CHAPITRE X
UNMRENEC AU: SOLEIL. — À PROPOS DE MIRAGE. — IN- VRAISEMBLABLES HISTOIRES VRAIES OU IL SERA QUESTION DE LIÈVRES, DE CANARDS, DE HÉRONS ET DE LAPINS.
. Un après-midi d'automne, en Languedoc; il fait chaud et le fusil nous pèse à l’épaule. Nous avons quitté les vignes, Jacquot et moi et gagné la garrigue. Jacquot, c’est mon fils, un garçon de onze ans que j'initie aux joies et aux fatigues de la chasse; il s’est déjà déclaré « comme nous disons en parlant des jeunes chiens; il a le sang-froid, l'adresse, mais il n'a pas la « fureur ». Mon garde le lui dit bien, avec son bel accent de Saint-Gervasy, le village blanc, là-bas, vers la costière. « Votre papa il est bien plus furieux que vous, pour la chasse. Ah, f...….. oui! » Donc nous avons battu un moment la broussaille, en quête d’un lapin; mais Jacquot traîne la patte; nous nous
sommes assis à l'ombre clairsemée d’un petit chêne vert
et nous nous taisons, rompus, le chapeau en arrière, le front mouillé, regardant souffler la chienne qui laisse pendre quatre pouces de langue en haletant comme une locomotive. |
J'ai dit la broussaille; un mensonge ce mot; c’est garrigue qu il faut; car vous autres gens du Nord, d’autour de Paris, ou de plus loin, de Sologne ou d'Anjou, de Bresse ou de Savoie, vous vous figurez à ce mot « broussaille » de beaux taillis d'automne, aux tons cuivrés, hêtres et chênes, avec çà et là l’élancement sombre d’un sapin, ou le clair sourire d’un bouleau, et puis des ruisseaux qui suivent en chantant les contours des sentiers, et de la mousse qui tapisse les revers des fossés, partout une fraicheur de bonne terre généreusement arrosée... Mais la garrigue !.… Elle est toute d’un vert
sombre et mat... C’est des
genêts, du thym, des lavandes, des pousses de chêne vert, des bruyères, des houx, toutes les plantes à l'éternel feuillage, revêche, dur et bruissant au pas qui les froisse, des plantes en
fer peint, qui jamais n'auront les douces teintes d’au-
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tomne, celles de la vraie broussaille de novembre, dont la gamme infinie monte du jaune au pourpre, en passant par tous les ors, les bronzes, les rouilles, les tons de corail et de lèvres.
Eh bien, malgré tout, n'en disons pas du mal de la garrigue. Telle quelle est, elle a sa beauté. Oui, beauté de sécheresse, de soleil, de clarté brutale, de torpeur, sous
le ciel implacablement uni, dans la brûlante immobilité de l'air... mais beauté tout de même; et j'y songeais regardant autour de moi ce paysage tout languedocien; puis peu à peu mes yeux regardèrent sans voir; et ma pensée glisse, toujours plus légère, effleurant les objets et les souvenirs, évoquant des images. Et ce n'était plus qu'une rêverie qui allait, qui allait, allait, se perdait.
Elle errait maintenant dans la garrigue brûlante où nous marchions de nouveau, qu'il fallait traverser pour revenir au mas... La chienne se coulait à nos côtés, insouciante, donnant à peine çà et là un inutile coup de nez dans l'air trop calme et trop chaud.
L'enfant, Lui, trottinait derrière moi, enjambant de son mieux les touffes dures et piquantes, qui lui font pousser parfois un petit grognement de révolte.
— Aïe... Eh! papa, est-ce bientôt fini... cette garrigue.….
Pris de pitié je me retourne pour lui tendre la main.
Mais mon pied s’enchevêtre dans une ronce. Je tombe. Un
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coup de fusil part. Un cri. Un corps d'enfant chaviré sur À
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les houx; un visage blanc de mort, du sang. La folie du
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désespoir et du suicide qui me saisit, une folie sans pa-