‹ Mon carnet de chasseChapitre 36 sur 63 · PU RE ER CLP A DL ARE · texte numérisé non relu

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vaient jamais été en défaut. Un jour, je rencontre Couloudou qui me dit : « Tu sais, mon cher, que mes chiens n'ont . jamais été en défaut. Devine ce qui m'est arrivé, hier... je Non, mais devine! Mes chiens chassaient un lièvre depuis une heure et demie. Je n'avais pas vu le lièvre, mais je sentais bien que ce devait en être un... Tout à coup, j a- PARUS mes chiens, arrêtés sous un arbre, au milieu des

champs. Je dis : « Ça n’est pas

possible qu'ils soient en défaut.

pa) 1 LAIT!

7 Ils ont pris le lièvre! » Je

Ne

7” ar

K \ LÀ € cours, J'arrive sous l'arbre. — | à Rien ! — Pasde lièvre! Mon camarade me dit : « Ils sont en défaut, parbleu! Ils ont pris le pied de quelque lapin qui

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se sera encavé! » Je lui réponds : « C’est impossible! Le lièvre est là! Il doit être sur l'arbre! » Je lève le nez, et Juste, je vois mon lièvre, assis sur une bran- 3 che. Je le regarde; il se met au port d'aro mes. Je le couche en joue; il fait le mort. ee Je tire; il tombe. Je le ramasse! Il était habillé en général! C'était un lièvre savant qui s'était échappé d’une baraque de saltim-

banque... Ça ne m'a pas étonné. Je savais bien que

mes chiens n'étaient jamais en défaut. Seulement j'ai dû payer 35 francs au saltimbanque. |

… En terminant son histoire des chiens Couloudou, Albert riait, de son rire de toujours, qui ne décelait ni conviction, ni méfiance, ni sarcasmes ! Un rire imperturbable, impénétrable! Et cela me prouva que je ne serais jamais de force, moi pauvre, homme du Nord, à lutter de malice et d’ironie avec mes vieux amis du Languedoc.

Mais qu'importe! Je leur pardonne cette supériorité, qui parfois m humilie. Je la leur pardonne! Car, grâce à elle, jamais je ne m'ennuie, là-bas! J'aime tant cet esprit qui est de la vraie gaîté, cette finesse qui se donne des airs de bonhomie, et ces bons rires comme ceux d’Ajax et de Télémaque. Ces rires-là ne viennent jamais que des bons cœurs.

Et c'est à peu près ce que je leur dis, ce soir-là, à mes amis, dans la grande salle où, entre deux histoires, Ajax courbait vers l’âtre sa haute taille pour souffler sur les fagots ; où, à travers la fumée du tabac, je croyais voir sautiller devant moi les réjouissants fantômes de Couloudou et de son lièvre en pantalon rouge...

… Mais déjà évoquant un autre héros, Albert commençait un autre chant de l’éternelle épopée méridionale. Et les voix se répondaient, et les mots sonores partaient de tous côtés, et c'était fou et charmant!..

Carils parlèrent longtemps encore, mes chers Languedo-

LE L h£ » à F1 é a à x ÿ F : & E à Be % # Æ a, < M: ? Fr Part Rue 1 ê SN OMPT Te ” 188 MON CARNET DE CHASSE.

ciens. Seulement ma mémoire d'homme du Nord n'avait pas l'agilité qu'il fallait pour attraper tous les voltigeants propos qui prirent leur essor cette soirée-là. Bien sûr, j'ai dû laisser échapper les plus rares de ces papillons du Midi, étincelants comme le rayon qui les fait éclore, frères des cigales infatigablement joyeuses qui annoncent en carillonnant la fête du soleil... Et ma main, maladroite autant que ma mémoire, n’a pas su conserver leurs couleurs aux ailes des papillons capturés. Je les ai piqués sur le liège, secs, morts et ternis, et c’est une mélancolie pour moi de revoir leurs légers et gracieux cadavres! |

Des cadavres, oui, hélas!

Pardonnez-moi, Languedociens mes amis, ce massacre

de vos papillons!

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