‹ Mon art du chantChapitre 25 sur 52 · THEODOR WACHTEL ET LA TECHNIQUE DES TÉNORS · texte numérisé non relu

THEODOR WACHTEL ET LA TECHNIQUE DES TÉNORS

Ce que j'ai entendu de plus complet, au cours de ma carrière à Berlin, c'est Theodor Wachtel, unissant à une voix superbe tout cet art du chant qui semble destiné à se perdre tout à fait. Ses vocalises étaient merveilleuses, son trille d'une netteté absolue. Phrasé, force, timbre et beauté atteignaient la perfection, avec une musicalité inattaquable. S'il n'alla pas plus loin que les rôles d'Arnold, G- Brown, Stradella, Vasco, le Postillon et Lyonel, c'est peut-être qu'il ne sentait pas en lui l'esprit wagnérien. Ce fut très sage de sa part. Artiste de premier ordre, voix magnifiquement travaillée qu'il garda jusqu'à la fin de sa vie, Wachtel mérita toute mon admiration et ma reconnaissance, à l'opposé de tant d'autres qui se croyaient plus grands que lui et n'étaient pas dignes de dénouer les cordons de ses souliers.

Dans les derniers temps le petit ténor italien Bond m'inspira une vive admiration pour sa voix splendidement égalisée, la perfection de son art et la maîtrise de ses moyens; malgré son physique, si peu d'accord avec les grands rôles, il eut toujours le plus grand succès. Pourquoi donc tous les ténors, même pour interpréter Wagner, n'apprendraient-ils pas à bien chanter? N'est-il pas essentiel, justement en vue

de cette musique, de se faire une voix à toute épreuve? Et quelle méconnaissance de nos plus grands maîtres, d'en être perpétuellement à escamoter le bel canto, les trilles et les vocalises! Il faut avoir mesuré la difficulté de l'art du chant, pour se vanter de l'aimer et d'en comprendre tout le prix. C'est seulement alors, qu'on voit clairement quels devoirs on a assumés, envers son art aussi bien qu'envers le public.

La conscience de la difficulté rend l'étude doublement attachante: dans l'effort de gravir une hauteur que nul ne peut aplanir pour moi, j'ai déjà la joie d'approcher du sommet.

Les voix qui abusent de la résonance palatale, de la force autrement dit, sont les plus difficiles à diriger et à conserver. On les appelle couramment: voix de poitrine. Ce médium extraordinaire de force et d'éclat a un attrait bien puissant. Il n'y a guère de gens assez raisonnables pour s'imposer, en faveur de la voix de tête, qui pourtant assurerait la qualité et la durée de leurs moyens, la renonciation à cette ampleur vocale, dût-elle même n'avoir qu'un temps.

Les grands moyens vocaux nécessitent une étude longue et constante, avant d'aborder le public et de s'exposer aux efforts de la carrière.

Le pur son de tête non mélangé à la résonance palatale est sans force de tout près, mais pénétrant et portant au loin comme aucun autre. La résonance palatale non mélangée de résonance de tête (voix de tête) donne un son qui est fort de près, mais insuffisant de timbre pour une grande distance. C'est la meilleure preuve que chaque son a besoin du mélange approprié.

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