SES COLLABORATEURS
Chœur. — Ingrat I tu as glissé sur nous, dans ton discours de réception, comme si nous n'existions pas. Â peine sommes-nous indiqués par un mot : « Mes amis et moi », et puis c'est tout. Ce mot prononcé, tu nous lâches pour courir à Pascal, à M. Singlin et aux jansénistes, — dont tu te moquais jadis comme d'une guigne. Scribe avait été plus généreux pour ses collaborateurs. Tu nous devais au moins une banquette, puisque t« gardais le fauteuil pour toi !
Marc Michel. — J'ai été ton collaborateur de la première heure ; cela valait peut-être un souvenir. Plus tard, nous avons écrit ensemble le Chapeau de
paille cTItalie. Reçois, d'ailleurs, toutes mes félicitations.
Auguste Lefranc. — Ah I nos belles années de jeunesse I II y eut un temps où nos deux noms étaient inséparables sur Taffiche du Palais-Royal. C'était le temps des Deux papas très bien, du Roi des Frontins et iï Embrassons-mous y Folleville !
Edouard Martin. — Tu m'aimais beaucoup. J'avais le don de te mettre en gaieté et de te rendre le travail agréable. Nous sommes entrés bras dessus bras dessous au Théâtre-Français avec une comédie qui s'appelait Moi^ et qui aurait pu s'appeler Nous, Mais nous avons mieux fait que Moi^ nous avons fait le Voyage de M. Perrichon. Cela suffit pour me consoler de tout, même de ton oubli.
DuRU.— Doit-on le dire? l\ parait que non, puisque tu ne le dis pas à l'Académie.
LuBizE. — J'ai été ton collaborateur dans le Msanthrope et V Auvergnat,
SiRAUDiN. — Et moi aussi. Ça fait trois. Cela devrait te gêner de porter à toi seul le poids de ce chefd'œuvre.
Eugène Nyon. — Te souvient-il de la Rue de r Homme- Armé ? Ce fut une belle soirée, un peu chaude, par exemple. Tu y donnais déjà l'essor à tes instincts réactionnaires, et le parterre de 1848 faillit nous faire un mauvais parti.
Théodore Barrière. — Qu'est-ce que j'apprends ?
9^ MOK DËRNIËH^A
Tu parles à présent de Fétiélon et de là Mère Angé-^ lique ; tu nous la fais à la bulle Unigenitus I Tu étdis bien plus drôle quand tu faisais avec moi le Papa du Prix d'honneur.
Edmond Gondij^et. — M*avoir oublié, ftio! toii collaborateur du Plus heureux des frofe /
Philippe Gille. — Et ttioi, toû collaborateur des Trente mitUons de Gladiator.
Adolphe Cholér. — Eugène, songe aux Marquises de ta Fourchette !
HiPPoLtTÊ LÊRotJi. — Et au bras d^Emest f
Raymond Deôlandes. — Et â t/n mari qui lancé sa femme I
ÂLôÊkîc Second. — Et à t/n môuion A hntrt-sol f
Delacour. — Qu'eôt-cé que Je dirai donc, moi avec qui tu partages là gloire de quatre de tes meil* leures pièces : la Cagnotte, la Sensitii^, les Petits Oiseaux et Célîmare le Bien-Aimé. De tous tes remords, je dois être le plus considérable.
Edmond Cottînët. — Passe encore pour Mdl. Le Rot (TÂmâtibou a été Un des fours les plus caractérisés de répoque*On n'aime pas à évoquer ceâ Choses* là, je le comprends.
Albert Monnier. — MâlS ïïloi, j*âi doflflô ftlâ noté dans V Affaire de la rue dé Lourdnéi qui fut un succès.
A. JoLLY. — Et iïiôi, si jiôtit qUé je soiâ^ j'âl mlô mon nom â côté du tién dans la GraïflnldtN.
Jessé. — Je t'ai prêté ma plume dans le Major Cravachon.
Decourcelle, Ernest Blum, Léon Battu, Amédée DE Beauplan, Varin, etc. — Eugène, tu nous a exploités !
Louis Leroy, Saint-Yves, Dumoustier, Moreau, Lemoine, Eugène Nus, etc. (Seconde fournée.) — Eugène tu nous fais de la peine ! Tes collaborateurs ne te l'envoient pas dire.
Leterrier et Vanloo. — Maître, vous avez fait votre dernière pièce avec nous. Nous vous en remercions.
Chœur. — Après ça, tu nous diras que tu ne nous empêches pas de nous préseoter chacun séparément à TAcadémie. Voilà le mot de la fin.