‹ Mon carnet de chasseChapitre 16 sur 63 · DL" ASS · texte numérisé non relu

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dénudé; j'eus bientôt confectionné avec un journal — les journaux ont parfois du bon — un de ces chapeaux de gendarme que les enfants mettent sur leurs têtes pour Jouer aux voleurs et je coiffai de ma casquette ce chapeau improvisé. Sans celui-ci, la casquette (en. vieux fran- © - çais casquot) n'aurait pu justifier son étymologie :

CApitis Salus QUOTIdiana. Quoi qu'il en soit de l'étymologie, si vous n'êtes plus jeune et si vous restez chasseur, pen-

sez à l’occasion au cha-

peau de papier, au plas-

tron de papier, à la cravate de papier, aux chaussons de papier et vous m'en direz des merveilles.

Nous partimes, mon jeune camarade cassant la glace devant moi pour me faire un sentier liquide, et, après avoir cheminé quelque temps sur la terre ferme, avec ce silence que conseille la nuit et qu'inspire la bredouille, nous ar- |

rivâmes enfin au logis où nous attendaient une soupe

chaude et un bon feu de sarments, deux choses aussi indispensables après l’affût que des canards pendant Paffût. Après le repas, un vin chaud aromatisé et quelques bouffées de tabac triomphèrent des premières invites au sommeil qui nous venaient à la fois de la fatigue, de la douce chaleur succédant au grand froid et de la digestion. Nous causâmes, chasse surtout, car c'était bien d'une confraternité d'armes en Saint-Hubert que procédait notre amitié récente et timide; nous évitions encore l'échange d’impressions personnelles et d’épanchements intimes; assez lent moi-même à me livrer, je ramenais la conversation à des banalités de voyageurs. Enfin, au bout d'une heure ou deux, le plus sage — ce fut Euryale — proposa d'aller se coucher.

D'ailleurs nos bonnes flambées de sarments allaient mourir; nous avions bien réussi à chauffer des souches de tamaris, mais ce bois salé et rebelle gardait la chaleur pour lui-même et il fallait en secouer constamment les lourdes cendres pour aviver la combustion. Or, mon ami était frileux comme tous les hommes du Nord qui descendent en hiver dans notre Midi. Ils en accusent le mistral; je crois plutôt qu'ils pérdent, au pays de l’olivier, l'instinct de réaction qu'ils ne croient plus nécessaire. Quoi qu'il en soit, Euryale n’eût jamais affronté les brusques intempéries de nos fallacieux hivers sans sa passion

endiablée de la chasse; dans la Perse antique, il eût été

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un fervent adorateur du feu; lorsque celui-ci cessait d’être un besoin, il en faisait une gourmandise et je m'étonne qu il ne se soit pas rôti à l'extérieur ou ébouillanté à l’intérieur : il faut croire que le corps humain vivant possède ë | : Fi

des réactions secrètes de 7 La P €

- pourrésisterdelongues FC VY. 44 heures devant un bra- A

sierquicuiraitun gigot.

ji

Euryale était monté

dans les chambres,

tandis que je restais en

bas prétextant une

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pipe à finir et des plans

à faire pour le lendemain. Faire des plans fut la grande ressource de Trochu;

cest aussi la grande affaire du chasseur. Noyer les déceptions du jour dans les espérances du lendemain; forfier celles-ci par des projets d’une stratégie nouvelle et supérieure ; interroger girouctte, thermomètre et baromètre pour déterminer la direction de la chasse entre les quatre points cardinaux; préparer enfin des raisonnements invincibles pour faire adopter par les camarades

le plan préféré, ne sont pas choses sans charme dans

la veillée d'un chasseur. Je m'absorbai même si bien dans de multiples combinaisons cynégétiques qu’elles me plongèrent dans une sorte de révasserie, voisine du sommeil.

Sur ces entrefaites, une porte s'ouvre et un fantôme m'apparaît; Je vois une forme humaine enveloppée d’un long voile blanc; un autre voile de couleur indécise dissimulait la chevelure et contournait un pâle visage où des yeux clignotants semblaient avoir conservé la vision et renoncé au regard; une main inclinaïit

un flambeau à la flamme va-

cillante comme celle d’un feu follet; l’autre main tenait une sorte de casserole de fer!..…….. Cette apparition inattendue commençait vraiment à m'émouvoir, lorsque le fantôme parla : « Rassurez-vous, dit-il; il fait si froid et j'ai trouvé si bon mon lit chauffé avec le « moine » que je descends pour prendre de la. braise et chauffer le vôtre. »

Pendant ces courtes paroles, j'avais reconnu sous son

costume nocturne mon compagnon de chasse et deviné en

{ui un véritable ami. La glace était bien rompue désormais

entre nous et

deur et de défiance, je balbutiai des protestations et

des remer-

Cciements.

Sans m'écouter, le fantôme emplit de braise la casserole de fer et disparut.

Je ne le suivis pas

immédiate-

me reprôchant certains moments de froi-

ment. [1 y avait lutte à l'intérieur de mon individu; la

bête voulait laisser chaufler le lit, l'ange voulait aller

remercier Euryale. Car s’il est désagréable d’entrer dans

un lit froid, il est affreux de déserter un lit chaud, lorsque

le nez gelé ne vous laisse aucun doute sur le froid am-

biant; lorsque, le corps allongé sous les molles et chaudes

couvertures, on sent s'échapper de tout son être, en volup-

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tueux effluves, la fatigue et l’énervement de la journée.

Je gagnai enfin ma chambre. Hélas! Euryale, trop fri- ‘4

leux, avait trop bien fait les choses; le lit était brûlant, inabordable; il fallut écarter les couvertures et attendre en chemise, tout grelottant au bord du lit découvert, une température accessible. Pendant ce temps, mon ami,

joyeux de sa bonne action, s’écriait dela chambre voisine :

« N'est-ce pas que vous êtes bien maintenant! » Et 162272

répondais, en anticipant sur le bien-être espéré : « Oh! délicieusement et grand merci! » |

Euryale n’a jamais su que j'avais laissé refroidir mon lit; si vous le lui apprenez, ne le faites qu'avec ménagement. D'ailleurs il ne m'en voudra pas. Son dévouement et ma longue discrétion sur ses conséquences n'ont-ils

pas porté bonheur à notre amitié?

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