DÉSERT PEN
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lui qui me disait : « Ces b.... de l'État-Major, ils ont fait
rayer les fusils de guerre pour qu’on ne puisse plus tirer à DO
grenaille avec! » Il se consolait en chassant avec un vieux
fusil à pierre transformé en fusil à piston, dont le chien n'avait pas d'arrêt; tan-
dis qu'il visait il Le tenait
soulevé au moyen d'un morceau de foulard qu'il lâchait pour laisser partir
le coup (L).
Ce système plus que primitif donnait d'assez
mauvais résultats. Lémot sant la caille à la mue.
année, 1l paraît que la mue ne donnait
pas et comme Lé-
philosophe, — je vous ai prévenu, —
cette pénurie de
cailles eut des conséquences. Un matin de septembre,
en passant par le village de Savoie où demeurait
(1) Authentique.
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que nous parlons de gardes et de gens tout près delana-
266 MON CARNET DE CHASSE. OR Du:
Lémot, nous vimes, mon frère et moi, un rassemblement. — Qu’y-a-t-1l donc?
— M'sieu.. c’est Lémot qui s’est tué. Ah! il ne s’est pas manqué. Il à pris son fusil de guerre entre ses jam- A bes, a mis le canon dans sa bouche et a appuyé sur la
détente avec une baguette. Le tour a été joué. | &,
— Et pourquoi s'est-il tué ?
— Eh bien, d’abord il avait mal aux dents, et puis il était allé à la mue le matin. Il n'avait rien pris. I a dit : «Il n’y a pas de cailles, j'ai mal aux dents... Je vais me | “4 f.. bas »: il est rentré et il l’a fait comme il l’a dit. | ÿ |
Et à ce récit, un de nos amis qui était présent ne put | s'empêcher de faire cette observation, que beaucoup d’entre nous auraient eu le droit de faire comme lui. 5
— Si je m'étais f... bas toutes les fois que j'ai eu mal aux dents et qu'il n’y avait pas de cailles!.…. | |
Je suis d’ailleurs de ceux qui estiment qu’on n’a pas le
droit de juger un homme en pareille circonstance et puis-
ture, je terminerai par un petit récit dont le héros est un garde-champêtre qui me semble posséder une philosophie et une résignation plus profonde encore que celle du vieux
as
Marius.
À PTE, P'TIT ‘
Le s “2° Je Nr FE
Un matin d'été, je suivais la route qui part de Genève
et longe la côte sud du lac, jusqu'en Savoie. A vrai dire,
je marchais sans but, à l'ombre drue des platanes bordant
le trottoir, et j'allais, j'allais, le chapeau à la main, le gilet ouvert!.. J'étais heureux dans cette calme fraicheur; mon
esprit s'assoupissait bercé par le mouvement machinal de
mes jambes, tandis que mes yeux erraient sur l’eau très
bleue, toute placide sous le baiser bien appuyé du soleil et tressaillant à peine en clapotis légers contre le mur du quai.
À cent mètres de la côte, une longue barque chargée de
pierres semblait dormir aussi, attendant un grain sous les .
deux triangles de ses immenses voiles inutiles et déten-