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que je ne l’encourage pas? Au commencement de chaque année je lui promets toujours une carabine Flobert ou une bicyclette, à son choix, s'il a le prix d'excellence!.. Et chaque année il gagne, au choix, l’une ou l’autre. Ça le fait travailler dur, allez!
— I] faudra pourtant bien, observe Marius, que tu trouves autre chose à lui donner, s'il gagne le prix chaque année. |
— Nous verrons, nous verrons, reprend Albert avec un sublime naturel. Ça n’est pas encore nécessaire.
— Comment? |
— Eh! non! La première année il a choisi la carabine,
mais je l'ai trouvé trop jeune, j avais peur
qu'il ne se fit du > mal.
ee Pu elui tas donné la bicyclette?
demande Téléma-
thon ir!
que.
aurait pu culbuter un
passant et m'attirer des ennuis.
— Ju ne lui as rien donné!!!
MON CARNET DE CHASSE. 183 — Eh! non!
Et l’année suivante ?
— J'ai fait le même raisonnement... Mais la récom-
pense, elle y était toujours, dans son imagination... Ça
suflit.
… Brave Albert! Pourquoi donc tous les hommes ne sont-ils pas comme lui... ceux que l’on paie, s'entend!
— Que voulez-vous, soupira l’orateur que hantait déjà
un autre souvenir. Le droit à l’oisiveté est un des droits
primordiaux de l'être humain. Vous ne vous rappelez pas Bourgidou, le tailleur, 11 disait, lui : « Je ne suis pas paresseux, seulement, le travail, il me dégoûüte »... Et
encore : « On ne me fichera jamais dedans pour avoir
payé deux fois. » Ah! c'était un
bon type, ce Bourgidou. Un jour, je: le rencontre. Il avait l'air triste ; je lui dis :
— Ça ne va donc pas, Bourgidou ?
— Eh! non! Ça va pas.
— Qu'y a-t-1l!
— Je voudrais me marier.
— Eh bien! Marie-toi.
— Je voudrais bien, mais je ne peux pas! Je n'ai jamais pu!
A causé!..
> apré
— À cause de ces diables de renseignements... Dès qu’on se renseigne, on me refuse. J’ai été refusé quatorze fois la même semaine. | |
— Quatorze fois? Tu faisais donc deux demandes par jour? Une le matin et une le soir.
— Non. Voici : je faisais deux fournées de sept, le jeudi et le dimanche. R
— Et si tu avais eu deux oui! |
— Il n’y avait guère de chance. Et puis ça ne m'embarrassait pas. J'avais mon plan... J'aurais pris la plus riche, voilà tout! Et j'aurais planté l’autre. On m'a assez souvent planté, moi! : |
J'écoutais, je regardais, je riais. Mes amis, vous m'avez servi à souhait, ce soir-là... Car je les aime, vos joutes de paroles, vos alertes récits, le ferraillement ininterrompu de votre dialogue batailleur, les gerbes d'étincelles jaillissant de la rencontre de vos pensées, engagées jusqu'à la garde comme deux lames de duellistes.…
— Moi, je soutiens, disait Albert, que le Méridional, surtout le chasseur, croit à l’histoire qu'il raconte... Ainsi, l'aîné de mes garçons, il a treize ans. Eh bien! — bon sang ne peut mentir, — il sera chasseur, parce qu'il est blagueur, et qu'il croit à ses blagues! Il me dit, par. exemple :
— Je viens de chasser à la fronde.
— Et qu'as-tu tué?
Er
terpelle :
— Un moineau.
— Fais-le voir.
— Je ne l’ai pas retrouvé; il est tombé sur un toit, et bonsoir pour l'aller chercher!
Et Albert, en forme de conclusion, répète : |
— Il sera chasseur.
Nous éclatons de rire. Ajax m'in-
— Vous savez, vous, espèce
d'homme du Nord, je parie qu'il ne passera pas beaucoup d'eau sous le pont de Saint-Gilles avant que vous ne soyez un « croyant » comme nous autres.
Télémaque cependant tenait ferme, — par amour de la discussion, — affirmant que le Méridional ne croit presque jamais à l'histoire qu'il raconte. Et pour frapper un grand coup, il s’écria :
— Ainsi, mon cher, ton histoire des chiens de Cou-
loudou, diras-tu aussi que tu la crois ?
— Eh! Eh! Celle-là, c'est différent, je n'y crois pas tout à fait: mais ça se comprend, elle n’est pas de moi.
Je réclamai l’histoire des chiens de Couloudou, Albert ne se fit pas prier et d'une voix forte, 1l commença
— Les chiens de mon ami Couloudou ici présent, n'a-