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GRAVES CONSÉQUENCES

Plus on a fait d'efforts pour atteindre la hauteur et la force, pour les maintenir, plus les suites sont fâcheuses. Pour la plupart des malheureux chanteurs l'aboutissement est le même: la voix est perdue! Il est déjà difficile d'éviter le premier pas vers l'abîme, et le second, marqué par le chevrotement: car leurs causes sont rarement découvertes, leurs remèdes plus rarement encore; mais pour se tirer du dernier pas il faut livrer bataille, et la victoire n'est qu'au prix d'une indicible patience.

Des cures miraculeuses, il n'y en a pas pour le chanteur. On ne regagne qu'avec une extrême lenteur, ondulation par ondulation. Ce mot d'ondulation donne déjà l'idée de ce travail. Plus jamais de souffle non contrôlé sur les cordes vocales épuisées, mais toujours application du souffle contre la poitrine, comme si c'était de là qu'il eût à sortir directement. Ne rien demander aux muscles du cou tant qu'ils ne sont pas déshabitués de leurs contractions convulsives, — tant que les sons harmoniques n'ont point retrouvé leurs ondulations correctes, retrouvé leur régularité d'ondulation, maintenue longuement, même dans le pianissimo. Tâche qui semble d'abord impossible, tâche réellement très dure, réclamant toute l'énergie du malade. Mais la possibilité existe et l'on ne doit point dissimuler que c'est le seul moyen de complète guérison. Le malade a une période effroyable à traverser. S'il est diligent et attentif, il en est très vite à ne plus pouvoir chanter suivant son ancienne méthode, mais la nouvelle lui est d'autant plus étrangère que l'oreille ne peut diriger, encore faussée par les anciennes habitudes. Avant qu'il puisse redemander quelque chose à ses muscles si longtemps maltraités par les fautes, il se passera peut-être des années.

Ce n'est pas, pourtant, une raison d'y renoncer: à défaut de la carrière de chanteur, il lui resterait le professorat, car le professeur doit savoir bien chanter. Comment décrirait-on des sensations vocales que l'on n'aurait jamais éprouvées? C'est prétendre enseigner une langue que l'on ne parle pas, un instrument dont on n'a jamais joué! Si l'on ne s'entend pas soi-même, comment apprendre aux autres à entendre?

Evidemment il faut tenir compte de la gravité de l'état, et de l'aptitude du malade. Mais une habitude invétérée ne s'enlève pas comme un vieux vêtement; en outre, le vêtement neuf n'est guère commode! Il ne faut attendre guérison prompte ni de soi-même ni d'autrui. Il faut s'y mettre avec courage et énergie, et apprendre à se servir de sa voix en toute connaissance de cause, consciemment, comme il aurait fallu le faire dès le début.

Ne point se dissimuler, du reste, que, même après guérison, comme les cors par temps de pluie, les vieilles habitudes reparaissent lorsque les dispositions physiques sont mauvaises. Ne pas se décourager pour cela: la persévérance atteindra le but!

Je l'ai déjà dit, les chanteurs malades de la voix préféreraient recourir aux cures miraculeuses. Or l'on parle de professeurs et de chanteurs, qui se vantent d'accomplir de tels miracles en quelques semaines, en quelques leçons . . .

Je n'ai pas confiance! Et pas davantage en des médicastres armés d'instruments, qui badigeonnent, cautérisent, tailladent le larynx, ...et font beaucoup plus de mal que de bien!

Le seul et unique remède est la lente et scrupuleuse étude des origines du mal: dans la plupart des cas il s'agit de [échappement de souffle non contrôlé au travers des ligaments vocaux et de l'abandon de la voix de tête, c'est a dire des harmoniques du son, ainsi que de forcement de la hauteur et de la force sur une mauvaise place de résonance du palais et de serrement convulsif des muscles du cou. Presque toutes les fautes sont là, et reconnaître sa faute c'est déjà trouver le moyen de s'en défaire.

Le traitement est pénible et long. Il comporte une indescriptible persévérance de la part du patient et de celui qui le soigne, c'est à dire de l'élève et du maître de chant (qui est ici le seul vrai médecin), car l'idée d'impuissance suffit déjà à paralyser ces nerfs de la tête qui devront agir aisément et sans effort pour l'attaque de la voix de tête.

Les cures vocales exigent toute l'objectivité, toute la prudence du professeur, par qui l'élève doit être encouragé, et toute la quiétude morale, la force nerveuse, la patience de l'élève, pour que le but soit atteint.

Vouloir, c'est pouvoir!

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