LE MARQUÉ
Tout ce que j'ai dit concernant la préparation à chanter, sur la brève inspiration et expiration avec abdomen retiré et ouverture de la bouche, sur l'action des muscles de la poitrine maintenant dans le thorax le souffle arrêté en arrière, etc., s'applique aussi à la préparation au «marqué» (chant à mi-voix). D'ailleurs ce n'est autre chose que notre chant le plus parfait: le meilleur placement réciproque de tous les organes, établi sur eyi et yieou. La seule différence est qu'il y a encore moins d'air expiré, qu'il faut éviter le changement de moule aussi totalement que possible, tenir encore plus serrées les tensions des muscles de la poitrine comme du diaphragme, et que la prononciation doit se développer d'une façon incomparablement plus souple et liée. Sans attaques de glotte, ou d'abdomen et de diaphragme, sons et paroles doivent s'écouler ensemble avec souplesse et pourtant demeurer compréhensibles. Dans le marqué il faut encore que le son ait du corps, même une fois diminué, — cela par liaison avec le diaphragme. Des phrases interminables sont chantées par moi en un seul souffle, pourvu qu'il ne soit troublé par aucune imperfection, soit dans l'établissement du moule, soit dans la pression du souffle, soit dans la prononciation. Par exemple, dans le duo d'amour de Tristan et Isolde, quand j'arrive à la phrase:
«nie wieder Erwachens, endlos bewuSter Wunsch», je la chante d'une seule haleine. Elle est difficile à tenir, après le surmenage du premier et du second acte. Mais à force d'entraînement, en suivant le principe du marqué, je suis arrivée à la faire tenir dans une seule respiration.