‹ Mon carnet de chasseChapitre 49 sur 63 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

HOMMES DE NATURE. — GARDES, BRACONNIERS, PROFESSIONNELS. — LA MÉSAVENTURE DU PRÉSIDENT G...

Il est bien rare que le chasseur citadin ou seulement civilisé, tel que vous et moi, si bon chasseur qu'il puisse naître ou devenir, acquière jamais la patience, l’entêtement, la finesse des sens, l'instinct, je dirais même le flaur cynégétique des hommes nés à la campagne, et qui ont vécu dès leur enfance en contact et perpétuel entreien avec la terre, les arbres, les plantes et les bêtes. N’estil pas vrai que le chasseur paysan, mieux que nous pres-

que toujours, sait relever la trace ou le gîte d’un lièvre, la

brisée d’un cerf ou les boutis d’un sanglier; découvrir dans l'herbe touflue d’un fossé la perdrix couvant ses œufs, ou le lapin dont l'œil brillant semble un diamant noir; prédire d'où va souffler le vent, et si la neige tombera demain, et si les bécasses passeront, entendre et distinguer les cris d'oiseaux, les appeler et les piéger, poser des œluaux ou des collets, ressembler en un mot à l’Indien peau-rouge, en avoir en miniature les vertus naturelles, - la ruse, l'endurance, la vigueur, la sagacité.

Il y a des exceptions, je le sais, et jai connu de vrais gentilshommes campagnards qui.en auraient remontré comme chasseurs , veneurs , piégeurs, pécheurs, à n importe quel enfant des forêts . de l'océan, des champs ou des montagnes.

Tel est mon ami le comte Gaëtan de S... l’intrépide chasseur de sangliers et de bécasses, dont j ai pu apprécier les rares vertus cynégétiques, étant son hôte, làbas, dans ce joli Val d'Amour,

au pays comtois, près des der-

mers contreforts boisés du Jura.

Un rude et fier chasseur aussi, et tout près de la nature,

grimpeur de rochers et tireur de chamois, Raymond de B..., célèbre dans les Alpes fribourgeoises qu'il parcourait par les matins transis de septembre, mollets et bras nus, la barbe au vent, portänt sur l'épaule un lourd fusil double, calibre 10, une sorte de canardière que seul un athlète comme lui pouvait manier à son aise. J'ai passé plus d'une soirée côte à côte avec lui, sur le foin des chalets, écoutant ses histoires de chasse, pas mal drôles je vous assure et que Je vous conterai peut-être un jour. au fumoir. |

Je l’entends encore, dévidant l’écheveau de ses aventures, et s’interrompant çà et là, pris à la gorge par l’âcre odeur qui montait de l’étable et s'écriant avec un bon rire : | |

« Sacrebleu! il doit y avoir ici en bas un bouc fortement émissaire! » | |

Il n’est plus au pays. Il a traversé les mers. Que ce souvenir d’un camarade lui soit un lointain salut et un

souhait d'heureux retour.

En somme, quand je parlais, tout à l’heure d'hommes

près de la nature, je rapprochais involontairement dans

mon esprit les gardes-chasse et les braconniers. Ceux-ci

et ceux-là doivent avoir les mêmes qualités, diversement

appliquées j'en conviens. Mais soyez sûr qu’un ancien

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