‹ Mon carnet de chasseChapitre 48 sur 63 · RIT PCT SO OT SC PT · texte numérisé non relu

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sins de Porthos, qui, très sérieux et complices imperturbables du fumiste avaient gardé pendant l'entretien une attitude impartiale et correcte.

Il fut décidé qu'on allait tenter l'épreuve de la poule, au mas de X.., une ferme appartenant à la famille V... où l’on ferait halte. Le fermier possédait un excellent fusil à ba-

guette et un poulailler bien garni, tout ce qu'il fallait pour

faire gagner ou perdre à Double-Muscle ses cinq mille c1-

* garettes du Khédive.

On devine d'ici le plan de nos fumistes. Il devait réussir comme tout ce qui est simple et hardi. On s’arrangerait de façon à retirer du fusil la charge de plomb. Le camarade mystifié, peu habitué aux armes à feu, serait incapable de s’apercevoir, au recul et à la détonation, que l’arme contenait seulement de la poudre.

Et Fernand, dit Porthos, dit Double-Muscle, sûr de son affaire, se dilatait silencieusement la rate en songeant à son triomphe et aux cinq mille cigarettes du Khédive.

Je passe les détails.

On arrive au mas, on choisit la poule; on emprunte au fermier son fusil, que Théodore V... l’un des cousins et complice de Fernand s’est chargé de préparer.

C'est lui qui doit habilement, prestement en retirer le plomb puis remettre cérémonieusement l’arme aux mains du tireur, comme sur le terrain l’on remet au combattant

son pistolet tout armé.

On place l’ami, on endort la poule, on la dépose à dix pas. On s’écarte. L’ami FE Be vise. Le coup part. Et la poule? La poule.

Ah! mes enfants !..

Quelle bouillie !

Plus qu’un hor-

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ul y de chair meurtris ! ‘à de" PR :

a} Et ‘qui est-ce

7 Ve)

#, qui en faisait une :

de figure? C'est

Double-Muscle, parbleu! Et qui est-ce qui riait! C’est les frères et cousins, et Théodore surtout qui avait doublé la charge de plomb au lieu de l’ôter.…

Et il fallut bien payer les cinq mille cigarettes du Khédive à l'ami qui ne comprenait pas que Fernand lui eût tenu un semblable pari, impossible à gagner.

Ce qui a dû être drôle, ensuite, c'est l’attrapade entre Fernand et Théodore, le faux complice, le traître cousin | mystifiant le mystificateur. Seulement je n’y ai pas assisté etles échos n’en sont pas venus jusqu'à moi. |

Oui, c’étaient de joyeux camarades ces chers amis V... et parmi les plus dégourdis de la joyeuse compagnie des Papetiers |

Les Papetiers, direz-vous. Qu’était-ce donc que les Pa-

es rhone 2 bd ar aidée) : vas — 4, 7 L “ A

petiers ? Ah! voilà, je vous Le dirais bien en quelques mots, mais cela sort de mon programme. Ce n'est plus de la chasse. Bah! Je vous ai bien raconté le meurtre d’une poule.

Or, donc le club des Papetiers fonctionna tout un printemps et voici d'où vient son nom.

Il y avait dans une des petites rues du quartier latin un

L L L : ne -(Q" papetier que nous avions pris en grippe. Pourquoi? Je

n'en sais trop rien! Mais le fait est que du mois de mai à

la mi-juillet, toute la bande du café Saint-Michel se transportait au moins cinq fois par semaine, le soir, devant la boutique du papetier. Il y avait là tous ceux que j'ai cités plus haut, parisiens, lyonnais, provençaux, bretons etnormands, aujourd hui graves magistrats, notaires, médecins ou rentiers. Là, dans la paisible rue, le papetier, sur le pas de sa porte, humait le frais, lisait son journal en pantoufles bordées et fumait son mégot tandis que près de lui ses deux serins pépiaient dans leur cage... Oh! la bonne heure de révasserie tranquille et de farniente assoupi... oh! Le repos bien gagné après la journée de mercantiles occupations. Mais, hélas! rêve trop vite interrompu. Tout à coup du bout de la rue surgissaient dix, douze, quinze personnages qui venaient, impassibles, muets, s’aligner sur un rang, face au papetier, à quelques pas de lui... Et bientôt, en

sourdine, commençait une mélopée sur ces paroles, tou-

- Jours les mêmes, et ainsi scandées :

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r,r a LÉ : its ae eh. PER

éé éé

— Oh-le joli-papetier-papetier-papetiéééééé-papetieroh-le joli etc.

Et cela continuait, continualt...

Alors au bout de quatre ou cinq minutes, le malheureux qui d’abord feignait l’indifférence, ne pouvait plus maintenir ses nerfs. Il tournait et retournait sur sa chaise comme sur un gril, sa petite personne courte et ronde,

tandis que grimaçait de co-

lère sa figure un peu simiesque encadrée de favoris roux à ue grises! Et le chœur impitoyable, aussitôt que ce changement s’opérait sur la figure du papetier, modifiait les paroles du libretto, et, dans un fortissimo éclatant, le refrain nouveau faisait trembler les vitres des maisons.

— Oh!-le vilain-papetier-papetier-papetiéééééé-papetier,

Alors furibond, hagard, affolé, sanguinaire, il se levait, et se ruait sur les choristes, dont la troupe se dispersait comme une volée de moineaux avec des piaillements moqueurs.

Le papetier allait se rasseoir sur sa chaise, tout essouflé,

le front moite et cherchait à recommencer son rêve interrompu. Mais, hélas! une demi-heure après, — le temps d’aller boire une paire de bocks, —les choristes étaient là, de nouveau alignés, souriants, gracieux et reprenaient en sourdine :

Oh ! le joli papetier, papetier.

Et cela dura pendant trois mois.

L'infortuné a fini par déménager, disparaître, s’enfuir

‘ je ne sais où.

Ah! la jeunesse, l’âge sans pitié ! Que de remords! Oui! mais tout de même... la jeunesse, l’âge sans soucis ! que d’éclats de rire...

Et aujourd’hui quel sourire de mélancolie quand je re-

garde en arrière, vers ce Joyeux autrefois, loin duquel la

vie au galop m'a emporté, et que je n’entrevois plus qu’à

travers la poussière soulevée de la route.

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