NET
RNA
ù ‘d ‘La . eu PRES Cr ha . :
De a r p
Je calculai que j'avais le temps de continuer ma flânerie et de revenir une heure plus tard prendre le bateau.
Je me remis donc en marche. Vingt pas plus loin, je ne
sais pourquoi, je jetai un coup d’œil en arrière; j’aperçus
le bonhomme, toujours à la même place. Il avait dû me
suivre du regard, mais 1l ne voulut pas en avoir l'air, car
presque aussitôt, il détourna la tête.
« Quelque rêveur, pensai-je... Il ne lui manque qu'une
canne à pêche. »
Et je poursuivis ma route, distraitement, méditant cet
éternel lieu commun de la puissance apaisante qu’exerce
une belle nature sur les esprits de tous les hommes, vieux,
jeunes, riches ou pauvres.
Une voix qui m’appelait par mon nom me tira de ma songerie. Je reconnus un des gardes-champêétres de la commune qui, venant en sens inverse, m abordait familièrement.
— Eh bien, Luchat, lui dis-je, quoi de neuf?
— Rien, m'sieur, — je fais ma tournée. — Et vous?
Ça va toujours bien, m'sieur?
I me parlait de son ton traînard et nasillant du paysan
genevois; son petit œil clair me guignait, sous la paupière
alourdie par le litre matinal de vin blanc; et le nez, à la
À . peau tendueet violacée, plongeait dans la moustache poivre
et sel. D'ailleurs, l'individu se tenait ferme et bien campé,
l'air crâne et important, avec ses pantalons à la hussarde,
son chapeau mou sur l'oreille et son nerf de bœuf à la main. Va
— Non, msieur, pas grand chose à faire, reprit-il en mettant son chapeau en arrière pour sessuyer lanœuissamment le front d'un coup de manche. C’est plus tard, quand les raisins sont murs, quil y a du tra-
vail.. Maintenant je fais ma tournée,
our n'en P
pas perdre l'habitude. Je file par les
bords du lac et je remonte par
> ) les vergers d’en haut, rapports
aux maraudeurs de cerises.
— Et les amoureux, dans les -blés, en pincez-vous quelques-uns ?
— Ma foi, m'sieur, si c’est
K LI n e J g 3 L |
* : , Lee CAN CEE N Jen, NT De NN PE TIR NE MEET RP TT ES
dans les blés, je les pince, rapport aux dégâts; mais, dans les prés fauchés, je les laisse tranquilles. C'est leur affaire; car enfin il faut croire qu'ils sont consentants... Et
du moment qu'ils ne font de tort à personne, ça les regarde.
Es ou eut un petit ricanement.
: à — N'est-ce pas, m'sieur? C’est pas de force qu’une fille vient se promener au clair de lune. Elle peut faire des
7 è Se. mais si elle y vient, c’est que ça lui plaît. 4 ve — Luchat, vous êtes un philosophe.
— J’sais pas c'que je suis, m'sieur, mais jsuis toujours pas un imbécile et j'ai mes idées à moi.
__ — Vous avez raison. Au revoir, Luchat.
Fe Hi — Au revoir, m'sieur. Vous ne venez Hés de mon côté? — Non, je vais marcher encore un peu.
s Nous nous séparâmes.
pie dut d’ eue après, je revenais sur mes pas, et
j'aperçus un Pr bépement sur le trottoir ni quai.
a En approchant, je distinguai Luchat au milieu d'un ag Tout le monde regardait à terre. Des gens se + courbaient.
Quand je fus à trois pas :
— Qu'ya-t-il donc, Luchat?
: on , 7 la tête, et, désignant du bout de sa canne quelque chose qui gisait sur le sol. | . —Ilya, m'sieur, que cet « artiste-là » vient de s’offrir un bain.
‘4 Le groupe s’ouvrit. Une masse informe était là, sous une couverture. La terre, tout autour, était noire de l’eau
. qu'elle avait bue. Luchat se baissa, souleva la couverture