‹ Mon commandement en OrientChapitre 59 sur 91 · KORITZA — MONT ATIIOS — ALBANIE · texte numérisé non relu

KORITZA — MONT ATIIOS — ALBANIE

utilisé à cet effet, non sans succès, à Salonique même. Le 13 décembre 1916, le Kaza suivait iexcmple donné le 30 août par Salonique et proclamait son autonomie.

Essad l'Albanais n'était pas cont»'nt : il voyait une partie de l'Albanie échapper à ses visées. Vénizelos n'était pas content : il ne pouvait plus arguer d'une occupation, que j'aurais toléré^, pour la transformer, à la paix, en possession définitive. Les Italiens, qui voulaient et Koritza et toute l'Albanie, s'agitaient violemment.

Le Quai d'Orsay, actionné par Rome, et mécontent d'autre part qu'une question jugée par lui d'essence diplomatique eût été tranchée sans son autorisation, en prolitail pour m'envoycr des demandes d'explication. Je répondis (15 décembre) par la simple constatation de ce qui avait été et de ce qui était, et qui se résumait ainsi : j'ai laissé faire ; je suis arrivé à ce qui était nécessaire pour l'armée : avoir enfin le calme dans cette région.

Un télégramme du 21/3 1917 résumait complètement cette question que le Quai d'Orsay avait sans doute voulu ressusciter lors de l'avènement du ministère Ribot.

Général Sarrail, à ministre Guerre.

A' ^ 598/3, {Réponse à 2421 9/1 4). — Ministre Affaires Etrangères m'a demandé 43 décembre , sur réclamation Italie^ si autorités militaires françaises avaient proclamé Albanaise, la ville de Koritza. Lui ai répondu, le 4 5 : € Vénizelistes sont, il y a deux mois, allés à Koritza et ont renvoyé royalistes. Bandes royalistes ou albanaises se sont formées contre Vénizelistes et ont marché d'accord avec Autrichiens. Série engagements, pillages, incendies par ces bandes et d'autres irréguliers vénizelistes.

Ai envoyé à Koritza pour garder mon flanc, détache-

r MON COMMAiNiM-..ui:..>i c-îi OMir..ti

v^jni Oescoinsei aiinvité Vénizelistes à quitter A /.t.-a^ comme je l'avais fait dans toute zone neutre. Dès départ \'cnizeli8tes, notables autochtones ont constitué administration.

Cette situation s'est bien établie. Le 40 décembre, 4â délégués sont venus voir colonel Descorns et lui ont fait déclaration suivante : ^Ifous, délégués du peuple Albanais, venons déclarer «lu représentant de la France. le Kaza de Koritza avec ses dépendances est déso une province autonome administrée par des fonctiunnaires albanais. Nous demandons à nous plavf^r .so?/.n Ig protection de l'autorité française, y

Jai toujours laissé population faire ce qu'elle voiiuiu, je vous en ai rendu compte ; il ne m'appartient pn$ me mêler question politique intérieure grecque et bn Koritza a voulu être indépendant : il Va été. D>^ calme règne dans cette région. 500 réguliers gendarmes ont été recrutés el se sont bien battus dernièrement à nos côtés.

J'ai mon flanc gauche couvert par une s tampon. Le colonel Descoins après avoir, a [■ dans un protocole, résumé la situation créée par les habitants de Koritza, commande cette sorte de territoire confins militaires. Au point de vue militaire qui seul vi' occupe, je ne puis que me féliciter de cet état de chosrs. »

Pour terminer cette qu(»sti«>n ct^peulant si siinj.N, je crois devoir reproduire la document du 8/l:i lt> qui constituait on quelque sorte la rhirtn ,]o l'Miit.w nomie du Kaza :

c Tous les f listes) doivent -

L autorité militaire française drsvjnera les fou naires autochtones. Une police locale sera organit,, sera à la disposition du fonctionnaire qtn administrera Ir r.rclc. Le commandement militaire français au 'du rr lion et la surveillance administrative et mi de tout le territoire, »

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Tandis qtie ce» faits se dëroulaient à ma ^uohe, la sitimtion changeait également à mon extrême droite, au Mont Athos.

La république monacale installée dans l'isthme de TAthos, complètement inféodée dans ses éléments grecs à la politique d'Athènes, m'avait été signalée '^)mme un repaire de déserteurs de Tarmée hellénique que voulait constituer Vénizelos et comptait, en outre, sôrement des couvents qui ra\itaillaient les sous-marins ennemis. Il y avait de plus une grave discussion entre Russes et Grecs au sujet de cette toute spéciale collectivité.

Les Grecs, avec leurs^ 17 convtînts nommant chacun un représentant, étaient les maîtres de la situation en Athos, les Serbes, les Roumains, les Russes, les Bulgares n'a}"ant chacun qu'un couvent et par suite, chacun, un seul représentant dans Tespèce de chapitre qui administrait « la Sainte Montagne. »

Or les Russes étaient, comme nombre, sensiblement égaux aux Grecs. Ajoutons que les Grecs accusaient les Busses de* vouloir faire du Mont Athos une stati(jn maritime qui leur aurait donné accès dans la Mclitj'iranée. Je n'avais jamais voulu écouter les >ns faites à c»' sujet, el je m'étais contenté la marine de surveiller les agissements des moines au sujet du ravitaillement des sous-marins.

Néanmoins les Russes avaient débarqué à Salo- DÎque, s'étaient battus à nos côtés, et le consul pf^néral de Russie venait un jour me demander d'en- V(>yer un détachement franco-russe pour ne pas laisser à nos ennemis le champ libre. J'acquiesçai. Le l:d/l 1917, dans mon compte rendu journalier, je signalais le fait : c Snr demande Pélrograd trammise par consul, je donne ordre 400 Russes et 50 Fran-

MON COMMAMJC.ML.M t.N ORIENT

rai.s sous ordre officier occuper Mont Alliot. » L'ofiicier était un professeur de droit intornational, un homme à l'esprit précis et largement ouvert : j'étais sûr que cette opération des plus délicates serait menée de main de maître. Je ne me trompais pas. Le débarquement avait lieu le 17/1 (compte rendu journalier de cette date n° 1^14/3).

A la fin du mois de janvier, sans incidents, toute discussion cessait dans la presqu'île de l'Athos ; les ennemis de l'Entente étaient expulsés et je pouvais rendre compte le 31 (compte rendu journalier n» 1288/3) : « Dans les couvents du Mont Athos, il a été recueilli jusqu'à présent 475 fusils de guerre et 403.000 cartouches. »

Les résultats dii notre intervention ne se faisaient d'ailleurs pas trop attendre; le 26 mars, mon compte rendu journalier se terminait ainsi : c Ai reçu télégramme m'informant que Saint Synode du Mont A' avait fait grande cérémonie, avait renié roi Consl et adhérait à gouvernement provisoire, »

A l'autre extrémité du front, mon attention était attirée sur l'Albanie, qui semblait vouloir, soit avec les italiens, soit avec les Autrichiens, jouer un certain rôle au point de vue opérations militaires.

Les ailes ont toujours eu une importance capitale, surtout si l'on peut faire une guerre de mouTements; j'avais bien assuré, par l'occupation do Koritza, mon extrême gauche, en transformant ce Kaza en une sorte de flanc-garde défensive en arrière de nos lignes, mais les Autrichiens paraissaient devoir la manœuvrer. Dès le 3/2 j'étais forcé dans le compte rendu journalier d'évoquer l'aiTaire : c C autrichien évalué à une brigade, descendu / d'après agent. Détachement jusque vert Parodina^

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Tldlométresi N , 0. Koritza. if D'autre part, il y avait dos Italiens dans tout le sud de l'Albanie, av<;c Val- L»iia coinmo résidimce de loar commandeinenl. Les Italieus étaat n»» alliés, il éLail rationnel «l'essayer de monter avec eax une action, de laisser dan» l'oubli les procédés perpétuellement discourtois d^i leur représentant consulaire à Saloniquo, qui me menaçait f»ar exemple défaire enlever par des carabiniers^ •e des bateaux, les sat-s de correspondances s adressés sous son couvert; de ne considérer en un nwt que la question militaire.

Dès le 8/1, il avait déjà été précisé dans mon. compte rendu jounialier les tentatives faites à ce sujet : u Une liaison par avions a été réalisée avec les irottpe 8 italiennes de Vallona; un officier français parti de Florina a ailet^ à Argyrocastro. La liaison par T. S. F, est recherchée entre Koritza. et Vallona. Les. deux postes se sont déjà appelé* et entendus^ » 11 fallait établir au plus vit' la liaison avec les Italiens sur la route Santi-Quaranta, Koritza. Lloyd. Georges m'avait mémo laissé espérer que, cotte route ouverte, des renforts britanniques pourraient m'ôtre envoyés : ar cette voie. Je poavais également espérer recevoir 1 ar cette nouvellelignedecoramunicationles 80 avions l les 50r)camions qui, parait-il, étaient embouteillés ; Marseille et Toulon.

Cette nécessité de me lier avec les Italiens vera unti-Quaranta, et de ne pas laisser les Autricbiens uanœuvrer mon flanc gauche, mr» faisait finalement écider de me servir de la 76* division qui venait i.iriiver de France, pour établir dans la région de K tiiLza une situation militaire très nette me pr mettant ultérieurement d'inverser les rôles, c'est-à-^lire, mm flanc gauche assuré, de manœuvrer à mon tour la droite ennemie. Je passerai sous silence la série d'escarmouches qui se livraient jusqu'à quj'lques kilonioLres de Kjoritza. depuis fin janvier ; mais dès le

15 février, je pouvais dans mon compte rendu, télégraphier que la 76" division terminait sa concentration dans la région de Korilza. J'avais conservé l'initiative des opérations, et j'avais eu soin d'envoyer toute une division, c'est-à-dire une force permettant d'agir, et d'avoir une décision sur les bandes à la solde de rAutriche et sur les réguliers Autrichiens descendus de Pogradec.

En quelques jours, la route de Koritza à Santi- Quaranta, qui était au pouvoir de l'ennemi, était ouverte (compte rendu des 16, 17 et 18 février). Tout se terminait ainsi : « Hier, /ô'7* a atteint Ersek, un détachement italien y est arrivé le même jour. Colonel italien Rossi et général de Vassart y sont également. Avons occupé en même temps série villages sur flanc route. Pas de résistance ennemie. Route Koritza, Liakoviki est en résumé nettoyée d'ennemis. >

Je demandais par courtoisie au général Ferrero, qui commandait à Vallona, d'occuper Ersek, et de limiter la zone italienne à la rivière Ossum. J'avais fait l'opération seul. Je pensais pouvoir rost«>r où j'étais allé. Le 21/2, je me contentais, ne voulant pas créer d'incidents entre alliés, de mettre dans mon compte rendu : c Contrairement à ma demande, général Ferrero me télégraphie c Ersek doit rester occupé par troupes italiennes i. Ignorant ce gui a pu être décidé à ce sujet, j'ai donné ordre de retirer troupes françaises jusqu'à rivière Vodica qui sera notre limite. »

Il y a plus. Li» général Fetitli me demanda.. . ,u.:arisation de monter à Koritza un poste particulier de T. S. F. pour communiquer avec Vallona. Je refusai.

Il était sous mes ordres; le général Ferrepo i tait inlépondant.

D'ailleurs, si les Italiens avaient, grAce à la 76* division française, assuré leur situation en Albanie, ils ne pouvaient pas sur le frnnt même maintenir inté-

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-Talemenl leurs positions. Les Allemands les avaient ttaquésle 12/2 dans le secteur qu'ils avai<'nt choisi boucle de la Cerna, cote 1050) ; le 15, cette opéraion locale était terminée; malgré diverses contrettaques, et après diverses fluctuations, la cote 1050 tait perdue. Le 28/2 une tentative pour reprendre 1050 ne pouvait arriver au résultat escompté, malgré, parait-il, 400 Italiens hors de combat.

J'aurais voulu que les Italiens tentassent un nouvel effort; mais j'étais forcé de m'apercevoir que je ne pouvais vraiment compter que sur nos contingents pour mener la campagne avant le printemps.

A cet effet j'avais ébauché, pour lorsque le temps le permettrait, un plan d'opérations avec les 8 divisions françaises dont j'allais disposer ; la 16* division coloniale, la 76*= et la 30% venaient en effet de renforcer les 4 vieilles divisions, et la 11® division coloniale se formait avec le 2* bis de zouaves et des régiments coloniaux de renfort.

Dans ce plan, il était tout d'abord prévu un mouvement de la 76* division, qui venait de liquider la situation Koritza : elle devait, en remontant la rive ouest du lac de Presba, menacer l'extrême droite ennemie.

Le général Grossetti qui finalement avait été désigné en janvier pour prendre le commandement de l'armée d'Orient, désirait, avec raison, avant d'engager un effort général, prendre de l'air autour de Munastir. Il y eut donc, en mars 1917, une série d'opérations locales et préliminaires d'une offensive générale, sur notre aile gauche, du lac Presba à la Cerna.

Le général de Vassart, qui commandait la 76« division, était brigadier avant la guerre, avait siégé au comité d'étal-major, après avoir travaillé longtemps

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à' l'état-major de l'armée. J^'élais étonné, arec les „

céments étranges donnés à ses canuiradess de- le voir encore simple» général de brigade. L'attaque (jn'il allait commaiidiT sur les rives^ du lac de Presba, me donnait malheureusement la raisun de col arrrt )n avanc'*m/nit. Le 12 mars, les opérations étai 'agées. « J'ai amorcé action à çuett lac Presba, Vu ler~ rain et neige, progression très lente, Toutefoit^ deux mitraillevies et 22 chasseurs saxons sont entre nos mains. Autrichiens et comitadjis ont attaqué entre lac Presba et Malik. » G«)mpte rendu n" 557/3 du 13/3). Le communiqué ennemi du 14 chantait cependant victoire. C'était faux. Malgré mes instructions, il avait été simplement esquissé un mouvement enveloppant, et le 14, le général de Vassart faisait, vu le temps, rompre le combat à quatre bataillons qui avaient fini par prendre contact avec l'ennemi.

La neige, la résistance ennemie empêchaient, les jours suivants^ tout progrès sérieux. Je donnai ordre d'arrêter cette offensive. (Compte rendu journalier du 19/3.) Dès le 12, sur le terrain où je m'étais rendu, j'avais été forcé d'inter^ nt

pour fîiire engag'T l'artilbH'ie I . ix

bataillons et une batterie do moutague autrtch la 70" division avait déployé deux l)alaillons tu .-.u artillerie était engagée presque hors do parlée. Or il y avait neuf balleri 'S de 65 ou 75 et une section de 1£0, si mes ijouvenirs sont exacts. Il m'avait été facile de constater que le général do Vassart ne savait rien do la guerre de mo.ilague, rien de l'utilisation de l'artillerie de montagne, presque rien de l'emploi en liaison do l'artillerio ; • avec

rinlantnrie dans la guerre de m l que

pour lui, rinfautoris no devait èlro employée, qu'au compte-goutto.

11 est de bon ton do déclarer en France^ lorsqu'un officier supérieur ou général rentre d'Onient • • ' -

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La réciproque pourrait être soutenue, avec las de fondement pour nombre d'ofliciers venus de rance, qui, transplantés dans une guerre de mou- -ments, sont pendant quelque temps perdus, et ont i)»'Soin d'être tenus et étayés. 4.500 à 2.000 mètres de tranchées en ligne, une série d'ouvrages ou <le lignes nccessives, une artillerie nombreuse, des téléphones u télégraphes reliant de tous côtés un poste de )mmandement bien camouflé et abrité, ne nécesilent sûrement pas ce qu'exige très souvent en 'rient la vieille tactique française de marches, contremarches, escarmouches, actions poussées à fond, sans relève possible comme sur le front occidental. Quoi qu'il en soit, sur le front de Monastir, une (^rie d'actions locales vigoureusement menées permettaient certains gains. Dès le 16 mars, les attaques accédaient aux coups de main. Le 19 mars, jour '' l'arrêt de l'offensive vers le lac de Pn-sba, je ren- <Jais compte quo j'avais 1.450 prisonniers; le 10, que l'ennemi se reformait et contre-attaquait; le 24, je constatais dans le compte rendu journalier : € Malgré communiqué ennemi nous avons fait et conservé sérieux gains dans zone Monastir. t

Le 27, je signalais que finalement nous avions fait 2.104 prisonniers. Au fund, nos attaques avaient réussi, mais le but poursuivi, € dégager Monastir >, n'était cependant pas atteint. U aurait fallu continuer la pression, engager dans cette zone de nou- '^lles troupes, et la véritable offensive devait être ute dans un autre secteur, à une époque ultérieure : il fallait réserver les forces nécessaires.

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