LA PLAINE DU VISTRE
PAL EAN CRC Alouettes au mirotr.
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Aux environs de toutes les grandes
NÉS villes, on trouve une notable étendue de terrain où les chasseurs sont aussi abondants que le gibier est rare. Il semblerait que cet état de choses devrait se modifier et le chasseur devenir rare à son tour. Il n’en est rien et à chaque ouverture le Parisien se porte en masse vers sa plaine Saint-Denis, le Marseillais remplit ses collines de plus d’appeaux qu'il n’y a d’appelés, le Nimois poursuit un gibier imaginaire dans sa Plaine du Vistre. Pourquoi ?.. C'est que si le gibier fait le braconnier, c'est la passion
qui fait le chasseur. Le chasseur est parce qu'il est.
o6 MON CARNET DE CHASSE.
La Géographie Universelle est trop universelle pour mentionner le modeste cours d’eau portant le nom de Vistre,quin’ajamais une inondation ou une noyade à h, NT 62 se reprocher et
blement une plaine fertile aux portes de Nîmes.
Le Vistre a cependant sa célébrité locale auprès des jeunes gens, filles et garçons, qui viennent sur ses bords danser aux chansons ; auprès des amateurs de pêche en quête d’un régal de goujons et d'anguilles (1) fangeuses ; et auprès des chasseurs qui croient avoir une chasse d’eau parce que dans les temps reculés on y levait râles, poules d'eau et canards. Aujourd'hui tout gibier a disparu, soit qu'il ait été tracassé par l’agriculture — qui marque la troisième étape de l'humanité, après la chasse et la dépaissance, dans la
(1) A Nimes, on dit toujours anguile et en compensation crocodile. (Note de Télémaque.)
conquête de la terre — soit qu'il ne s’accommode plus des eaux empuanties de ce grand égout collecteur de la ville, où les tanneries, les usines à bougies et les fabriques d'engrais chimiques ont remplacé les pittoresques moulins à farine d’autrefois.
Le chasseur nîmois ne se fait plus d'illusions. Sa plaine du Vistre battue et rebattue n’est pas giboyeuse. Depuis quelques années déjà il n'entend plus raconter chez l’ar- - murier qu on a vu le Lièvre ou /a Perdrix, derniers représentants d’un gibier sédentaire devenu migrateur par nervosité. Il garde encore, en septembre, l'espoir de rencontrer dans un carré de luzerne une seule caille et plusieurs chasseurs, de tirer la caille ou d'aider à la tuer; mais il se dégoûte vite d’une chasse où, pour peu que le plomb écarte, on risque autant de tuer un confrère qu'une pièce de gibier. Et son regard mélancolique se reporte à l’horizon de collines et de plateaux caillouteux, où résonne la fusillade bien nourrie d’un rabat aux perdreaux dans des territoires réservés. Qu'on ne soit plus étonné maintenant s’il attend avec une juste impatience le moment de la chasse aux alouettes et s'il proteste dans son for intérieur contre ces classifications arbitraires qui refusent à ces oiseaux le titre de gibier!
Aux approches de l’hiver, quand les alouettes descendant des pays du Nord traversent les collines sèches et
pierreuses de la Garrigue, elles saluent de loin avec joie la
Plaine du Vistre comme une délicieuse oasis qui leur promet abondance de biens et doux repos. Mais dans ce
monde tout ce qui brille n’est pas or et les alouettes sur- + tout en font la triste expérience. Une guerre d’extermination leur est aussitôt déclarée, multipliant contre elles les moyens de destruction : le miroir, la chouette, la lanterne, les filets, les nappes, les rejets, les gluaux et autres
engins perfides. Après cela, on
\: est peu tenté de dire avec le it ur poète Ronsard :
Il n’est homme qui ne désire, T’oyant chanter au Renouveau, Comme toi devenir oiseau.
La chasse au miroir est la plus originale et la plus attrayante. Elle commence chez l’armurier où la première victime est le chasseur lui-même, attiré à la vitrine et fasciné par des miroirs de toutes les formes, constellés de glaces de toutes les grandeurs, unies, bombées, rondes, carrées, à facettes, en étoiles, coloriées, argentées, dorées et même sans glace aucune pour les novateurs.
L'embarras serait grand si tous n'étaient également bons.
En passant quelques conseils pratiques :
— Huiler le pivot du miroir à cause des grincements
en arrière pour éviter
. l'éclat neutralise l'effet
‘pas l’avoir devant soi,
qui éloignent le gibier. — Avoir une ficelle brunie, fine et solide. — Se servir de menu plomb. — Se munir d’un lavoir, si l’on emploie
un calibre très petit,
s’encrassant très vite.
— Planter le miroir à
dix mètres de distance
Ï Cl: a!
et légèrement incliné
les accrocs de la ficelle.
— S'éloigner des arbres gênant le tir et
des flaques d’eau dont
du miroir. — Ne pas avoir le soleil derrière soi, car on effraye l’alouette arrivant du côté
où le miroir brille; ne
car l’alouette passant entre vous et le soleil déterminerait, non pas une éclipse de soleil comme le veut la théorie, mais une éclipse d'alouette. — Ne pas dédaigner de se cacher.
Et la place à choisir! Grave affaire!
Tout chasseur nimois a dans la plaine sa place de pré-