CHAPITRE XXVIIl
Le conp de poln^ da Skambi Dans Tattente d'une attaque.
vl^' octobre 1917-21 décembre 1917.)
Le générai Grossetti très malade était forcé de se faire remplacer (24 septembre), puis de partir en convalescence do trois mois. Je le voyais s'éloigner avec le plus vif regret. Le général Regnault prenait i^'<*ommandementprovisoire de l'armée d'Orient. Son
-se militaire, ses services sur le front du Vardar, >a maîtrise à Athènes, étaient les promesses certaines d'un commandement rationnel, ferme et fructueux.
La situation générale continuait à être agitée.
Les Anglais qui, au commencement de septembre, avaient fait demander une foule de renseignements pn ergotant sur les effectifs, sur la densité au kilo- Ire, etc., etc. (voir aux annexes les deux télégrammes du 5/7, n** 2553/3 et 2549/3), ne pouvaient être que battus à ce sujet malgré la domestication aux intérêts britanniques de notre G. Q. G. et du
chef d'état-major de l'armée française, si Ton réfléchissait tant soit pou aux données du problème qu3> j'avais exposé ainsi qu'il suit dans un derni~r ' ' ' gramme à la même date, no 2552/3.
< Réponse à 6534 Bs.
Il ne peut vous avoir échappé :
1" que bataillons anglais, italiens, russes, grecs sont à ijuatre compagnies, les sei-bes et nôtres à trois corn- I :i)nies. Ces unités ne sont pas comparables ;
^2" que les Anglais nont pas, il est vrai, de fusils mitrailleurs, mais une proportion énorme de mitrailleuses ;
3° que les fronts italiens, grecs, russes ne sont pour ainsi dire appuyés que par les batteries que nous leur piétons.
Comme je vous en ai rendu compte, les Grecs ont seulement en Macédoine 48 bataillons et non 27 ; les liusbes 42 bataillons et non 46, J'ajoute^ les Français 90 au lieu de 93.
Sur les m kilomètres tenus par les Anfflni contact rapproche seulement sur 22 ^ur
CCS 22 kilomètres nous trourtont 20 bi au-
niques. Le dispositif est rationneL Or sur presque tout le front allié, le contact esi rapproché et à un autre point de vue, il faut faire attention à uwntalité actuelle russe, au peu instruction unit^Ks grecques, au refus de s étendre opposé par les Italiens. Sans tenir compte de ces facteurs cependant primordiaux, car ils sont d'ordre moral, sans rappeler que Monastir est toujours la ville convoitée, que Les Anglais n'ont jamais été attaquée dans leur zone^ je trouve la densité suivante au IuIjmitre [au contact) :
Anglais: 3 compagnies et 15 mttrailUntaes.
l'7 rs alhés : 3 compagnies, 5 et 6 mitraUleusos.
/'r.ire part, si mes renscigneifients sont exa < ai jourdhui c* première et deuxième /iyiic. Us Angl< >
LE COUP DE POING DU SKUAIBI 2Tè
ont devant eux 7S bataillons bulgareSy les autre» alliés 4à5 bataillons dont lib Oulyares, 24 allemands^ 3 turcs. 6 autricMens.
Enfin, je nai jamais demandé à Serbes d^ étendre front mais je désire ne pas le restreindre.
Il est nécessaire en un mot de comparer des quantités comparables, d'additionner des quantités de même nature, de ne pas voir seulement des miités mais de voir le' matériel dont elles disposent, de ne pas tenir compte uni(juemenl des hommes mais de leur instruction et de leur moral, enfin et surtout de la situation militaire dont le nœud nest pas sur la Slruma, mais sur la Cerna. »
Les Anglais essayaient une autre manœuvre. Us me demandaient comment je comptais mo replier dans la zone du Vardar (nous étions sur la rive droite, eux sur la gauche) alin de pouvoir préparer leur plan de recul. Je répondis verbalement que je n'avais aucune intention de me refylier. Le général Milne m'écrivait d'autre part pour m'anuoncer l'arrivée d'un général anglais qui ne dépentirait pas de moi, et irait directement auprès du prince de Serbie. Je rendit! compte. Isétait-ce d'ailleurs qu'un ballon d'essai?
J'apprenais par contre une nouvelle beaucoup plus grave : la division russe de France s'était mutinée et par ce fait allait vraisemblablement être, au mjins en partie, envoyée en Russie.
Cette mesure suscitait dans les rangs russes une violent'; émotion. La nostalgie l'emportait sur les seiitimcnls politiques, quels qu'ils fussent. L'indiscipline amènerait-elle le retour à la patrie? Auprès des ofiiciers comme des soldats, je faisais multiplier les démarches ofiicieuses ou non. Un bataillon de marche à Verria, qui s'était signalé pour son manque
de discipline, était dissous. Je réclamais ofûciollement aux officiers un peu plus de tenue; je désirerais qu'ils donnassent l'exemple au point de vue boisson comme au point de vue présence dans les tranchées. Finalement tout semblait se rafft.Tmir.
Je laisserai de côté les stupidités mercantiles helléniques. Les Grecs émettaient en effet la prétention de ne plus recevoir le billet de banque français dans leurs caisses ; ils défendaient l'exportation de Thessalie en Macédoine, ils réclamaient peu à peu la mise en liberté de tous les Grecs arrêtés, même de ceux que le gouvernemeni vénizeliste avait jadis fait incarcérer; ils continuaient par unique raison de politique intérieure à vouloir régenter les chemins de fer : un retard de dix à quinze heures constituait presque la marche normale; ils accusaient plus ou moins les Alliés de l'incendie de Salonique, etc.
Il n'y a, au fond, dans toute la Grèce, qu'un homme ayant. des vues générales et ne se laissant pas submerger par les étroitesses d'un négociant roué, dont presque tous les autres Grecs portent les stigmates.
Je m'occupais par suite avec Vénizolos, au seul point de vue militaire, d'une question primordiale, et sans cesse renaissante: le sort de Koritza, que venait de ressusciter et de compliquer la prise de Pogradec. Les Italiiîus étaient furit;ux de notre succès de Pogradec. Les Serbes, (|ui avaient jadis occupé cette région, avec l'assentiment de l'Albanie, élevaient également des prétentions sur ce territoire. Palciiich avait eu une longue entrevue avec moi à ce sujet. J'envoyais le 6 octobre sous le n** 2G93/3 le résultat de cette cohn - u. c Président du conseil
serbe venu pour me -r envoyer troupes serbes
dans tone Pogradec. Italiens ayant déjà voulu aller dans cette région^ crois devoir vous signaler ce fait ». Je n'ajoutais pas que Vénizelos et Patchich étaient également, à ce sujet et au sujet de Koritza, en pour-
parlers ; il y avait là une question diplomatique hors de ma compétence. J'avais autrefois mis uniquement des Français à Koritza, et je mettais uniquement des Français à Pogradec, pour trancher ces tiraillements entre Grecs, Italiens, Serbes et il faut ajouter, Albanais, essayistes ou non.
Dans cette question en effet, Essad Pacha, qui depuis août 1916 était à Salonique, essayait encore de jouer un rôle. J'avais reçu ordre de le recevoir à son arrivée avec les honneurs dus à un commandant d'armée (voir annexes). Ses contingents se réduisaient à 5 ou 600 Albanais, mais il avait un ministre plénipotentiaire français, auprès de lui, M. de Fontenay, dont j'ai pu apprécier le rôle éminemment français et les hautes qualités de cœur. Essad avait en outre constitué une sorte de ministère. Les Italiens ne pouvaient voir Essad, qui avait déjà rempli un véritable rôle en Albanie, et voulait continuer à en jouer un. Dans l'Albanie du centre, ses partisans, nombreux, pouvaient faire échec à ceux de l'Italie ou de l'Autriche. Pour moi, fidèle à mes ordres, je traitai toujours Essad en général, et je n'ai eu qu'à me féliciter non seulement de mes rapports personnels avec lui, mais encore et surtout des services qu'il a toujours essayé de rendre à la cause des Alliés.
Je n'avais pas envoyé ses contingents en Albanie lors de notre avance sur Monastir; dès notre arrivée à Pogradec, je les fis serrer sur cette ville, puis les aiguillai à la gauche de nos troupes; ils paraissaient dans la vallée du Skumbi, et mon compte rendu du 2^ septembre signalait leur avance, et un brillant engagement, où appuyés par un bataillon français ils avaient fait 156 prisonniers et s'étaient emparés de 2 mitraî" '•^-^'-.
Cependant, dès les premiers jours d'octobre, l'en-
ncmi multiplie ses investigations, soit par ses patrouilles, soit par son artillerie.
Prépare-t-il quelque chose? Des rassemblements rae sont signal(^s.
Je donne l'ordre de tecommencer une uction rers le lac (l'Okrida, le seul point où peut èlr^ tentée une opération sans se heurter à la fortification. Lors mftmn qu'il n'y aurait pas pour nous un réel succès, je serai toujours lixé sur le jeu ennemi. Je préviens le général Forrero, bien que convaincu qu'il ne bougera pas, etj'avortis Paris parle télégramme suivant n« 2i7,i5/3 en date du 17 octobre : € Des reconnaûsajices, observations et renseignements recueillis par podes écoute ou prisonniers il résulte :
i^ Qu'un régiment ennemi front Monas^tir a été tu embarquant direction Nurd.
i.** Que Jures zone lacs sont en train d'êlre rffé'vés nnr Bulgares.
o f^U Itiii. /ti/(iititt ><(.(.^l^»J^ utiL'j'lir HJ't'f *
roumain arrive région lacs.
Dans ces conditions, pour empêcher transport forces ennrmies sur autre théâtre opération^ comme directix^ m'a été donnée, pour savoir exactement ce qui tf passe
région lacs, il m'a paru indispensable, avant ^--^ '
pluies imminentes^ de donner ordres suivants
1** Anglais cou!' l à s établir ^
rive gauche Struvi<: ire tète pont fj*.
paludisme Us avaient évacuée et à faire sci^ raids.
i° Dans boucle Cerna, divisions coloniûlts feront préparation artillerie faisant supposer atiaifMe.
'^'^ f^s divisions f '"szonc }f ' n
rtumj feront forte / m artill à
destruction fils de fer pour permettre, si possiblcy irruption dans tranchées,
i° Un fort détachement mixte nettoiera terrain vallée Skumbi et région Lin si possible i.
l'action se diéclancbo le iO.
Le 21, je reçois un télégramme ministériel, me prescrivant d'arrêter toute opération dans la mno. <îe Pogradec. L'Italie avait parlé.
Je précise, dans mon compte rendu journalier, uù
nous étions arrivés : à droite et au centre à iiOO mè-
s de l'ennemi fortifié, près de la route de Lin cote
T(>4 et de Golik, à ganr.hp. am hs un succès, vers
ranik.
' " ! -ser tout sur inn gauchft, pour enve-
li. Conformément aux ordres reçus, je m arrête, rep'>rte toutes les troupes à leurs points de départ. Mais, cette simple esquisse d'un mouvement en avant avait porté ses fruits. Plus d'une division ennemie accourt dans la région; le front de Roumanie se dégarnit (deux régiments signalés dès le 22 ms mon compte rendu).
Je cherchais l'ennemi ; je voulais le battre. Hors 4e France, le terrain n'est rien, l'ennemi tout. Les Italiens inversaient le problème : le pays tout, l'ennemi rien.
Devant cetarrèt^u l'hiver et l'altitude de la région, ' donnais peu après, sauf aux contingents d'Essad, 1 ordre d'abandonner la vallée du Skumbi. Les Italiens ayant eu gain de cause, remettaient il reste en avant leur désir d'aller à Pogradcc. i. pour en Unir, la dépêche suivante le 0 n** 2760/3 (réponse à 9191 B s) :
« Ai depttis longlempi envUagé moyen relever llaliem irhanl quils voulaient ien aller.
Lew attribuerai secteur qu'ils voudront^ limites quiis ' ont^ désirant qu'ils résistent et m^iintiennent place auront chouie. J'ai toujours opéré de cette sorte ■ r liKs les Alliés, les troupes françaises servant de- .'.is i.ony temps à tenir et faire ce que personne ne ut ».
Il ne me fut pas réponilu. Les intérêts généraux les Alliés n'étaient pas sacrifiés.
L'ennemi, voyant mon arrêt, semblait vouloir passer à l'ofTensive. Partout il faisait tête. Partout il attaquait plus ou moins
En même temps les événements se précipitaient on Itali<\
Pour rendre la situation encore plus difficile, le général Foch, à Paris, faisait multiplier ses demandes de renseignements, et l'éternelle question des permissionnaires était remise sur le tapis; mes effectifs fondaient, je ne voyais pas arriver d'hommes de remplacement : par télégramme 3989 du 3/11, j'essayai donc de mettre au point le problème t permissions >.
« Réponse à 1 46 t ,
< J'estime quil est impossible diminuer temps séjour en Orient pour avoir permission. Il ne suffit pas de dire que permissions seront accordées, mais de voir possibilité d'accorder. A heure actuelle j'ai des mili taires ayant plus de dix-huit mais et qui ne peuvent partir, attendu que je ne puis pas laisser par exemple dans régiment de cavalerie un cavalier pour 20 chevaux. SouveJit d'ailleurs je n'ai pas moyens de transport nécessaires. J'ajoute que toute une division arriv simultanément à même séjour. Ne puis la liquider. J'a > pris précaution à ce sujet, commence à envoyer progressivement à seize mois et moins même dans certaint'> unités. J'envoie permissions à titre exceptionnel qui, jusqu'à présent, vu situation des gens de dix^huil mois^ avaient été ajournées. J'ai pu sans effusion de sanij remettre ordre dans unité que promesses permissiiiis dans presse avaient désorientés. Vous prie ne \pas faire circulaire qu'événements et circonstances pourraient rendre inexécutable et qui renouvellerait des actes indiscipline que peut-être je ne pourrais plus répri-:- • ' par la force ».
Sur le front même, je constituais des réserves partiellf^s aussi nombreuses que possible, attendu que, ayant peu de roules et une seule voie ferrée, je ne pouvais pas, comme en Francr», attendre juçqu'au lornior moment pour appeler de quoi riposter ou iout au moins limit»*r un écbec.
I>?rrière les Anglais, je permottais la formation i une réserve britannique, en relevant le 9novembre la brifrade anglaise^ qui tenait la rive gauche du Vardar. Je fai^iais ainsi ce que j'avais refusé de faire il y avait quelque temps; mais les circonstances avaient chantre.
Sur l'autre rive, j'envoyais la division grecque de l'Archipel. Je mettais par cette relève un terme à la propagande hellène visant Monastir, ce qui redonnait un peu de liant aux rapports serbo-grecs.
Derrière les Italiens et Monastir, je réunissais les douze bâtai Ifons noirs en une sorte de division provisoire (10 novembre).
Les Russes étaient depuis quelque temps tâtés non -oulement par des coups de main répétés, mais surl >ut par des tracts, ou par des avions lançant des proclamations et volant sous drapeaux blancs, par des appels de T. S. F. passant en clair toutes sortes de nouvelles de Russie. J'envoyais pour les étayer un régiment et un groupe français qui avaient été engagés vers Pogra<loc. Le reste des troupes de la 156» division devait servir de sorte de réserve générale au sud (le Flwrina. Le 2" bis de zouaves et le 58* chasseurs travaillaient sur le Vardar et étaient à ma disposition pour faire face sur n'importe quelle lone.
Je rendais compte de ce dispositif, le 8 novembre (voir annexes). Je croyais ainsi avoir fait face à
tout, même si l'ennemi envoyait 6 à 8 divisions nouvellos.
Nos alliés au contraire étaient de plus en i.m> ^..tplexes, et annonçaient journellement des transports de troupes ennemies. — Comment pouvaient-ils le savoir? — Personnellement, pour être renseigné, j'aurais pu essayer d'avoir quoiquos prisonniers. Mais l'application de la loi Mourier, combinée avec le départ de mes permissionnaires, me gênait de plus en plus. Je n'avais pas par exemple de boulangers des vieilles classes ; il me fallait cependant du pain. Mes parcs d'aviation, d'automobiles ne pouvaient vivre qu'avec leurs ressources déjeunes classes. Je ne pouvais donc renvoyer du front tous les vieux soldats qui s'y trouvaient et auraient dû être à l'arrière et qui, malgré ce droit méconnu, se conduisaient très bien. Cette situation m'incitait à ne pas même tenter quelques raids, ne voulant pas avoir des pertes c»^rlaines pour des prisonniers problématiques. D'autre part, que savent souvent les prisonniers?
Cette situation générale d'attente durait donc. Elle peut se résumer ainsi pour les mois de novembre et décembre.
Les Anglais craignent pour la Struma, et envisagent un repli auquel je ne donne pas mon consentement. Sur l'ensemble de leur front, ils tirent souvent, beaucoup. Ont-ils un but? Ils ne se <- ' ' -is pour douter de l'altitude serbe, si les i ils accentuent la décomposition russe. Je ne partage pas cette manière de voir.
Je ne partage pas non plus l'avis du Prince régout sur la solidité des troupes grecques. Pour lui, le soldat grec n'a pas de réelle valeur ; pour lui, je pourrais être enfoncé dans lessocl(Mirs hellène^; pour lui les réserves grecques seront inopérantes.
Je conlle le secteur que tenait une brigade française à deux .liv «-■'^•i< !v>ll'»"iquos, je mets en réserve
une troisième division qui m'arrive de Grèce. Elle a un régiment qui peut opérer sur les deux rives du
ardar, un autre sur la rive gauche, et, du côté des
iglais, un dernier, nouvollemont formé, à l'instruc-
•n dans le camp retranché à Topcin — le régiment appartenant réellement à la division ayant été laissée en Grèce.
Ces trois divisions ont vu plus ou moins le feu ; il y a des volontaires dans leurs rangs ; les cadres n'ont qu'une faible proportion de germanophiles ; il peut donc être tablé sur ces unités.
iVaccord avec le général Braquet, j'amorce l'envoi bataillon par bataillon d'une nouvelle division que je veux mettre à l'instruction et hors des menées poli-
jues grecques, dans le camp retranché à Narech.
il ne faut pas vouloir beaucoup plus. La mobilisation est carrément impopulaire. Je cite dans un de mes télégrammes le district de Soubutsko où 39 hommes sur 1.439 répondent à l'appel. Et en de nombreux pays grecs, il y a la propagande royaliste ancien régime qui entravera toute opération de mobilisatioo. J'ajoute qu'il n'y a pas de disponibilité de cadres, la plupart des ofiiciers non employés dans les divisions déjà formées, ne cachant pas leurs sentiments anti-ententistes. Vouloir espérer trop de la Grèce, ne peut amener que désillusions. 11 y a en elle
! appoint ; mais elle ne peut se substituer à un 4uelconque des belligérants, comme d'aucuns cherchent à l'insinuer. D'ailleurs devant les événements russes, la politique de non-intervention se montre à nouveau. On sent qu'Athènes voudrait voir venir les
.'ncments, mobiliser sans mobiliser. Par contre le
-ir de pécher en eau trouble reste toujours
vace.
Notre conseil de guerre à Salonique avait con-
iinué à mort le propre préfet de police de Korilza, qui rêvait une grande Albanie dont il n'aurait pas
rcfûsé d'être le Pr(:'sidenl, et avait toléré l'installation à Korit^a même d'officiers autrichiens du service de renseignements. Cet événement avait agité le caza de Koritza. Les Grecs en profitaient pour élever à nouveau un débat sur leur souveraineté en ces régions.
Les diverses administrations hellènes continnaient d'ailleurs à vivre chacune de leur côté : aucune direction, aucune vue d'ensemble; il n'y avait toujours que les intrigues d'une politique du iv" siècle avant Jésus-Christ, et le besoin de parler, de paraître était plus fort que jamais ; il aurait fallu mobiliser eu secret, l'ennemi devant évidemment attaquer pour empocher toute réelle mobilisation ; or un homme ne pouvait être convoqué ou remué, sans que toute la presse n'en parlât et ne vantât les héros nui avainit demandé à descendre dans la lice.
Les Serbes, que la désagrégation . u.-:.c ..n. ..^.1, m'avaient demandé, Ûp novembre, d'évacaer leurs malades, leurs blesses, leurs bouches inutiles ;je leur avais répondu qu'une question de cette nature ne pouvait se poser. Ils avaient mis on sursis une foule de jeunes gens, d'étudiants, qu'ils dirigeaient sur Paris ouVolo— pour conserver la race, disaient-ils.
Cette mesure suscitait évidemment de violentes controverses dans leurs troupes. Mais celles-ci, comme toujours, restaient insensibles à tous les tracts, à toutes les demandes do fraternisation que, dès le commencement de décembre, l'ennemi ne cessait de multiplier.
Les Russes, eux aussi, continuaient à vouloir ignorer tous les appels do l'ennermi. Il y a^ demmcnt quelques incidents. Doux conr avaient refusé le travail, mais l'avaient repris peu après. Des hommtîs avaient été dans un ravin où étaientarrivées deux compngnics allemandes. Certains officiers avaient rejeté sur nous leurs déboires et
LE COUP DE POLNG DU SKUMBl 289
l'indiscipline qui so manifestait parfois dans leurs troupes. Je les faisais simplement surveiller discrètement, et pour remettre tout le monde dans le droit chemin, jetais secondé par le général Tarnovsky qui venait d'arriver, et m'avait assuré que l'armée russe était liée à l'armée française par un contrat bilatéral, qu'elle seule ne pouvait rompre et qu'elle ne romprait pas ; que le devoir militaire suffirait à tous ses subordonnés pour les astreindre à continuer à combattre à nos côtés.
Pour renforcer ce secteur, le 6 décembre, j'avais resserré le front russe en retirant le détachement du lac de Presba; et si le 8 j'avais rendu compte que j'étudiais la possibilité, de relever la <livisiûn russe, je dois dire que peu après tout s'était raffermi, comme je le télégraphiais le 17. Les Russes pouvaient et devaient tenir. Comme toujours il suffisait de vouloir, — de le leur dire — et de ne pas les traiter comme des révolutionnaires, que l'on croit être ou que l'on veut mettre au bî^n de la société.
Les événements d'Italie qui avaient, à un moment donné, effrayé si fort les contingents de cette puissance, tandis qu'ils étaient parfois l'objet de commentaires accompagnés de sourires moqueurs chez d'autres alliés, avaient bientôt été oubliés. Sur leur front les Italiens n'abandonnaient pas évidemment leurs tranchées — même bombardées — et ils repoussaient quelques attaques ; mais lorsque, vivement actionnés, ils auraient dû répondre à leur tour par une attaqu"», ils ne sortaient pas de leurs tranchées^ l'ennemi, disaient-ils, ayant garni les siennes.
Au fond, ils ne désiraient que tàtcr l'adversaire,, et, ce résultat acquis, ils clamaient victoire et pertes sensibles (60 hommes par exemple...)
Sur leur front albanais, ils arguaient de concentrations puissantes ; ils excipaient d'attaques répétées et tout se résumait à quelques engagements de pclo-
290 MON COMMANDEMENT E>i OHIENT
tons. Dans les Balkans, la guerre en dentelles élaii restée leur idéal.
Pour faire face à n'importe quel événement, j'avais toujours les Français que j'avais répartis en réserve derrière les divers fronts, et en réserve générale près Salonique, tandis que pour ranimer mes bataillons coloniaux anémiés, je remplaçais par des Malgaches les hommes de leurs trains régimentaires. A mon extrême gauche, je reconstituais enQn dans la zone de Pogradec la 57* division, dont un régiment, comme je l'ai déjà dit, pouvait éventuellement étayer les Russes. Je ne voulais pas, pour ne pas les froisser inutilement, leur imposer des Français derrière leurs lignes.) Gomme cavalerie je mettais les spahis marocains à Kajalar pour pouvoir les transporter là où les nécessités l'exigeraient. Je supprimais le 8* chasseurs d'Afrique faute de cavaliers, et les deux autres régiments de chasseurs d'Afrique, près du Var ' ivaient également être utilisés partout où . it nécessaire.
A Salonique môme, le 58* chasseurs rejoigne.. .^ 2* bis de zouaves. C'était l'ultime réserve. Et pour le camp retranché où je n'avais qu'une pièce, la marine voulait bien m'en donner quatre nouvelles.
Tout le monde s'attendait à être attaqué, sauf peutêtre le général commandant en chef. Comme il est aisé de s'en rendre compte par l'exposé ci-dessus, j'avais cependant pris toutes précautions, quand !e '2± décembre*, jo quittais le commandement des années alliées.