le larynx dans une position plus basse, — savamment fondue en toutes les autres voyelles. Ainsi la voix deviendra plus chaude et plus expressive.

Une fois le chanteur en état de créer consciemment sur chaque son, en toute souplesse et sonorité, le moule de transplantation pour le son voisin, il n'est plus question de registres. Point de registres, quand on ne force jamais plusieurs sons sur une seule et même place! Chaque son atteint tout simplement sa place normale, avec la hauteur, la stabilité, la force, nécessaires à sa perfection. Et le tout est régi par un seul maître, l'oreille !

Par malheur ce but est rarement atteint, car il exige une supériorité: la juste mesure; or elle ne se rencontre que chez les véritables maîtres.

On peut admettre en principe que l'attitude vocale grave procure la plus grande force, la moyenne la plus puissante expression, la haute la plus grande portée.

La meilleure synthèse des trois attitudes vocales, opérée par savoir-faire individuel, quelquefois même rien que par finesse de l'ouïe, peut s'élever jusqu'à l'art suprême. L'harmonie parfaite réunissant expression de la parole, beauté de la voix et pureté du phrasé, résulte de l'habileté, acquise ou naturelle, à varier l'adaptation des mots chantés aux combinaisons de résonance, pour en tirer toutes les ressources de l'expression, conformément à l'esprit du texte. Tout dépend, en effet, du renforcement d'une nuance, qui met en jeu telle ou telle paroi de résonance au moyen de mélanges de voyelles, sans altérer la phrase musicale en son ensemble ou sa beauté. Le sentiment esthétique joue ici le rôle principal, car en dépit de toute force, de toute réalité, c'est la beauté qu'il faut rechercher par dessus tout, en ne dépassant jamais les bornes de l'art du chant.

La loi est la même pour toutes les voix, c'est à dire pour l'étendue tout entière d'une voix artistiquement développée, capable d'interpréter les œuvres d'art, lesquelles consistent, non point en un bout de chanson, mais le plus souvent en de profondes tragédies.

La plupart des chanteurs hommes, particulièrement les ténors, répudient comme monstrueux et ridicule le timbre de fausset, qui pourtant est naturel à toutes les voix d'hommes, comme la voix de tête à toutes les voix de femmes. Ils n'en comprennent pas l'utilité, soit qu'ils n'aient pas notion de son existence, soit qu'ils ne connaissent le fausset qu'en sa pureté non mélangée, d'un caractère excessivement grêle. Ils n'ont aucun soupçon de son emploi, c'est à dire de la nécessité de le mélanger à la voix de poitrine. Tout leur art vocal s'en ressent.

La nature se prête au mélange dans tous les genres de voix, mais, s'il n'est exploité par l'habileté et le savoir, le don de la nature est sans valeur.

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