AU HASAP DES SOUVENIRS
LENTEURS DU PASSE — LES BAPTEMES POPU- LAIRES — TUÉES PAR LES CHEMINS DE FER — TOUJOURS EN AVANT !
La grève des omnibus est terminée, heureusement terminée et, à ce propos, je pense qu'il n'est peut-être pas inutile de sacrifier ici même un peu à Vactuoilité rétrospective, si ces deux mots ne hurlent pas trop de se trouver accouplés, en parlant des diligences.
Aussi bien, la diligence de toute éternité a eu son berceau, a crû, est devenue grande tille et est morte dans le premier arrondissement ; c'est une enfant du quartier et je lui dois bien, à travers les récits charmants et déjà lointains de mes grands parents, ce souvenir attendri que l'on accorde à tous ceux qui ne sont plus.
Je relisais dernièrement quelques lettres de l'immortelle marquise, suivant le cliché consacré, et cette phrase m'a parue déUcieuse d'archaïsme :
a J'ai vu passer les dihgences; je suis persuadée plus que jamais qu'on ne peut point languir dans une telle voiture » .
Eh! la pauvre, que dirait-elle maintenant si on l'emmenait dîner à Bordeaux après avoir tranquillement déjeuné en train-restaurant? et Napoléon I" lui-même qui affirmait qu' « on peut mesurer les progrès de la prospérité publique aux comptes des diligences », nous parait bien rococo; en voilà un qui n'est plus dans le train !
Je ne veux pas faire ici l'histoire des diligences, il y aurait longtemps que la direction des ballons serait trouvée avant que je n'ai fini, mais simplement rappeler les noms des plus célèbres de celles dont les syllabes chantantes, sonores et pittoresques évoquent encore dans notre esprit les images d'anlan, avec, en même temps, un bon et doux parfum de sympathiques vieilleries .
Les Turgolines, lourdes, lentes, laides, furent remplacées en 1794 par les diligences, lorsqu'une loi se décida enfin à déclarer fibre l'industrie des messageries. Alors, pendant celte période tourmentée, beaucoup d'entreprises surgirent comme des champignons ; grandes et petites étaient les bienvenues, eUes n'avaient qu'un faible inconvénient, celui de tuer les voyageurs dans de larges proportions et sur les roules.
Aussi le décret impérial du 20 mars 1805 — saluez le marronnier — soumet toutes les entreprises de diligences à une autorisation préalable, avec une indemnité aux maîtres de poste.
Il n'y allait pas de main morte, le Corse aux cheveux plats; celte fameuse indemnité aux maîtres de poste atteignait 12 millions en 1840 et toutes les compagnies tombèrent comme des capucins de carte.
Une seule, fondée avant la Révolution, put résister aux exigences du nouveau décret, ce qui constitua pour elle une espèce de monopole de fait qu'elle garda longtemps. Elle était établie dans le deuxième arrondissement, rue Notre- Dame-des- Victoires, sous le nom de Messageries royales et, dans les villes de province, on l'appelait simplement : le grand buresLU.
Vers ce temps, c'est-à-dire entre 1810 et 1845, un seul voyageur périssait sur 350,000 et l'on trouvait cela idéal; aujourd'hui en chemin de fer il en périt un sur 16 millions et l'on se plaint.
Mais à part cette grande compagnie des Messageries de la rue Nolre-Dame-des-Victoires ; toutes les entreprises similaires avaient leurs bureaux, leurs remises, leurs écuries, leurs points d'arrivée et de départ dans des cours immenses que nous avons tous connues, disparues depuis peu de temps, emportées en partie par la rue du Louvre et qui se trouvaient dans le premier arrondissement, c'est-à-dire rues Saint-Honoré, J.-J. Rous-
seau, du Bouloi, etc. Dans cette dernière rue la Ville de Paris avait même installé un bureau central pour la visite des bagages, et que l'on descendit des Messageries, des Laffitte et Gaillard, des Françaises ou des Gondoles, il fallait bien passer par là.
Toutes ces allées et venues des voyageurs inquiets, affairés, pressés, jetaient une animation extraordinaire dans ces rues étroites, où les postillons faisaient claquer leurs fouets et les chevaux sonner leurs grelots ; l'un attendait avec impatience la poule noire et celui-là venait assister au départ de la poule grise... Depuis les chemins de fer ont tué tout cela, les cours elles-mêmes ont disparu sous la pioche des démoUsseurs et ont fait place à des maisons de rapport, mais cependant le premier arrondissement n'a point à se plaindre : il a les Halles Centrales, la Bourse du Commerce, la Poste et mille autres choses et les chemins de fer, en centuplant l'importance de Paris, en ont fait le premier arrondissement de la première ville du monde!... Je l'ai déjà dit, mais c'est une constatation utile qu'il est bon de refaire de temps en temps.
En 1870 l'ancienne Compagnie des Messageries royales avait encore son bureau dans l'immense local de la rue Notre-Dame-des-Victoires, occupé en majeure partie par les Messageries maritimes,
et de là quelques employés géraient les derniers vestiges de diligences de la Compagnie qui existaient en Auvergne ou au Mont-Cenis... Aujourd'hui la dernière diligence est morte, aussi bien en province qu'à Paris, et les pataches que je suis allé voir l'année dernière au cœur même de la Bretagne ne méritent plus ce nom ; le chemin de fer passe partout et nous en sommes fort heureux.
Mais autrefois, à Paris, naissant toujours dans les rues du premier arrondissement, il y avait les voitures, moitié omnibus, moitié diligences, faisant le service de Paris et des environs, dont je dois dire aussi un mot; si j'en crois les bouquins du temps, voici quelles étaient les principales entreprises de ce genre en 1835 : les Favorites, les Tricycles, les Dames Blanches, les Orléanaises, les Béarnaises, les Citadines, les Batignollaises et les Ecossaises; puis plus tard viennent les Hirondelles, les Gazelles, les Excellentes, les Constantines, les diligences proprement dites, etc., etc.
Parmi ces entreprises, beaucoup existaient depuis longtemps et un beau matin, dans un coup de joie, de fohe ou d'enthousiasme, la population parisienne procédait au baptême de l'une d'elles ; c'est ainsi que les Constantines furent appelées
de la sorte au lendemain de la victoire de 1837, et les Dames Blanches au lendemain d'un triomphe de Boëldieu; ces dernières, toutes blanches, avec leurs chevaux blancs, étaient coquettes et fringantes au possible.
Du reste, toutes avaient leur livrée, leurs couleurs, si l'on peut dire, comme les jockeys d'aujourd'hui, les Parisiennes étaient vertes, les Béarnaises couleur chocolat, les Ecossaises étaient rayées et bariolées comme le tartan d'une vieille anglaise, les Hirondelles étaient semées d'hirondelles sur un fond jaune, etc.
La correspondance entre les lignes de Paris fut inventée en 1836, ce fut un trait de génie.
Lesimpériales à 15 centimes furent créées enl 853.
La fusion des compagnies en une seule, telle qu'elle existe maintenant, s'est faite en 1655.
En voilà assez. Voulez-vous des renseignements sur les omnibus, les tramways, nord ou sud, d'aujourd'hui, allez trouver notre ami Mesureur; c'est un homme charmant, tout à fait dans le... tram, comme disent les Belges.
Pour moi, j'ai constaté que l'histoire des diligences en France et celle du premier arrondissement sont intimement liées et ne forment qu'une seule et même histoire, j'en suis fier, comme étant né natif du quartier et ça me sufût.
LA RAPACITE DES ANGLAIS — TRAHISON DE LOUIS XV — TOUJOURS L'eNNEMI HÉRÉDI- TAIRE.
C'est le sort inévitable de toutes les nations qui grandissent au nom de la liberté et qui marchent de l'avant au nom du progrès, de la démocratie et de l'émancipation des peuples.
Il ne faut pas nous en plaindre, si c'est un péril de plus, c'est aussi une gloire incomparable entre toutes ; autrefois, nous avions un ennemi héréditaire : l'Anglais, aujourd'hui nous en avons trois : l'Anglais. l'Allemand et l'Italien ; demain nous aurons contre nous toutes les monarchies coalisées, car, ne nous y trompons pas, les peuples, las de souffrir, sont avec nous et tournent tous leurs regards du côté delà Répubhque Française.
Pour aujourd'hui, tenons-nous en à l'Angleterre et voyons un peu le rôle singulier qu'elle a joué au Palais-Royal dans deux circonstances mémorables.
Voici d'abord ce que deux riches Hollandais écrivaient dans leur voyage^ au sujet du premier incident, à la date du 17 février 1657 :
« Le 17 février, nous fusmes voir le Palais-
Cardinal, qu'on nomme à présent le Palais-Royal. C'est une assez belle maison qui a été bastie par le fù cardinal de Richelieu, qui, en mourant, la laissa par testament au Roy. Il y a sur le derrière un iardin qui n'est pas fort grand mais fort ioli et proportionné au bastiment. On y entre par une grande basse-court qui est fermée d'un treilly de fer, entre lequel et le iardin il y a une cloison de bayes vertes, au long desquelles il y a une carrière pour courre la bague : on y voit deux beaux bassins, l'un en entrant, dont le iect est au milieu du parterre, et l'autre en un rond entouré d'arbres.
« Le ieu de mail va tout autour des murailles et a deux tambours, mais assez commodes. On n'y treuve pas les belles allées du Luxembourg, mais quelque assemblage d'arbres qui font un espèce de petit bois.
« La reine d'Angleterre y demeure avec tout son train qui a fait un fort grand dégast en la demeure et aux reliefs de toutes les chambres et de cette fameuse galerie où les grands hommes de France et leurs belles actions sont représentés avec leurs devises et leurs hiérogUphiques ; c'est une pitié de voir que, pour avoir quelques sols, ils ayent enlevé des pièces qui ont coûté de bonnes sommes...
a Leur avidité et leur avarice les ont poussés à
un tel point que, ne se contentant pas de ce qu'ils enlevaient les dorures relevées en bosse, ils ont