SONORITE ET SEPARATION DES CONSONNES
Les consonnes k, 1, m, n, p, r, s, t doivent être rendues sonores à la fin d'un mot ou d'une syllabe, par addition d'un e assez net; Ex:sele, miele, etc. Ce qu'aujourd'hui personne n'enseigne, ne connaît, ne pratique, ce que Betz et moi savions encore, et qui menace de disparaître avec moi, c'est le procédé logique de division et terminaison des syllabes. Peut-être provient-il de l'école italienne.
On me l'apprit spécialement sur les doubles consonnes. Lorsqu'on en rencontrait deux successives, on les séparait, en émoussant la sonorité de la première, — comme dans im-mense, — conservant autant que possible la nasalisation de la syllabe et du son, fermant les lèvres, produisant une pause entre les syllabes, et abordant ensuite la seconde par prononciation de la seconde consonne.
Et ainsi, non seulement pour deux consonnes identiques, mais partout où deux consonnes se présentaient à une séparation de syllabes, Ex.: dis-cours, pal-mier, sec-teur, cour-lis. La nasalisation est ici d'un grand secours.
Parmi les consonnes, n a une importance particulière. Pour s'assurer de la hauteur d'une note, il n'y a qu'à l'essayer sur n, c'est à dire: prononcer ene, en s'arrêtant longuement sur n à bouche presque fermée — seulement les lèvres ouvertes — et faisant vibrer la consonne, avec un peu de i au dessus et un peu de e au dessous. On apprendra ainsi à sentir exactement la position du nez, avec la position du palais correspondante; on apprendra également à observer combien tout doit rester fermé dans la bouche et combien, malgré cela, — ou justement à cause de cela, - arrivent à se développer la sonorité de poitrine
•) Prononciation: Froilain en français: demoiselle. On réaliserait un exemple analogue avec le mot français: Froisser.
de la résonance inférieure (au dessous du palais) et celle qui est située au dessus du palais pour les harmoniques supérieures. Cette sonorité supérieure, au dessus du palais, doit participer au son sur chaque consonne, sur chaque lettre. Elle est en même temps, pour la voyelle produite à la place correcte, — voyelle qui ne doit point éclater après une consonne, et par conséquent qui ne doit pas être chantée à bouche large ouverte, — le régulateur de la sonorité de poitrine ainsi que de la sonorité supérieure de la note par dessus le palais; à la condition que larynx, muscles de la poitrine et diaphragme soient et demeurent en connexion sur les positions nécessaires au son et à la prononciation.
On ne comprend à quel point le chant sans séparation des syllabes est fastidieux, qu'après avoir appris à séparer les consonnes. Même le chant reçoit une coloration nouvelle de la terminaison nasale, et il faut en tenir compte; en outre la parole est rendue bien plus compréhensible, surtout dans les grands espaces où il faut du temps pour qu'elle parvienne à l'auditeur. Cette terminaison nasale assure en outre la liaison constante des lettres avec le son, — alors même que cette liaison doit un instant sembler interrompue.
Tel est l'enseignement que je donne à mes élèves. Mais la plupart trouvent qu'il est fantastique de s'astreindre à prononcer de la sorte, et il est bien rare qu'ils y viennent, quoique ce soit le seul moyen d'atteindre la perfection de l'art. Excepté Betz, je n'ai entendu personne pratiquer la pure technique des consonnes. Après moi cela ne s'enseignera plus. Il était écrit que je serais la dernière. Dommage!