‹ Mon commandement en OrientChapitre 3 sur 91 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

En avant.

(14 octobre-23 novembre 1915.)

Il a été dit qu'aucune orientation suivie n'avait existé dans les opérations balkaniques. Examinons les directives données, les faits survenus : Sofia, Constantinople ont-ils été jamais les buts réels, assignés ou poursuivis?

Le général Bailloud, commandant la division des Dardanelles venue à Salonique, recevait une première directive datée du 3 octobre (voir télégramme aux annexes) qui peut se résumer ainsi : c Les Français opérant en Serbie seront concentrés à Niscb ». Ne levions-nous être qu'un simple appoint à la disposition iuG. Q. G. serbe?

Celle direotivo dorait d'aîllaurs peu. Je la laisserai donc de cùti^

Je n*insi.sl«Tai pas davantage sur les télégrammes aux modalités diverses qui se succédaient : « Provisoirement n entrez pas en Serbie » (7 octobre). € Vous pouvez aller dans région Stroumitza » (8 octobre;. < Ne franchissez pas la frontière > (10 octobre;. (Voir les trois télégrammes aux annexes.)

Les opérations militaires sont souvent, surtout dans les débuts, dominés par les événements diplomatiques. Il n'y a donc là rien de trop anormal.

Mais le général Bailloud n'avait pas ses troupes prèles. (Le 2i2 octobre par exemple le 175* n'était pas encore transportable, le 5i3 une seule de ses batteries de montagne pouvait marcher, et encore grâce à des prélèvements sur d'autres unités que j'avais été forcé de prescrire.) Au lieu de gagner du temps en arguant de la situation encore inorganique de sa division, il ofTrait propno motu un détachement. Le I rne

suivant le prouve surabondamment : t / ion

des forces françaises suggérée par votre télégramme n*est pas jugée présentement nécessaire par capitaine serbe. Je prends néanmoins diapositions nécessaires pour être en mesure de répondre au premier appel du Q. G, serbe auquel je fais savoir que je puis porter au besoin un régiment infanterie, une batterie artillerie dans région Stroumitza. »

Celait le cajiilaine serbe Marinkovitch, détaché à Salonique, oflicier que d'ailleurs j'ai hautement apprécié depuis, qui couvrait le concept du petit paquet à jeter au feu, rélornelle directive de nos expéditions coloniales d antan. A Salonique le général Bailloud faisait ou voulait faire ce qu'il avait va faire ou fait lui-même à Madagascar, en Chine et aîllears.

Quoi qu'il en soit, lorsque le ii octobre je débarquais en Orient jo trouvais, r(^mmo trou;' 'ivisi..n fi.iii.ais.' Bailloud et la 10* division lu iie,

ENJ^VANT la

enueelle aussi dos Dardanelles ; comme oriontalion, i directive suivante du 10 octobre : « Attendez pour jir de nouvelles instructions, >

J'estimai que, puisque j'étais arrivé, il fallait au plus tôt montrer que nous venions pour faire quelque chose.

Je profitai d'une demande serbe pour solliciter du gouvernement français la faculté de revenir sur l'orientation négative donnée : « Gouvernement serbe demande envoi immédiat d'un régiment pour garder

)ie feiTée de Guevguéli à Demir-Kapou. 17 G*' sera

rét à partir demain 13 à midi si autorisation franchir

ontière serbe est donnée par vous » (7/3 du 12 octobre).

Ma demande d'intervention en Serbie se croisait d'ailleurs avec un télégramme ministériel qui me donnait à la date du 12 octobre une nouvelle direcive : « Couvrir la voie ferrée entre Serbie et Salonique >. (Voir in extenso le télégramme 6039 9/H aux annexes).

Ma solution, approuvée a posteriori par le ministre le 15 octobre, était simple ; elle allait consister à relever les forces serbes dans le sud de la Macédoine (de Guevguéli à Stroumitza) puis plus au nord suivant l'arrivée de mes renforts. (114* et 113' brigades formant la 57* division.)

Les Serbes, sous les ordres du lieutenant-colonel )imitriévilch, avaient de Demir-Kapou à la frontière recque un détachement de 7 bataillons répartis en rois groupements. Je décidai de reiev-er tout de

suite les éléments les plus rapprochés de la frontière grecque.

Le 14 octobre le 176* partait donc pour la Serbie ; en même temps parvenait la nouvelle d'un engagement vers Stroumitza-station. Le 176* arrivait cependant assez à temps pour que ses mitrailleuses pussent entrer en action près de la gare ; finalement, les attaques bulgares échouaient.

J'avais toutefois arrêté à Guevguéli ane compagnie <le ce régiment pour parer à toute éventualité ; c'était en outre un élément pour constituer une sorte de tête de pont en Serbie destinée à couvrir le chemin de fer Guevguéli-Salonique. Ne fallait-il pas songer à un acte malveillant de la part des Grecs nui .Irià laissaient deviner leur jeu?

Le 16 octobre un bataillon du :2* R. M. A. ^nrLim ut de marche d'Afrique), partait pour la Serbie; il était suivi le 17 par un second du même régiment, le 18 par le 1*' H. M. A.

Mais tandis que progressivement je m'engageais ainsi, les Serbes ne cessaient de m'actionner.

Suivant le flot des événements, leurs concepts changeaient. C'était une sorte de Kriegspiel drum lequel étaient recherchées toutes les réserves existantes, et d'après lequel petites et grosses unités auraient dû être transportées et engagées an ï^-^^-"-! des événements et des nécessités du moment

Le 14 octobre le maréchal Putnik me tt'I.Lr , it ; ( La situation militaire demande que les /,.;>.> / .mçaises soient le plus tôt possible à Nisch > ; comme jo le disais dans mon compte rendu du 14 octobre no 18/3 : t // nest pas possible d'aller à IVisch avec forces dont je dispose sans se lancer dans une aventure, >

Je désirais que le capitaine Marinkovilch à Saloniquc, comme le colonel Fournie notre attaché militaire en Serbie, fussent complètement lixés sur ce (]ui pouvait être fait.

T/f^ napitaine Marinkovitch, dès mon arrivée, avait

i)ar que j'envoyasse simplement les troupes

s aux points que demandcTait son G. Q. G.

Ol'Mcier ayant étudié en France, savant, animé ifun

patriotisme ardent, il était dans son rôle. Le mien

consistait au contraire à faire nettement comprendre

à tous que la France ne venait pas pour répondre à

tous les besoins locaux, mais qu'elle devait avoir un

secteur où elle opérerait sous sa responsabilité, et

seulement d'après la possibilité de ses forces et de

-on programme. An capitaine Marinkovitch j'indi-

1 lie mes effectifs ne permettaient pas une

- lie, que mes conceptions militaires ne

pouvaient se prêter à des opérations, locales et sans

lien, que mes instructions s'opposaient d'ailleurs à

loute entreprise inopérante.

Au colonel Fournier,je télégraphiais dès le 16 pour Atre d'accord avec le G. Q. G. serbe sur la manière

* j'envisageais la possibilité de notre action ; et le

• main à la réception d'un télégramme ministériel complétant les directives données précédemment par la création d'un secteur spécial pour les Français, je l'invitais à prévenir le G. Q. G. de cette sorte d'à venant.

Le télégramme suivant que m'envoyait le colonel Fournier me prouvait que nous étions complètement d'accord. « Je vous prie de vouloir bien donner les ordres à vos troupes débarquées du côté de Stroumitza pour remplacer immédiatement les troupes serbes de ce coté. Lr^fi troupes serbes seront retirées vers le Nord pour ' i/ées dans la direction oit les Bulgares poussent

a --j: us grande force, li

Li; détachement serbe aurait-ii pu être libéré plus ' M ? La réponse ne peut être que négative, si on >nsidère que le 15 seulement les directives du gounerit ont été reçues, que d'ailleurs militaireparlant la division Baillou I était à l'étal inor-

ganique, que le 16 seulement la 114* brigade floissait d'arriver.

11 n'est pas moins incontestable que le 16 octobre j'avais reçu une demande serbe pour aller occuper Velez où s'amoncelait un orage. C'était l'éternelle riposte tantôt à droite tantôt à gaucbe.

11 est également sûr que le 17 le général Pop^,...^.*, commandant d'Uskub, mo réclamait des renforts et m'envoyait à cet effet lady Paget, femme du consul britannique.

Il est eniln indéniable que le ministre de la Guerre serbe insistait également pour que nous allions à Uskub et terminait son télégramme par ces mots : c Autrement il sera trop tard et la catastrophe inévitable ». Ces désirs étaient compréhensibles, mais ii était nécessaire pour les forces françaises de ne pas aller à des échecs de détail.

D'ailleurs, pour bien prouver aux Serbes que je ne voulais pas les abandonner, je n'hésitai pas à commencer à jeter la 114* brigade en flèche, jusqu'à Krivolak.

La position était hasardée, à plus de 60 kilomètres de la frontière grecque, à 145 kilomètres de Salonique, en avant du défilé de Demir-Kapou, que je ne pouvais même que faiblement tenir par un seul bataillon. Les événements ne m'ont pas donné tort.

Le 19 octobre, deux bataillons de la 114* brigade étaient donc transportés à Krivolak ; le 20, deux nouveaux bataillons les rejoignaient : le général Popovilch apprenant à Uskub que nous r >ns jus-

qu'à Krivolak s'appuyait sur la il» n, dans

la dernière guerre balkanique, du pont situé près de cette localité pour demander notre installation plus au Nord à Velez, dont les Serbes organisaient la dé-

fpnso et où se portait le détachoment Dimitriévitch ! t)ér(^ par nos troupes dans la zone Stroumitza. Je téléraphiais au gént^ral commandant la 114« brigade de vster à Krivolak (20 octobre).

Faut-il mentionner un nouvol appel pressant fait le

-1 pour aller jusqu'à Uskub ? La pointe sur Krivolak

tait audacieuse; j'avais refusé de pousser jusqu'à

\ tAoz ; à plus forte raison il était impossible d'aller

jusqu'à Uskub.

Ce même jour les deux derniers bataillons de la

H4« brigade étaient au reste amenés à Krivolak et le

• néral Bailloud recevait le ilernier bataillon du

- R. M. A., ce qui lui donnait 9 bataillons en Serbie

(176« {•' ei^' R. M. A.).

Mais au moment où je lui envoyais l'ordre de net-

.yer toute la région pour permettre de manœuvrer,

i nécessaire, du côté de Strumitza bulgare, je rece-

lis de sa part un télégramme angoissé : « Nous som-

■les très violemment attaqués sur front de Gradée jus-

n'à Tatarli inclus. Nous nous maintenons^ mais toutes

serves engagées. Demande envoi immédiat /75*, artil-

v-ie, et munitions ». De sa propre autorité le général

lîailloud arrêtait le train de ravitaillement de la

114* brigade, qui se trouvait à Krivolak, se réservait

!os munitions destinées à cette unité, ajournait le

•part des escadrons rassemblés à Guevguéli qui

levaient rejoindre Krivolak.

Mon compte rendu du soir esquissait simplement la situation : € Hier engagement vers Rabrovo sur route de Stroumitza. Village finalement entre nos mains, 9 tués; 35 blessés. Aujourd'hui général Bailloud vient 'fr' me télégraphier qu'il est attaqué sur tout son front, i. Q. G, serbe signale que situation générale est de» ■plus critiques^ et me redemande action offensive direction Ushib^ ce qui est impossible avec mes effectifs et attaque précitée. » (65/3 du 22.) Le général Bailloud ontinu.'iit à être affolé ; à minuit je recevais un télé-

gramme me disant : < Situation trèi sérieuse ; vives attaques bulgares continuellement après-midi et non encore enrayées. Attaques de nuit sont très probables. Aucune réserve disponible. 372* mis à ma disposition par général Quais, mais heure arrivée inconnue. »

Après le ravitaillement et les munitions de la Il V brigade (Quais) le 37i' qui venait d'être seulement nnvoyé la veille en avant allait donc rétrograucr. Le t[i, à 0 heures du matin, j'étais c.'p «niant av^ c Le/fort de Cennemi particulièrement pressant à gauche céda à la nuit. »

Les officiers de liaison et ceux qui ro,v.w...o..w Je Guovguéli me donnaient nettement la conviction qu'il n'y avait ou que surprise, et par suite désarroi, peut-être même manque de commandement ' J'envoyais par suite le télégramme suiv c Remettez immédiatement ordre dans vos l...:.. 372* ne sera pas engagé et restera en^ réserve à Slroumitza. Vous invite à coordonner action de vos troupes et à garder votre sang-froid. Vous envoie un bataillon /75'' par Doiran vers Causli pour couvrir votre droite. » (74/3 du 23 octobre).

J'envoyais en outre un second bataillon du 175 directement à Stroumitza où se trouvait le g(^néral Bailloud et poussais sur Demir-Kapou, pour l..n^rer le bataillon qui y était, le premier bataillon niblede la 113" briira.lo 'HL-rin )nl-Tonnerre^ n lemîut arrivée.

Aumomont mémo ou ces t^vm -uitriiL» .-. 4. t:^-... al , je recevais une nouvelle directive pjur les opérations- (télégramme 6354 du 23 octobre).

Cétait la troisième depuis mon arrivée à Salonique. Au lieu »l'assurer simplement la sécurité de la voie f '... il fallait : t Au I^'ord se lier arrc les Serbes gui

étaient vers Uskiib. Velh, au ^ud ne pas perdre contact avec Salonique.

La phrase SUiNiiiii»- lUih a itnini . «. Muinifnt'^-tuUS

par tous les moyens en relations constantes avec VE.-M. serbe afin de vous permettre *de prendre toutes mesures qui seraient de nature à faciliter celte opération, sans compromettre les forces placées sous votre commandement, c'est-à-dire en assurant la possession de la base de Salonique et les communications avec cette base. »

Y avait-il possibilité d'une opération vers Vélès, Uskub ? Non. Avec les forces dont je disposais, j'étais déjà très en l'air. Il n'y avait qu'une dépêche ministérielle de plus.

On ne peut faire quelque chose avec rien.

Je répondais néanmoins par un exposé de la situation et j'exprimais l'avis qu'il y avait simplement lieu d'attirer du monde sur nous par une opération vers Stroumitza-bulgare ; j'ajoutais toutefois qu'il fallait pour cette opération attendre la 12i2' division qui m'était annoncée. (Voir annexes, télégramme inextenso).

Le calme s'était rétabli dans notre secteur de Serbie. Mais pour le renforcer la question de l'envoi des troupes britanniques se posait dans toute son acuité. Dès le 16 octobre j'avais terminé ainsi mon compte rendu journalier 30/3 :

c D'après renseignements d'origine sérieuse Anglais auraient intention phsser hiver à Salonique et ne s^engager que si frontière grecque était violée. »

J'avais été surpris par ce renseignement émanant d'une source certaine ; je croyais que l'accord sur les opérations balkaniques était fait entre les gouvernements français et britannique.

Les événements postérieurs devaient me prouver mon erreur; mais je suis heureux de constater que,

i....... ; joar-j après mon arrivée, j'avais déjà vu clair

dans la situation ot que jo l'avais signalée.

L<3 général Malun, qui commanlail la 10» ciivi:,i.jii britannique, no voulait cependant pas assister l'arme au pied à nos cul- s en Serbi»?. Il pn'[)arait

€une colonne d'une , mixte, dont le départ et la direction ne sont pas encore fixés. » (Compte rendu 42/3 du 18 octobre.) Par contre, le lendemain, je terminais mon compte rendu en ces termes : t Gouvernement britannique a télégrapfiié qu'il interdisait à division anglaise de bouger de Salonigue avant nouvelles instructions. »

Ne fallait-il compter que sur nos contingents ?

Il mo semblait par suite opportun de protester contre la cuiiNtilulion des forces destinées à l'armée ; un lélograiinn»' iiiinistiriel m'avait annoncé l'envoi de trois briga les d'inlanterie et d'une division de cavalerie. Sans vouloir encore insister sur la question des effectifs, j'adressai un télégraramj mjntrant qu'en Macédoine, véritable région montagneuse, il était impossible d'utiliser une division de cavalerie (les tacticiens du G. Q. G. ignoraient sciemment ou non ce qu'était la Macédoine) et je demandai son remplacement par une division d'infanterie ; j'ajoutai pjur le même motif que le 75 devait être remplacé par du canon de montajjne dans une forte proportion et qu'il était indi- le de doter d'équipages mule-

tiers les divers > s de l'armée.

Ct)mbien de temps allait-il falloir pour arriver à ce résultat?

Le général Mahon, de son côté, attendait les instructions (|ui lui avaient été annoncées et demandait c à son gouvernement d'envoyer une brigade à notre extrême droite à Doiran > (compte rendu 61/3 du •21 octobre).

Le 24, dans mon compte rendu 87/3, je précisais la conduite de nos alliés, c Général anglais me faU con-

nailre qu il enverray après-demain Ju, uriuchements à Dulian qui est en Grèce, mais que son gouvernement lui a défendu de franchir frontière serbe, »

Le général iMalion, qui commandait les forces britanniques, jugeant la situation au point de vue exclusivement militaire, voulait me soutenir. Londres refusait.

La France s'était engagée à Salonique. L'Angleterre y était allée pour que nous n'y fussions pas seuls, mais elle ne voulait rien y faire, et il y avait eu cependant — c'est au moins présumablo — des promesses faites aux Serbes. Eu France l'accord n'existait d'ailleurs pas sur la conduite à tenir. Il suflit de lire la lettre du ii2 octobre du ministre de la Marine (voir ann<3xe) ; tout commentaire en affaiblirait la portée. Le G. Q. G. annihilait le gouvernement.

Athènes veillait d'autre part comme l'indique mon compte rendu 103/3 du :25 octobre. « Grecs devant faire, parait-il, grosse concentration vers Doiran, ont refusé Anglais peimission s'installer à gare Doiran près frontière serbe ; gouvernement anglais ayant refusé autorisation franchir cette frontière. Anglais ne peuvent que rester Salonique, J'estime qu'il serait urgent qu'ils pussent entrer en Serbie ; général anglais partage opinion et me demande insister à ce sujet. »

Le général Mahon avec qui j'étais en relation quotidienne n'avait pas craint de manifester son opinion. Pour un homme de son caractère, le fait prouvait plus que toute autre considératio n l'utilité d'une action commune. Le général Mahon, qui ne parlait pour ainsi dire pas le français, avait eu effet, avec la !0B de l'inévitable que lui avaient donnée ses « . oHes passées, jugé comme moi. Sans avoir cherché à nous persuader mutuellement, nous étions arrivés au même concept.

Ce joar-là comme plus tard, froidement, méthodiquement, parce que l'intérêt général l'exigeait, parce

quo le devoir militaire le poussait, il était venu m'ap> porter spontanément, sans rést.rve, son concours.'

J'ai eu pendant la campagne de nombreux collaborateurs français ; j'aurais souhaité que tous aient le sentiment do camaraderie, de devoir, et les connaissances militaires qu'avait le général Mahon.

L'immixtion hellénique contre le déclanchement de la 10* division britannique avait-elle été connue à Paris ?

Je l'ignore. Toutefois un télégramme 49 M/3 du i25 octobre me demandait des renseignements détaillés sur l'armée grecque et contenait en outre celte phrase : c Je vont recommande une fois de plus de prendre toutes dispositions pour être certain que vos communications avec Salonique ne seront jamais compromises. »

Le gouvernement semblait: ou ne pas être sûr de« Grecs, ou craindre que je ne m'enfonce encore plus vivant en Serbie. J'avais cependant déjà prouvé que les appels des Serbes me laissaient insensible, et par suite de mes instructions, et par suite surtout de ma compréhension de la situation militaire que l'on m'avait imposée en ne me donnant qu'une poussière d'arméo.

Après une série de télégrammes le général Mahon finissait par être autorisé à entrer en Serbie (compte rendu du 27 octobre). Je donnai par suite au général Bailloud, dont la division avait pris le numéro 156, les ordres nécessaires pour qu'il cédÀt aux Anglaisla zone de ±* ligne derrière notre droite.

Le général Mahon voulait avec raison pousser seulement peu à peu ses troupes en première U^^nn,

lorsqu'elles seraient bien en point. « Anglais enverront deux bataillons demain relever deux des nôtres de 2* ligne au nord de Doiran. Grecs ayant refusé la ligne ferrrée Doiran, ils passeront par Guevguéli » (Compte rendu journalier du 28 octobre).

Le 31 octobre une brigade britannique (4 bataillons) nous appuyait en deuxième ligne; mais j'étais forcé d'intervenir pour la faire installer; le général Bailloud n'étant plus attaqué avait repris son assiette normale; en d'autres termes, il voulait se mêler de tout et gênait par suite les Anglais.

Le 1" novembre il recevait donc sous le n* 131/3 le télégramme suivant : t Plus les Anglais iront de ratant, mieux ça ira. Par suite ils iront à Tatarli et Calkali comme il était convenu avec eux. Rien ne vous empêche de passer par ces localités qui seront définili" vement tenues par eux et par suite nous libéreront du monde pour V attaque ».

Je connaissais depuis longtemps le général Bailloud de réputation et les fonctions de directeur de l'infanterie que j'avais occupées au Ministère pendant plus de quatre ans m'avaient parfois mis en rapport avec lui. Je n'avais eu qu'à me louer de ce chef que les Italiens auraient appelé : «Un galant homme.» II m'avait évidemment vu arriver à Salonique sans enthousiasme, étant donnés nos âges respectifs, son ancienneté de services et le commandement provisoire du corps des Dardanelles qu'il exerçait.

Lors de ma désignation pour l'Orient, à un télégramme de courtoisie que je lui avais envoyé pour lui dire que j'étais heureux de travailler à nouveau avec lui, il m'avait simplement répondu :

€ Bonne traversée ».

Dès mon débarquement, je m'étais aperçu qu'il était aimé de la troupe, en excellents termes avec nos alliés, mais que son commandement était inexistant. Sa division, en pleine désorganisation, avait dii

MON COM>ÎANr>EAŒNT EN ORIENT

Ht^ recoDSliluée comme personnel, chevaux, ba^aRee. Envoyé en Serbie, ayant à peu près 'e

lorsqu'il s'était vu attaqué, il avait n. .^

ment compris ou senti que le combat au rase cam^ pagne, en plaine, ou on montagne, sans cou<lo à coude, n'était pas celui qu'il avait connu jusqu'alors, et il avait été iJésorienlé. Plus tard, lors du repli de Serbie, les mêmes faits, pour les mêmes causo», ge reproduiront. Primesautior, actif, brillant et nuant comme lorsqu'il était lieutenant d'état-nr , ayant beaucoup voyagé et occupé de hautes situations, le général Bailloud pouvait et devait plaire dans un salon allié, ne pas se trouver déplacé au milieu de soldats qui le regardaient avec étonn* sur un grand cheval couvert d'un long filet mouches, et qui souriaient en le voyant changer perpétuellement de tenue, se promener avec un arsenal d'impedimenta et brandir un fouet chasse- mous-

^; mais en 1915 il ne pouvait plus ex* i >;

'■hension pour son chef, un comma ^il

effectif.

Malgré ces incidents le plan d'opiraiions que j'avais exposé n'était pas perdu de vue. Il était fonction de l'arrivée de la ii^'l* division. Les premiers éléments de cette unité débarquaient le 4" novembre. Le soir même, dans le compte rendu, j'indiquais par suite : « La 122* division déhr ' et

!es Aîiglais ayant poussé vue brigade au nord m

et devant la renforcer dans qvelqves jovrs pm uohieUe ■ irigade, il me parait possible de remonter le moral des Serbes qui fléchit de plus en plus, J^envisage un coup de

■')'/ sur la frontière bulg^y-- ■'• A' 'v— ^-î - "'re tnitza 1.

J'ajoutais, les Serbes avaijt nculé « lo

j'avais envoyé mon plan, c et ienv^ji d'un /H

iur les derrières des Bulgares, s'ils attaquent Prilep. » Ces deux actions allaieDt se développer parallèlement. Le 3 novemlire < à Vest de Rabrovo nous avons enlevé villages de Memisli et de Kajali malgré défense bulgare, avons commencé mouvement enveloppant sur crête frontière pour prendre cote 850; Bulgares ont montré grande activité artillerie et ont bombardé violemment vers Valandovo ». (Compte rendu du 4.)

Le combat se continuait le 4. Le 5 nous encerclions Ormanii. Le 6, notre action sur la cote 850, entravée par le temps, avait été suspendue ; les Bulgares en avaient immédiatement proûté pour essayer de nous entourer, au lieu d'être eux-mêmes enveloppés. Devant ce mouvement, le général commandant la 156* division avait cru devoir arrêter toute opération sur cette aile, transformer les deux bataillons marchant à l'attaque en flanc défeusif, et finalement tenter par sa gauche ce qu'il essayait par sa droite, en d'autres termes substituer une attaque devant Valandovo à celle sur Ormanii.

La fatigue, le mauvais temps, allaient malheureusement arrèt< r encore nos efforts sur ce point.

Du c<Mé de la Crrna, au contraire, notre action se développait. Le i9 octobre, je recevais de Monastir le télégramme suivant : c Priez le général Sarrail nous envoyer d^urgence un détachement à Vêlez, 2 batteries de campagne et une batterie de montagne, autrement nous serons forcés de reculer. }>

11 était impossible de détacher ainsi 3 batteries françaises sous les ordres des Serbes à 30 kilomètres en avant de notre front, comme j'en rendais compte le soir.

Ne pouvant avoir de renforts avec mon autorisation, le général serbe de Monastir communiquait sa

silualion ^u général Leblois, commandant la 57* division à Krivolak, ot l'app^'lait à son secours. Ce dernier avait un régiment à Kavadar; imbu <le l'esprit do camaraderie de combat dans la belle acception du mot, il lui répondait qu'il l'appuierait et me rendait compte. Je télégraphiai immédiatement : c Défense absolue de franchir la Cerna sauf par patrouilles; ne jamais répondre à une demande général serbe. Je ne veux et ne peux engager aucune force pour soutenir Serbes en retraite de Vêlez sur Prilep. » M'^ '*- 'ti 20 octobre.)

Il ne fallait pas mettre le doigt dans l'eii^T. n i-^ où seraient passées toutes mes forces. La lutte allait en eiïet s'engager non à Prilep, mais vers le col de Babuna.

Tandis que de notre côté nous repoussions, le 30 octobre et le 3 novembre, une attaque que les Bulj,'ares tentaient sur les hauteurs de la rive gauche du Vardar, encerclant Krivolak, les Serbes tenaient toujours Babuna, et d'après mes renseignements, les Bulgares n'étaient pas très nombreux dececôté;il fallait saisir l'occasion aux cheveux, essayer de mettre hors de cause ces éléments le plus tôt possible, môme s*il était nécessaire de mélanger les unités de la 57', au lieu d'attendre l'arrivée progrossivp do la \H' division.

Le 30 octobre je donnais d^.i.v. i.-i.»,. ,, ,.v .,7^' € de mettre la main sur les ponts de la Cemay pour permettre éventuellement à la i 22* de débouchera (extrait du compte rendu journalier).

Le 4, la 243*" brigade de la 12-2* était transportée à Krivolak pour intervenir le plus tôt possible.

Ce même jour, le ministère ZaVmis étant tombé la veille, je jugeai utile d'informer immédiatement le ministre do France à Athènes de notre progression, do la résistance des Serbes à Babuna et j'ajoutai, afin nu'il en prévînt le roi Constantin s'il le rrovait

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