CHAPITRE VI
La Grèce de Gonstautin.
(20 décembre 19i5-juiii 1916.)
D epuis notre rentrée à Salonique, les Grecs devaient évidemment se montnr plus arrogants ou plus astucieux, pour miner notre influence et plaire au Kaiser. Mes comptes rendus énuméraient les incidents soulevés et solutionnés d'ailleurs sans grand bruit ; il suffit de savoir ce qui doit être voulu et de suivre la même ligne de conduite pour être maître des événements.
Je tenais également Paris au courant de ce que je pouvais savoir de la mentalité de Salonique. Je ne faisais ainsi que répondre à la demande que m'avait faite le ministre de la Guerre dans un télégramme de principe. 11 n'était pas moins vrai qu'au quai d'Orsay certains trouvaient que je m'occupais ainsi de co qui ne me regardait pas ; peut-on faire, cependant, même en temps de guerre, quelque chose de rationnel, si l'on ignore tout dn i'.imîtiance dans laquolln on évolue?
Il y avait en ellci des sujets aigus u«' (.•uiiihi, car ils touchaient à la fois à la sécurité de l'armée et à la
souveraine^? grecque; et comme de juste, ils restaient toujours en suspens malgré la conférence Pallis de décembre 1915 et les pourparlers de notre ministre à Athènes.
La rupture du pont de Dcmir-Ilissar sur la Slrum.i me tonait au cœur : vu la nature du lit du fleuve, je savais qu'il fau«lrait deux ou trois mois au moins pour rétablir ce pont et par suite sa mise hors de si'rvice s'imposait pour empêcher tout transport d'artillerie lourde ennemie par la Macédoine orientale.
D'autre part je ne voulais pas gêner par une sorte de coup de force les instructions du Quai d'Orsay que cherchait à faire prévaloir M. Guillemin. Je lui demaiiilais donc son avis sur l;i dut'stion. Il on r«*f<'r.i :"• Paris.
Les AtTaires et r.ui Lucres h .iMincu.in'nt 1 M])eiautM; que si « le général iSarrail peut répondre d'une part qu aucun conflit naura lieu avec le détachement grec^ et me donne l'assurance précise qu'il peut organiser un ravitaillement certain des tvoupes grecques restées au delà du pont.,. » Au fond, c'était un refus poli de me laisser supprimer le pont.
Je ne pouvais que m'incliner, mais je le faisais en mettant les points sur les i comme l'indique mon télégramme n° 6Gi/i du 29 décembre 1915 : c Pont Demir-IIissar est gardé par 10 sentinelles et 3 postes de 30, 40 et 60 hommes. Il peut par suite y avoir conflit si f envoie détachement. Quant au ravitaillcmeni les Grecs peuvent l'assurer par Cavalla^ jiiais il est certain qu'ils publieront que nous les affamons. JVe pouvant par suite répondre qu'il n'y aura pas con/ïit, nr pouvant donner assurance que Grecs pourront être ruvitaiUés puisque f ignore les approvisionnements entretenus à Serrés, Drama et Cavalla, les bateaux qu'ils peu-
LA (iRKCE DE CONSTANTk\ 95
vn/ avoir pour aller à Cavalla et les ressources quils peuvent faire venir de Bulgarie via Xanthi, je renonce à faire sauter le pont de Demir-flissar bien que par cette dcciiion V attaque de Salonique se produira forcément beaucoup plus tôt et sera en outre beaucoup faciliée par l'apport d'artillerie lourde et de munitions. Il semblerait par suite indispensable de laisser état-major grec sous impression que je n'ai pas renoncé à ce projet. »
Celte question de possibilité d'utilisation des chemins de fer reparaissait du reste sous une autre forme. I.*^G. Q. G., contrairement aux instructions ci-dessus
manant du Quai d'Orsay, m'invitait à prendre une détermination générale au sujet des ponts de chemin de fer. Il m'était difficile d'admettre que pour des détails infimes on me ligotât comme c'était l'habitude et que je fusse laissé libre pour des faits qui pouvaient cependant « entraîner des aléas militaires et des complications diplomatiques. >
Je n'hésitai toutefois pas. Il y avait là pour moi une possibilité de sécurité pour le camp retranché de Salonique.
Je répondis nettement que j'envisageais un coup de force sur Demir-Hissar et que pour la ligne de Monastir, il y avait ou à détruire les ponts ou à faire revenir le matériel.
L'opération de Demir-Hissar eut donc lieu le 42 janvier 1916. Le commandant Delaunay, de mon état-major, avec trois compagnies en était chargé. Le général Moschopoulos prévenu par sa couverture m'envoyait un officier pour me demander de laisser un détachement français sur le pont mais de ne pas le
truire. Il était midi. Le pont avait sauté à 9 h. 30.
Gomme je l'indiquais dans mon compte rendu
urnalier du 14, l'opération avait été ainsi conduite :
Compagnie garde-pont a référé léléphoniquement à
tiéral commandant ô*' division qui a cherch»' n gagner
du lempSy a déclaré que fêlais en conférence avec général Malion et général M oschopoulos, que ce dernier communiquait avec Athènes, etc. En même temps des forces grecques étaient acheminées vers pont pour que devant leur supériorité numérique, mes trois compagnies soient intimidées et forcées de se replier. Commandant Delaunay de mon état-major comprenant situation a brusqué mouvement et a tout fait sauter. j> Le général Baïras qui commandait la 6* division hellénique m'avait suivant l'usage envoyé une proteslation '• '- ''■■t classée.
Pour mettre d'ailleurs la ligne ferrée coniplùLomcnt hors d'usage pour longtemps, je faisais sauter quatre nouveaux ponts dans la région Kilindir-ilirsova.
Les Grecs soulevaient immédiatement la question ravitaillement de leurs 4' et 5* corps qui cantonnaient à l'est de la Struma. Le 15/1, je répondais en montrant les conditions dans lesquelles ces deux corps se trouvaient à ce sujet, et j'ajoutais que pour le ravitaillement d'un régiment d(^jouverture entre Doiran et Demir-Hissar, j'envoyais un^^tJjfFInpagnie du train française. Le 31/1, je signalais que les Grecs n'avaient plus besoin de ce concours. L'incident était clos. Mais il avait porté.
En effet, le 16 janvier je devais assister chez un banquier français à un dîner, suivi de soirée, à l'effet de me mettre en relations plus intimes avec le général Moschopoulos et les officiers hellènes. Le gêné rai ne vint pas. Par'son onlre, aucn- ' grec ne
parut. Je rendais compt*^ dans mon m»' ioiir-
nalier.
Le lendemain 17, mwii «^v'iiij>i.u iinwu i i.m pn.-^^jvîd uniquement rempli par un incident gréco-britannique. Un peloton de cavalerie hellénique, sabre au clair, avait chargé des soldats anglais qui travaillaient sans armes et on avait blessé troi>.
Malgré ce conflit les tractations ne cessaient cependant pas entre la Grèce de Constantin et l'Angleterre. L'attaché militaire anglais, Cunningham, était le Irait-d'union entre Athènes et Londres. M. Guillcmin me mettait au courant d'une combinaison élaborée entre cet officier et le lieutenant-colonel Métaxas, 80us-chef de l'état-major général grec, officier de valeur mais beaucoup plus germanophile que le chef d'état-major lui-même, le général Dousmanis. Il s'agissait de grouper toute l'armée grecque à Volo, Ekaterini, Gavalla. Je répondis à notre ministre qu'il n'y avait qu'à rejeter ces propositions.
Questionné par le G. Q. G. sur le même sujet, et sur l'opportunité d'une démobilisation grecque, je ne cachai pas mon sentiment, il n'y avait qu'à ne pas se mêler de ces questions ; il ne fallait être ni dupes ni complices.
€ Concentration grecque à Cavalla, Volo, Ekaterini, laisserait Macédoine grecque à ennemis qui pourraient t'y ravitailler tandis quen Macédoine serbe ils nont rien. Elle leur permettrait de ne plus craindre des contacts avec certaines troupes grecques, qui désirent cornbattre Bulgares; les 4' et ô*« corps remplis d^ officiers uenizelistes sont dans ce cas. Elle laisserait toute liberté de manœuvre à ennemis. Je suis, par suite, d'avis de ne pas nous mêler de cette proposition ou de la rejeter. Au reste, Grecs sont sur le point de se retirer. Ils nont qu'à le faire. La situation deviendra la même, mais ils ne pourront pas rejeter sur nous cette retraite et nous ne serons pas liés dans V avenir en aucune façon.
En ce qui concerne démobilisation, je vous ai rendu compte que cet acte était envisagé par état-major grec. Il n'y a donc pas également à soulever cette question qui retombera sur roi; Grecs ne pourront comprendre qji'ils
aiiiu lu- mobilisés puis démobilités pour rien, .i» ^jund de vue mililaire il n'y a aucun intérêt à avoir Grecs mobilisés puisqu'ils ne veulent pas marcher avec nous, et quils n'ont qu'un rêve, les soldats, avoir de la farine et ne pas combattre, les officiers, avoir leur solde et ne pas combattre.
En résumé : pour l'une et l'autre question, il faut que le gouvernement grec en as.sume l'entière respi qu'il ne puisse se couvrir par une pression dt , ces alliées, l'armée grecque ne devant par c ordre royal » jouer aucun rôle lors de l'invasion par ennemis de la Macédoine grecque, >
Le lendemain, :^8/l, dans mon compte rendu j 'iirnalier j'ajoutais : a Le général Ma/ion a donné tel , npfiiquement avis qu'il y avait lieu de rejeter les poui^ parlers Metaxas-Cunningham. Le télégramme anglais portait d'ailleurs qu'Alliés s'engageaient si Grecs se retiraient à Cavalla, Volo, EkateiHni, de ne débarque- aucun point de la Grèce. »
Le 8/2, M. Cunningham essayait une nouvelle tentative.
Je. rendais compte le soir après en avoir causé avec le général Mahon, t qu'il avait été au bureau de rensei- (jnements anglais, mais ne s'était pas présenté au géné~ rai, pa!f plus qu'à moi, et qu'il avait passé tout temps à l'état-major grec, >
Le général Mahon devait demander la relève de cet extraordinaire attaché militaire. Faut-il ajouter a posterion que la proposition Metaxas-Cunningham était lo projet de Falkenhauscn ? (Dépêche in tcrr du 4 janvier 1910.] J'avais vu clair dans le jeu .
Je ne m'étais pas trompé non plus quan<l le : rai Moschopoulos me faisait sonder et avait t.. front de déclarer que les Bulgares reculeraient, que nous n'avions qu'à marchtT et que les Grecs nous suivraient, sous réserve toutefois, qu'à cùlë de nos 150.000 hommes, il arrivât encore 300,000 Français
LA Ulii^tli Dl t.uA5»iA.Mi.>( 99
ei 300.000 Anglais. J'avais liaussé les épaules! Il n'était^pas permis lie lancer de pareilles aflirmations lorsqu'on portait un uniforme de général.
Le G. Q. G. me télégraphiait entre temps que je n'avais rien à refuser aux demandes des Grecs.
Or, parallèlement à ces directives, l'amiral Gaucher, qui commandait à Salonique, recevait l'ordre du ministre de la Marine de clore délinitivement les difficultés au sujet des batteries de Kara-Borum, en occupant lesdites batteries. Le gouvernement cependant aurait, parait-il, voulu que nous y allions, mais sans en chasser les Grecs.
A une demande d'explication sur ce qui s'était passé, je répondais le 30 janvier par le compte rendu détaillé ci-dessous :
Jiépome à 44436,
c Amiral ayant reçu ordre d'occuper pointe m'a demandé coopération, compagnies débarquement ne pouvant pas être suffisantes ; ai envoyé un bataillon zouaves, deux batteries montagne, deux pelotons cavalerie qui le 21 ont bivouaqué lO kilomètres sud Salonique. Le -28, tandis que ce détachement se portait par marche nuit sur Kara, deux bataillons français et dej/x bataillons anglais avec trois batteries à cheval allaient bivouaquer à sortie sud Salonique pour arrêter éventuellement marche troupes grecques allant intérieur de Salonique à Kara-Borum, comme fait s'était passé à Demi-IIissar où brigade grecque alertée avait marché sur pont. Détachement s'est présenté devant les quatre ouvrages de la presqu'île vers neuf heures. Lieutenantcolonel commandant a fait venir commandant place et lui a demandé d'occuper les forts qui entourent complètement pointe, xiprès série ppurparlers, Grecs ont laissé facilement zouaves entrer, mais Anglais, compagnie débarquement ont eu nombreuses difjicultés sur petit ouvrage sud. Lieutenant-colonel grec arrivé vers midi a vohIu tout remettre en question. A été prévenu que si à
400 MON COMMA.>UL.vu..>i LA uiUL.>T
une heure trente garnison Ji'avait pas évacué^ flotte bombarderait comme il avait été donné ëvdre : c Sommer le gouverneur d'évacuer, éviter si possible toute effusion de sang, mais occuper la pointe >. Colonel a acquiescé; au reste colonel grec Messala directettr arrière avait téléphoné de Salonique de se soumettre à la force sans opposer de résistance. Vapeur grec c Samos » emporta le soir moitié garnison grecque et le 29 au matin l'autre moitié. Un sous-officier et quatre Grecs restés seuls avec détachement français, compa» gnies de débarquement françaises et anglais^' ^..//- ,/,,» ment marins « Piémonte » e/ « Askold 3 ».
Pour pallier l'acte d'énergie de Kara-Borum, Légation d'Athènes, Quai d'Orsay, et G. Q. G. continuaient à m'onvoyer télégrammes sur télégrammes, m'invitant à me montrer conciliant avec les Grecs.
M. Guillemin me demandait enfin d'aller voir le roi de Grèce pour adoucir les frictions. J'y fus autorisé. L'idée de cette entrevue ne datait pas de cette époque; dès le 27 octobre 1915, j'avais déjà télégraphié à ce sujet : t Bruit m'a été rapporté qu'Allemands auraient fait informer Roi qu'alliés voulaient le recevoir officiellement s'il venait à Salonique. Il semble inutile de vous dire que cette assertion est sans fondement. SU vient j'ai l'intention de m'inscrire chez lui, comme je l'ai fait pour le prince André et le Diadoque, /ajouterai toutefois, que je ne verrai aucun inc' f à être reçu mais en tout état de cause je me c rai aux désirs que vous pourrez exprimer à ce sujet ».
Dès mon retour -i' \ii.;>nes je rendais com'^t-» nîiw; qu'il suit :
Télégramme TU, .3 «ui i3/i.
c J'arrive d'Athènes, Entrevue avec le Roi très courtoise. Avons parlé de généralités militaires^ puis de
Satonique, dont il trouve le périmètre trop étendu pour efffclif armée grecque lorsque nous lui aurons rendu celte ville. 3/a longuement parlé de neutralité. Lui ai dit que jamais il n'y avait eu pression pour l'en faille sortir. Lui ayant montré entre autres preuves qu'aucun plan d'opérations commun n'avait été envisagé^ m'a répondu qu'Anglais avaient fait certains pourparlers en ce sens. Ai renouvelé alors affirmation de son droit nbsêlu à ce sujet. Avons parlé de Demir-IIissar et Karan^mm. Lui ai donné explications détaillées et basées sur nécessités militaires. N'ai pas eu de réponse.
Ai demandé oii en était question ponts ligne Monasiir. }ra dit de m'entendre avec général Moschopoulos. Ai profité de circonstance pour lui rappeler ou faire connaître série incidents sur télégraphes ou chemins de fer dus, lui ai-je dit, probablement à subalternes trop zélés. Lui ai d'ailleurs assuré que je n'avais jamais voulu blesser le peuple grec et son roi. En partant, ai renouvelé eelte assurance pour le passé et l'avenir et l'ai assuré que s^il voulait jamais sortir de neutralité, je serais heureux de venir prendre à Athènes les directives fi^its de sa connaissance du pays et de son passé militaire. Lui ai dit enfin que s'il venait à Salonique je serais heureux de lui montrer notre organisation.
A déjeuner, vu colonel Metaxas qui me parait être cheville ouvrière d'état-major grec et tendances allemandes, général Dousmanis qui a insisté sur reconstruction ligne Guevguéli et sur forces allemandes.
Ai visité Skouloudis qui a protesté contre aiTcstations suspects à Salonique et aurait voulu que désormais je les signale à Préfet pour renvoi. M'a parlé de bombardement imminent de Salonique. Lui ai répondu qu'artillerie ennemie serait trop loin. A évité de me répondre sur situation future de la Macédoine évacuée par troupes hellènes. M'a paru aussi fourbe qu'aimable.
Ai visité Vénizelos qui espère toujours que Grèce marchera et m'a parlé état armée hellénique qu'il fau-
If 12 MON COMMANDEDENT EN ORIENT
(trait remonter avant de VutilUer. Chaussures usées. Vivres employés non remplacés. Effectif considérable chevaux morts.
Vu également Zaïmis, franc et courtois
En résumé ai nettement impression que prusiifnl du Conseil et état-major étaient, sont et continueront à être pour Allemagne; que Roi veut rester neutre, éviter l ntt incident avec nous qui pourrait le diminuer ou avoir vue répercussion en Grèce et quil observera une neutralilc bieîiveillante, malveillante ou réelle ».
J'ajouterai aux appréciations doaDées ce que je ne pouvais mettre dans un téléj^'ramme officiel : Zaïmis m'a rappelé un homme d'EUil, c'est-à-dire îjuelqu'un sr\chant ce qu'il voulait au p)iat de vue politique, ayant sans doute ses tendances mais les exposant nettement. Je me suis permis de lui dire de n^ pas rester plus longtemps dans la coulisse et de prendre les rênes du gouvernement, ce qui serait un bien pour les Grecs et les Alliés. La manière de discuter de M. Skouloudis, aussi cauteleuse que fuyante, m'a produit une impression pénible : c'est le traître du drame du vieux répertoire; il fera dire ce qu'on n'a jamais dit, il jouera de sa vieillesse, il est apte à tout, sauf pout-fttre à bien faire; il est capable de tout, sauf peut-ôtre de ce qui est la justice et la vérité.
M. Vénizclos est quelqu'un; il est facile de s*en convaincre môme si l'on ne partage pas ses i<lée8; il n'ignore pas les points faibles do l'avenir grec et il ne lésine pas pour demander à ce sujet aide et ^ cours; il voit évidcmm.Mjt grand, trop grand i Mro comme l'on accusent certains; mais il sent que sa patrie doit vivre, qu'elle le peut, et il le voudrait. Il est souvent très prudent, trop j:>arfoi8, car sans doute toute la Grèce libérale et cert gran le Grèce s'incarne on lui; il ; déclancher un mouvement révohitionnaire, mais il t,,'..;f .'.L.vint rinorgaju-^atinn d.> l'amiéo hellénique,
du passé dans loqtiol l'Entonlo n'a été qu'incohéronte, la royauté anti-constitutionnelle, le pays appauvri, divisé et sans ressort.
Lo Roi est un violent quand on n'est pas de son avis; dans notre conv«?rsalion il a cep(*ndant été calme; à peine deux fois ai-je vu ses pieds s'agiter autour des barreaux de sa chaise. Il a voulu également deux ou trois fois faire des effets; je les lui ai coupés. Il n'a que l'auréole, l'étoffe et la valeur que peuvent donner, avec un passé militaire un instant heureux, le grade ou plutôt le rang inscrit à la fois dans l'Annuaire et le Gotha.
Ce voyage me permit dès mon retour de trancher la question toujours en suspens des ponts de chemins de fer de Monastir. « Occuperai quatre ponts Vodena avec 50 hommes sur chaque et viaduc Sorovitch avec 100 hommes le /" mars, Grèce étant à VEst moi à VOuesl de chaque ouvrage dont je préparerai la destruction, (Compte rendu journalier ±1/^.)
Rien ne changeait cependant dans l'attitude grecque.
J(î crois devoir signaler mon compte rendu du 18 mars : le général Moschopoulos, qui jouait toujours double jeu, voulait m'amener à prendre position en refaisant sien, sous une autre forme, le projet Metaxas-Canningham; les 4« et 5" corps devaient aller à Drama, Serrés, Cavalla, le 3® en Macédoine occidentale, le i2* à Larissa, le 1" restant vers Athènes. « Lui ai dit que si Varmée grecque devait s*en aller devant toute marche en avant de l'ennemi, cette concentration m'importait peu. » Le général Moschopoulos, après avoir à son tour fait revivre c^^ fameux projet, allait plus loin : il m'offrait de délorminor. vu sa connaissance du pays, le point le plus sen-
sible pour les Bulgares ; il aurait ainsi télégraphié à Athènes, et Berlin aurait été prévenu; je lui laissai faire un cours de géographie niacédonienne, et ne lui dis rien de mes projets : à Grec, Grec et demi.
Les tractations Athènes, Sofia, ne faisaient d'ailleurs pour moi aucun doute.
Le 1/4, je rendais compte qu'en Macédoine occidentale, les Grecs avaient reçu l'ordre de livrer leurs forts aux bulgares si ceux-ci se présentaient; et je terminais ainsi : c Culasses canons sont déjà enle^ vées. y> J'ajoutais (Télégramme du 5/5.) : « Grecs ont évacué artillerie de forls frontière Rvpel et Dova Tépé : magasin de vivres de Serrés pour 6* division a été repoussé vers Drama. » En présence de ces renseignements, ne pouvant pas laisser les Bulgares se substituer aux Grecs à Dova Tépé, dans le Krusa-Balkan où j'étais, j'avais fait occuper le 10/5 ce fort, sans incident d'ailleurs.
Restait Rupel ! tout à fait en dehors de notre zone d'action, je ne pouvais songer, avec les faibles effectifs que j'avais, à faire à Ru^iel ce que j'avais fait à Dova-Tépé.
Soit pour savoir quelles étaient mes intentions à ce sujet, soit pour rejeter sur mon abstention l'occupation de ce point par les Bulgares, des officiers grecs venaient m'entretenir de l'importance militaire de ce fort pour la couverture et la défense de la Macédoine orientale.
Certains savaient que j'avais toujours prolesté contre l'évacuation du territoire français après la bataille qui a reçu le nom de Charleroi. Ils ne se rendaient pas compte qu'une évacuation en territoire national ou en territoire neutre, pour ne pas dire ennemi, ne peut et ne doit être envisagée de la même façon.
Dans tout territoire non national Napoléon mettait sa roMverttire et sa ligne de résistance an mienx
de ses effectifs et de ses projets ; la même conduite s'imposait en Macédoine.
Le Hj mai, les Bulgares d'accord avec les Grecs, (i\Qyi télt't,'rammes saisis me permettent do raffirmer), poussaient dans la vallée de la Struma. Je faisais immédiatement dire au général Moschopoulos de faire évacuer toute la zone do Poroj par sa couverture et sa gon larmerie. Je iésirais une situation franche : Français d'un c6té, Bulgares de l'autre.
Le tl je télégraphiais : f Bulgares ont occupé fort Rtipel autres positions fortifiées plus au nord et hauteurs entourant pont Demir-flissar. Aucune attaque vers Poroj. > Cet événement et l'accord gréco-bulgare connu à ilonique soulevaient de véritables manifestations ' '2S mai. Le 31 l'ancien consul de France venait ai'offrir de faire agiter à Athènes la question de changement de ministère.
Je refusai d'entrer dans cette voie.
Dès le ^8 j'avais porté la question à Paris. Il develit tout à fait urgent de proclamer l'état de siège à
Il y avait longtemps que je cherchais à me souslire aux fourberies de la politique grecque et à rc maître chez moi. Je n'ai jamais aimé vivre au ur le jour et me transformer en roseau soumis à us les vents.
Le i7/l2 je télégraphiais déjà à M. Guillerain :
< A mon avis rien n'est changé depuis que nous sommes
rentrés de Serbie, Je n'ai jamais varié dans ma ligne
-'^ conduite par rapport aux Grecs, Je crois en effet
/e m'me en Orient, il ny a pas à osciller sans cesse,
? jour de la manière forte et le lendemain de
douce. »
i06 MON COMMANDEMENT EN ORIENT
Ed février par exemple, après rincursion d'un Zeppelin, j'avais été forcé de demandor au Préfet de vouloir bien faire éteindre le gaz. Le G. Q. G. sollicité pour que je pusse proclamer l'état de siège m'avait autorisé, sans m'autoriser, et m'avait tout d'abord invité à consulter le ministre de France à Athènes. Celui-ci, devant les ordres de concHialion émanant du Quai d'Orsay, n'avait pu. donner un assentiment ferme, et comme pour le pont de Demir- Hissar, j'avais dû provisoirement enterrer l'affaire. Les besoins réels de l'armée d'Orient étaient sacrifiés, mais le G. Q. G. avait montré encore une fois qu'il se réservait pour l'avenir une chance de plus pour pêcher en eau trouble.
Lorsqu'une opération offensive contre les Germano-Bulgares m'avait été demandée, j'avais réclamé à nouveau l'état de siège, pour ne pas être sur mes derrières à la merci des Grecs, t Depuis quelque tempa, difficultés toutes sortes se multiplient avec Grecs, dont certains, quoique courtois, ne font rien de ce qui est demandé. Je citerai presse non poursuivie par procureur, postes et télégraphes dont contrôle unique est fait sur nous par Grecs, télégraphie sans fil qui brouille nos communications, gendarmerie qui sert de guides à Allemands, leur font signaux lumineux, interviennent bi-utalement pour empêcher routes à nos troupes; chemins de fer où, 700 employés triés sur le volet font espionnage plus ou moins déguisé; gendarmerie Cretoise plutôt ententiste va être dispersée, et dans armée, tout officier qui nous fréquente, est signalé, ordre Dousmanis. A cette situation il n*y a qu'un remède : état de siège. Au moment oit mes opérations militaires vont s'activer, où Serbes arrivent et vont être espionnés et traqués par ordre grec, il est indispensable que armée d'Orient ne soit pas en tutelle de tous les fonctionnaires grecs de Salonique, journellement par téléphone, par état-major et ministres intéressés grecs. Je demande
à proclamer immédiatement état de siège qui nous libérera de cette situation subordonnée fausse et inadmissible. »
A ce télégramme j'avais reçu comme réponse que l'état de siège ne pouvait être établi que lorsque l'Angleterre aurait donné son consentement et que la Grèce aurait été prévenue.
L'Angleterre refusait 'évidemment son autorisation.
Sans me laisser démonter, je répondis que si on voulait me laisser la latitude de prendre sous ma responsabilité une série de mesures que j'indiquais, je me contentais de cette demi-satisfaction. (Voir aux annexes détail des mesures, télégramme du 4 mai.)
L'avance bulgare sur Rupel finissait par dessiller les yeux. Un télégramme du président du Conseil envoyé le 1" juin par M. Guillemin me laissait libre de proclamer l'état de siège (voir ce télégramme 233 aux annexes). Je devais m'entendre à ce sujet avec le ministre de France à Athènes. M. Guillemin m'avait déjà prié le 31 mai (voir aux annexes n° 232) de ne pas proclamer l'état de siège, mettant en avant M. Vénizelos qui, je l'ai su 24 heures après, avait l'intention de tenter la proclamation d'un gouvernement provisoire à Salonique, dirigé contre les Bulgares mais non contre le roi. Toutefois, en présence du télégramme de M. Briand, M. Guillemin me télégraphiait le l*^'" juin qu'il irait informer Skouloudis que j'étais forcé d'arrêter certaines mesures que comportait la situation militaire créée par l'avance bulgare. (Voir télégramme aux annexes.)
J'en profitai pour lui annoncer sous le n* 2484/2 (voir aux annexes) que le 3 juin l'état de siège serait proclamé et j^Joutai « in fine » au sujet du gouvernement provisoire de Vénizelos « mouvement quil ne pouvait m'appartenir d'envisager que si officiellement ou officieusement, des directives m'étaient en-
iOS MON COMMANDEMENT EN ORIENT
vm/i'cs ou en d'autres termes, si explicitement ou tacitement il mUtait permis (Varjir ou laisser faire, »
Cependant les Anglais, que j'avisais de ma décision, rofusaiont de participer à la mise en état d- î»
Salonique, n'ayant pas d'ordros de leur ^' mftnt. Je répondis simplomnnt au général Miiiit^ quo je me passerais du concours d» la irondarm^ri,' }iritanniq^ue.
Devant cette décision, if, ^vwdvA m-^ i.usiii niro que les gnndarmes seraient à ma disposition. Mais à ^2 houres, le 2, il venait me domanfler de reculer la date del.i proclamation de l'état de siège, vu la fête du roi de Grèce qui tombait ce jour-là; je refusai, attendu quo je ne m'occupais nullement du roi mais simplement de la sécurité de l'armé? d'Orient. Il m'offrit alors des troupes ; je déclarai quo c'était inutile, que ses g^ndarraps me sufliraient.
Le général Milne, par courtoisie paraît-il, avait demandé d'ailleurs au général Mosch opoulos à aller au Te Deum qui devait être chanté le 3 au matin. Lô général Moschopoulos, à qui j'avais notifié la pr mation de l'état de siège, donnait l'ordre aux tr*. commandées pour la cérémonie de rentrer dans leurs casernes attendu, disait-il dans un télégramme d'ailleurs erroné, qu'il était humiliant de fêler la fèln de S. M. le roi sous la force des canoDS et des mitrailleuses.
Malgré tout, le 3 au soir, l'état do siège restreint qMf^j'envisagoais avait été proclamé avec plein succès comme l'exposait mon télégramme 2506/i (voir aux
Ainsi quo je l'indiquais, le général Moschopoulos avait imitilement tenté de m'arrèler en m '
le îr/néral Milne ; en vain des demandes d ;-
iomenls m'étaient également faites par le général iMilne; en vain le général Moschopoulos essayait le i (le soustraire la gendarmerie grecque à ma direc-
n : celle-ci me faisait d'ailleurs dire que, si cela ucvenait nécessaire, elle refuserait de ne pasm'obéir. Le 6, le blocus économique des côtes grecques ayant été proclamé, j'en profitais pour faire remplacer par un uflicier français, roflicier grec du port.
Le 7 je demandais au général Milne de mettre le vontrôlesur la douane grecque; il me répondait qu'il pn ferait que ce fussent les Français: j'accédais à son désir, et, sans incident, malgré une compagnie grecque, je prenais la ilirection et le contrôle des douanes.
Désormais, à Salonique, les Grecs ne régnaient plus en maîtres.
Je m'efforçais d'ailleurs de leur procurer ce qui leur manquait, et de favoriser leur commerce; la commission de ravitaillement que j'avais instituée à cet effet me rendait les services les plus signalés ; et dans un autre ordre d'idées, pour bien montrer tout l'intérêt que j'attachais aux choses grecques je faisais entreprendre des fouilles et recherches archéologiques.
Pour terminer ce trop long exposé des événements grecs dans le premier semestre de 1916, il semble nécessaire d'ajouter que le général Moschopoulos continuait son jeu de bascule; quand je lui demandais de se séparer de certains collaborateurs trop germanophiles, il répondait simplemenk par le télégramme «'livant envoyé à Athènes et que j'ai eu plus tard
fre les mains : < // m'a été demandé d'éloigner d'ici, soit pour des raisons de permission soit pour des raisons de service, le colonel Messala et les lieutenants-colonels Grouveli et Boukloki; pour ' éviter leur renvoi, j'ai rt^pondu quils n étaient pas sous mes ordres. »
no MON COMMANDEMENT EN ORIENT
En Grèce la parole d'un gonéral n'auraiUell.* na> la raèiiie valeur qu'en Franc ?
J'essayais d'ailleurs de mettre en lumière ce q-i . i m la Grèc^ dans la lettre suivante que j'envoyais à la date du 27 avril au sujet de la propagande à faire en regard de la neutralité grerqn:^. Elle résume la situation à cette époque.
« J'ai l'honneur de vous /.^«,,.c,, ^i-lessouê, les renseignements que vous m'avez demandés sous le n** 879 t M au sujet de la propagande à faire dans la zone de V armée d'Orient.
4° Il n'existe pas à Salonique, pas plus qu'à Atltènes, de préjugé défavorable à la France. Le peuple est pour nous; la plus grande partie de la bourgeoisie également ; de l'autre côté il y a le roi qui entraîne tout V état-major de l'armée et la majorité des officiers. Le roi ^roit à la force allemande, il est, d'ailleu7'S,vrais€r -nî
lié par une convention avec le Kaiser; c - i ; -
mand — qttoiquon puisse dire ; l'autocratie de son beoLfrère lui plail; il la copie; état-major, officiers. ^ ■ tionnairc!^ suivent; il n'y a donc iHen à tenter.
Rien, parce que le roi ne raisonne pas, et ordonne; rien, parce que iat^mée ne veut pas se battre, a trouvé dans son roi le protagoniste de la neutralité quand mrme; rien, parce que les fonctionnaires et le parti gouvernemental croient à linfuillihilUé militaire du vainqueur des dernières guerres /' " ' le
besoin inconscient d'avoir un mnit . et
agit en son nom.
Il n'existe aucxtne dé favci.. .... . v, v /, ....jw.^v , u
n*y a jamais eu à son sujet de notes désagréables. Mais le parti anli^ententiste, tout en lui re> ' /g,
ne se cache pas pour exalter l'armée ,u'il
ne connait d'ailleurs pas et à laquelle .il prête toutes les qualités de l'inconnu vanté. Des notes, des articles sur les points faibles de Carmée allemande changeraient-iU
" I ntatitè? Je ne le crois pas. Pour ' ' '/
LA GUECE DE CONSTANTIN 41 i
miroi/aHsiey la force de Vavm*}e allemande est un
l'j. Aucun rfiis/)nii'in-iiL iiu:uii'' urt^iive )iafi(i4!:a ce
jui est dogme.
Noire action midiuirc n a pus rit' criiupu'i- d>:pui$
nire repli de Serbie; Vorgamsation de Saloniqiie a
il même une certaine impression; rares corn-
ni à être ceux qui croient encore à une o/fensive
'^rmano-bulgare ; il ny a donc pas à défendre ce qui
a été fait ^ ce quiparait pouvoir être engagé.
^' Presse. — La presse qui se publie à Athènes rst d\ >l actionnée par le ministre de France ; il ne
ni nt pas par suite de pouvoir donner à ce sujet
'■'S renseignements circonstanciés. Quant à celle de Saloique elle commence à mettre une sourdine à ses calâmes ou mensonges pour de nombreuses raisons. Deux journaux en langue frajiçaise {V Opinion et l'Indépeadant) sont, depuis avant les hostilités., subventionnés. Deux nouveaux venus en langue française (la Tribune, Kl Dépèche de Salonique) espèrent une subvention et ivoient chaque jour un reporter à V armée chercher s communiqués. Le Courrier de Salonique qui se blie également en français et est nettement germanoji.'dle m'a récemment envoyé un reçu de 1 .000 francs; i'ii conservé le reçu et n'ai pas donné les i .000 francs; si polémique contre nous ne cesse pas, je ferai état du
If ru.
En langue grecque il y a la Makédonia; M. Vénizelos la subventionne et elle a toujours marché pour nous. Le plus gros tirage des journaux grecs est le Phos, très lu dans V armée grecque ; il y a chaque jour 'f"s articles contre nous] M. Vénizelos a, parait-il,
nnê une mensualité et les attaques commencent à
rdre d'intensité.
Ensuite il y a le Nea Alithia de la même nuance;
la suite d'une série de fausses nouvelles, j'ai fait
cuper pendant huit jours son imprimerie; j'espère que
tte suspension manu militari lui donnera à réfléchir
il2 MON COMMANDEMENT EN ORIENT
et que l* ardeur de ses convictions s* éteindra peu à peu. J'ai menace l'organe turc du même traitement (Yoni- Assar), enfin deux feuilles publiées en judéo-espagnol évoluent plutôt dans la teinte neutre et une troisième a ^ des tendances germano-bulgares; Salonique est en effet une ville juive {70 à 80.000 isréaélites) et les juifs préfèrent à la domination grecque n importe quelle autre domination. Le gouvernement serbe vient de créer un organe; la liaison serbe avait déjà un journal.
La presse locale est par suite devenue plutôt favorable, mais Athènes a de nombreux correspondants à Salonique, et le télégraphe est entre les mains du gouvernement grec; tout ce qui est défavorable à T entente, tout ce qui peut être inventé c ontre elle est temenl
télégraphié à Athènes. Il est par suite iw ^ ble de
prendre le plus tôt possible le contrôle du télégraphe.
5° // ressort de cet exposé sommaire que V opinion de Salonique est française, que seul le gouvernement grec et ses séides sont contre nous, parce que le roi le veut ainsi. Il ny a donc pas à convaincre ceux qui sont déjà convaincus; il n'y a pas à vouloir dis» cuter avec ceux qui nont jamais discuté et ne sHnclinent à tort ou à raison que devant la force réelle ou supposée ; il faut frapper à la tête, s'attaquer franchement et carrément à Cunique ennemi : le roi. »