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COMMENT SE TENIR PENDANT LE TRAVAIL

On doit toujours travailler debout; devant une grande glace autant que possible, afin de pouvoir s'observer complètement. Sans se roidir, rester calme et droit, éviter tout sujet d'agitation. Les mains doivent pendre tranquillement ou reposer doucement sur quelque chose, sans intervenir dans l'expression. On commence par dompter le corps, l'habituer à l'inertie, pour plus tard en faire ce qu'on voudra pendant le chant.

La position de l'élève doit être telle que le maître puisse toujours surveiller son visage comme toute son attitude. Les mouvements continuels des doigts, des mains ou des pieds sont inadmissibles.

Le corps assoupli, dégagé des mauvaises habitudes, doit être au service de la volonté. La tranquillité du chanteur se reflète chez l'auditeur en sentiment de quiétude.

Plus l'artiste est calme, plus il a d'action sur le public; ses mouvements portent d'autant plus, qu'il en fait moins. Aussi n'est-on jamais assez calme. Ce n'est que dans le calme que la tension, la concentration de l'artiste se font nettement sentir, loin d'être pris pour de la froideur.

Le calme de l'artiste donne au public une tranquillité, car il atteste la maîtrise de ses moyens, la sécurité due à l'étude parfaite et à la connaissance absolue de l'œuvre à interpréter. Un artiste dont l'art est fait de savoir porte sur lui le calme et l'assurance. L'inquiétude visible est toujours antiartistique: elle est déplacée dans une manifestation d'art. La dépendance des habitudes engendre l'inquiétude et l'incapacité.

Il faut donc, en étudiant, acquérir le calme et tenir le corps à la disposition de la volonté, afin d'avoir plus tard la liberté de l'expression et du geste.

Le professeur qui joue les notes ou frappe des accords pendant la leçon a tort; quant à l'élève, jamais il ne devrait le faire. Le professeur s'expose à ne pas entendre l'élève et à l'empêcher de s'entendre: or rien de plus important que d'apprendre à s'entendre. Je suis hors de moi lorsque des professeurs m'amènent leurs élèves et se mettent à taper sur le piano comme des enragés. Mais n'y a-t-il pas des élèves qui s'asseyent pour plaquer une vingtaine d'accords sur un son unique!

Quand on est musicien, il suffit de se donner une note en travaillant debout, ou même un accord; mais à la condition de remettre le corps et les mains au repos, dans la position debout.

Il faut être debout pour respirer sans contrainte et préparer tout son être à l'étude et au chant.

Il est bon d'habituer les élèves à mettre des paroles sur les exercices, pour donner peu à peu une certaine expression: aux images présentées par ces exercices s'accordent ainsi la physionomie et le sentiment intérieur, qui sans cela, faute de sensations et d'émotions, se perdraient dans l'inertie. N'en venir là, bien entendu, qu'après avoir donné au son proprement dit toute la perfection désirable, quand il n'y a plus d'hésitation, quand il n'y a plus danger à élargir l'horizon artistique.

Dans le cas où une scène impose de chanter à genoux ou assis, il faut étudier le passage, chez soi et aux répétitions, dans la position voulue. Sinon, rester toujours debout-

On a aussi à compter avec tout ce que le théâtre prescrit d'inhabituel comme costumes et accessoires: il faut répéter avec chapeau, casque, bonnet, manteau, etc., dont le port inaccoutumé amène souvent de risibles maladresses. Inépuisables niaiseries: un Lohengrin ne peut chanter avec le heaume, l'autre avec le bouclier, un troisième avec des gants, un Wotan avec le grand chapeau du Voyageur, un Don José ne peut garder son casque, tel autre une lance à la main, etc.!

Tout cela doit se travailler devant une glace, jusqu'à ce qu'on se soit fait aux particularités du rôle et à ses costumes. D'où la nécessité d'être maître de son corps et de ses mouvements.

Pour la voix, c'est exactement la même chose: la débarrasser des mauvaises habitudes pour être sûr d'en tirer toute l'expression requise par l'œuvre que l'on doit interpréter.

N'étudier qu'autant que cela peut se faire sans fatigue; se reposer après chaque exercice, afin d'être dispos pour le suivant. Après la grande gamme, dix minutes de repos au moins: pause obligatoire tant que l'on chantera, pause absolue qui ne doit pas être troublée par d'autres occupations.

Ce n'est qu'à la longue que l'on demandera à la voix et au cerveau des efforts continus; sinon, à supposer même que l'on ne s'en aperçût pas, il en résulterait de graves préjudices. Règle méconnue par la plupart des élèves: ils n'en ont jamais assez, — tant que cela semble un amusement!

II est insensé de prétendre chanter les grands rôles au théâtre après tout juste un ou deux ans d'études; on pourra y résister à peu près un an ou deux, mais non s'y maintenir de façon durable.

Agents et directeurs commettent un crime en demandant des efforts excessifs à des commençants. Car il n'y a pas que le chant: les répétitions dans une atmosphère malsaine, les longues veilles, l'irrégularité d'une existence absorbée par les répétitions, la fatigue de passer cinq à six heures au théâtre, toutes choses qui ne valent rien quand le développement est encore incomplet. On ne devrait pas aborder les rôles de jeune chanteuse avant 24 ans, de soprano lyrique avant 28 ans, de chanteuse dramatique avant 35 ans: ce serait assez tôt. Alors on aurait toute la préparation nécessaire et l'on serait en état de demander à sa voix et à son corps un travail régulier. C'est une loi à faire admettre: ainsi l'on aurait de l'acquis et l'art du chant serait moins encombré de non-valeurs.

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