LA LANGUE
Au dessus du larynx, c'est de la langue que dépend la direction de la colonne de souffle vers les résonances: on ne saurait donc porter trop d'attention sur la langue et sa position, tant dans la parole que dans le chant. Placée trop haut ou trop bas, elle peut altérer sensiblement le son, l'écraser, même le rendre impossible, en pressant sur le larynx.
Elle a un devoir infiniment délicat, extraordinairement difficile à accomplir. Elle doit se tenir de façon à ne peser ni sur le larynx ni sur l'épiglotte. Langue et larynx doivent se dégager l'un de l'autre, quoiqu'ils travaillent toujours ensemble, car l'un ne doit pas gêner l'autre, et si l'un ne peut plus s'écarter, c'est à l'autre de le faire. Pour cela le dos de la langue doit se tenir haut et le larynx bas.
La langue forme généralement un creux. Dans le grave elle a sa position la plus plate, la pointe presque toujours aux dents de devant et au dessous, afin que le dos puisse librement monter et descendre.
Forte et souple, la langue doit habilement s'accommoder à chaque lettre, contribuer à la mouler; s'adapter avec la plus grande délicatesse à toute vibration sonore, se prêter avec une rapidité d'éclair, une exactitude absolue, à chaque changement de son et de lettre; sans abandonner trop tôt sa place ou trop longuement s'y attarder, elle doit pouvoir, dans la région la plus haute, prononcer les consonnes presque dans l'espace.
Malgré toute sa force et sa fermeté, elle doit avoir la plus grande délicatesse pour ménager le souffle sonore, lequel, nous l'avons dit mainte fois, ne doit pas être soumis à la moindre pression au dessus du
larynx ou même dans le larynx. Il n'est de pression qu'aux muscles de l'abdomen et de la poitrine, — et mieux vaudrait dire poussée que pression.
La colonne de souffle doit s'élever sans obstacle jusqu'à son extrémité supérieure et, telle qu'un faisceau lumineux, — dilatant et remplissant également toutes les muqueuses de ses rayonnements, — se répandre dans les espaces résonants et pouvoir pénétrer vers les cavités de la tête.
Quand le dos de la langue ne peut monter plus haut, c'est au larynx de se mettre plus bas, comme il arrive fréquemment dans les régions élevées; il suffit alors de mélanger à la voyelle chantée un ou, que l'on sent vibrer, avec larynx abaissé, non point en avant dans la bouche, mais en arrière du nez. — Là où le larynx sera très bas, la langue ne devra pas aller trop haut, car cela gênerait la position du larynx. Tout cela exige l'éducation de l'oreille et des sensations. Tenir constamment larynx, dos de la langue et palais en disposition d'assistance réciproque, doit devenir une habitude.
Après chaque changement de syllabe, je mets une force énorme à ramener aussitôt ma langue dans sa position normale pour le chant, c'est à dire la pointe au dessous des dents de devant, le dos soulevé en
arrière r ] . Cela, toujours avec la vitesse de l'éclair. En même temps mon larynx se place toujours
de façon à n'être point gêné par la langue, à ne point subir de compression.
Langues, méchantes langues! L'une est trop épaisse, l'autre trop mince, celle-ci trop longue, celle-là trop courte !
Que de bonnes raisons invoque la paresse!