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inconvénients.
Le bruit de ces pierres sonores et branlantes, qui auraient désespéré même Emma Livry chasseresse, éloignait le gibier et attirait le propriétaire à qui nous aurions voulu éviter des invectives qu'il proférait, bien inutilement d’ailleurs, car nous étions déjà dans l’enclos voisin. En outre, les indigènes construisent dans l'épaisseur des murailles, pour $'abriter de la pluie ou du soleil, des espèces de grottes, appelées capitelles, en souvenir du Capitole probablement, car le Nimois est à demi Romain. Leur architecture présentant des risques sérieux d’éboulement, il fallait s’avancer avec la crainte de traverser
un plafond et de tomber au milieu d’un repas de famille.
: vages avaient repris leur domaine.
Au delà de Mitau, s’étendait une série de maigres garrigues, de collines abruptes et dénudées. De distance en distance, un champ avait déterminé un cultivateur à épierrer le terrain et à amonceler les pierres en clôture ; mais ce premier travail existait seul ; l’énergi de l'homme avait succombé dans une lutte ingrate contre la nature;
les ronces et autres plantes sau-
La vue de ces champs abandonnés laisse je ne sais quelle impression de tristesse quon n éprou-
verait pas devant une lande ou un
désert, où nul effort ne s'est encore trahi. On sent que le découragement ou la mort ont passé par là.
La description du pays vous fait pressentir que la chasse n y était pas commode et facile. Aussi avions-nous bientôt rénoncé à poursuivre des perdrix insaisissables et des lièvres imaginaires ; d’ailleurs nous n'avions pas dechiens, étant encore à cet âge de folle ardeur où l’on s’en passe facilement. Notre modeste but était de chasser les tourdes et merles habitant les buissons de l'endroit.
Vous connaissez le Tourde, cette grive de la petite
espèce, pour l'avoir rencontré en automne dans les vi-
gnes, alors que le fruit de Bacchus lui fait une chair si
délicate et en même temps trouble sa raison et détruit
sa méfiance. De là, l’adage : Saoûl comme une grive! En
effet elle se lève lourdement, moitié volant moitié courant le long des ceps, s’arrêtant à quelques pas et vous regardant d’un air endormi. On a honte alors de son coup de fusil.
Tout différent, le Tourde de la Garrigue est alerte, a
l'œil vif, l'aile rapide, le caractère sauvage. À découvert,
il ne se laisse point approcher. Il faut le surprendre dans
les taillis et buissons où sa tactique emploie tour à tour
les deux moyens de défense du faible : fuir ou se cacher. S'il usait du premier système, il fallait avoir la main prompte, le coup d'œil prompt et sûr, comme au tir de la bécassine que nous apprenions là. Si le second système semblait préféré, il s'agissait de lancer dans le buisson des pierres que l'on trouvait toujours sous ses pieds. Nous avons ainsi détruit et amoncelé des murailles entières, mais le nombre des pierres jetées au hasard était loin de correspondre au nombre de tourdes envolés. |
Après les tourdes, c’étaient les merles qui faisaient notre désespoir. Le merle est moins craintif et part de moins loin, mais il a d’autres ressources. Il aime à ruser. Parfois il se lève devant vous et va se poser dans un
buisson à courte distance. Vous ne quittez plus ce buis-
© merle! Prrrout! Voilà
MON CARNET DE CHASSE. ol
son de l'œil, vous vous approchez avec toutes les précautions imaginables et en retenant votre respiration; votre émotion s’ac-
croît à mesure que | ÿ
vous avancez; vous HAN An
n êtes plus qu'à quel- 1 <:
ques pas; 1l n'est pas A e. ê % ju encore parti et vous Le
vous dites Le brave
qu’un roitelet s'envole et
vous donne une idée de
l'émotion que vous aurez quand le merle s’envolera.
Seulement le merle ne s’envole pas, parce qu'il n’y est pas. Règle générale : Le merle ne se trouve pas dans le buisson où il est entré.
Après le merle mystérieux, le merle intermittent. Celui-ci utilisait si bien tout accident de terrain, murailles, arbres, buissons, qu'on n'avait jamais qu’une fraction de merle sous les yeux. Je me souviens d’un surtout, au vol plus saccadé qu'à l'ordinaire, qui avait passé plusieurs fois au-dessus, au-dessous et à côté de nos coups de fusil. Vexés de notre maladresse nous le pour-
suivimes avec acharnement et comme dans ces conditions
Het FG
on manque toujours, nous le manquâmes encore; alors la passion devint de la colère; nous jurâmes la mort de ce merle invulnérable et maudit et c'est ainsi qu'il nous entraîna jusqu'aux rives du Gardon qu'il traversa d'une dernière envolée. Ridicule et admirable passion de notre prime jeunesse ! |
Cette équipée, si l’on peut appeler ainsi une furieuse course pédestre, nous ramenait tardivement ce soir-là à la ville lorsque la Providence nous accorda la grâce d'obliger un chasseur qui nous demandait quelques capsules. Comme le soleil se couchait, nous trouvions sa demande presque indiscrète et peut-être s’en aperçut-il, car il ajouta :
« C’est pour l'affût. »
Nous apprîimes ainsi qu'il existait un affût aux tourdes et qu'un bienfait n'est jamais perdu! Morale assez égoïste au fond et par cela même d’une propagande plus facile !
Les tourdes et les merles, que leur gourmandise attire pendant le jour dans la plaine et les olivettes, remontent chaque soir dans la garrigue pour chercher un abri dans les buissons. On les voit alors se diriger tous au Nord, isolés ou par bandes, sur une étendue de plusieurs lieues.
Ce mouvement de gibier est précédé du passage des alouettes lulu, chardonnerets,. linots, pinsons et autres.
petits oiseaux que l’on a la satisfaction de dédaigner.
Tout est relatif et l'affût aux tourdes est aussi passionnant pour le mazetier (1) nîimois que l’affût aux canards pour le chasseur du littoral.
Ne riez pas! Le tourde, gibier de mazetier n’est pas
un coup de fusil pour les mazettes! Et le paysage donc!!
Effets de lumière et d'ombre sur le modelé des collines! teintes douces et indécises des lointains! vives lueurs du
couchant arrêtées par les chênes et les noirs cyprès, ta-
misées par les amandiers et absorbées par le feuillage
grisâtre des oliviers! Mais trêve d'enthousiasme.
À cette chasse deux choses sont indispensables, le vent qui abaisse le gibier perpendiculairement et le sifflet d'appeau qui le rapproche horizontalement. La süreté d'oreille du tourde est extraordinaire. Un tourde appelé à plusieurs centaines de mètres de distance, se détourne aussitôt et se précipite jusqu à votre poste; puis rapide comme une flèche, il se rejette vivement en l'air et s'il tombe vous éprouverez toute la satisfaction que peut donner un joli coup de fusil.
* Le lecteur de ce récit le trouvera un peu long s'ilna jamais chassé aux tourdes et « fortiori s’il a chassé l’autruche ou l'éléphant. Mais qu'il sache que je lui ai fait grâce de mille et un épisodes!
Et alors, il me pardonnera peut-être d'avoir imité ces
(4) Propriétaire d'un mazet. Je ne me permets pas de supposer que c'est de mazet que vient le mot mazette.
Put
vieillards qui évoquent avec trop de complaisan
souvenirs lointains et chers du temps passé...
LS D A L Ke NS d RAS AIT &