‹ Mon dernier-né: gaietés parisiennesChapitre 16 sur 58 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

Il y a peut-être quelque exagération dans le zèle qû*oh apporte aujourd'hui à recueillir les moindres bribes delà correspondance de la plupart des hommes célèbres de ce temps. On n'y met aucune mesure, on publie tout sans choix, sans discernement, au hasard, leâ niaiseries de TadoUscent, les futilités de Thomme mûrj les inutilités du vieillard.

A mon tour, j'ai Mis la maîn Sur un paquet de

lettres écrites à diverses époques par un pérSN3nflage qui a tenu une place importante; Je me décide à en

livrer quelques-unes à Timpression, pour satisfaire au goût actuel. Si elles intéressent le public, c'est qu'il ne sera pas exigeant.

A un ami d*enfance,

1846 ou 1847.

Mon cher Amaury,

Tâche de ne pas être collé dimanche. Nous irons à la foire au pain d'épice avec Littré et Hetzel. Si Vacherot veut en être, nous tâcherons de le semer en route.

Tibi.

Au même.

Quelle est belle, cette actrice qui jouait hier le rôle de Phèdre à l'Odéon I Elle m'a fait comprendre Racine, qui jusqu'alors ne m'était apparu qu'avec des airs de pensum.

Il serait bien doux de faire une partie de campagne avec une aussi sublime créature. Mais voudrait-elle accepter } Toi qui es le plus grand de nous et qui as des relations dans ce monde-là, tu devrais bien le lui proposer.

J'ai dix-huit francs d'économies.

GAIETES PARISIENNES lOQ

Réponse chez ton cousin, le quincaillier du faubourg.

Au même.

Tu sais, je ne te remercie pas du tout, mais du tout, de m'avoir prêté la traduction de la Messiade de Klopstock.

Voilà qui est assommant !

Pas le plus petit mot pour rire. De grands nigauds d'anges qui ne savent même pas tirer le canon comme les démons de Milton I

Et c'est là ce que tu voudrais me faire admirer!

Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve ; mais, si je deviens jamais un grand critique, ton Klopstock n'a qu'à se bien tenir.

Tout à toi, mais furieux.

Au même.

Je voudrais te consulter sur un petit bobo qui m'est venu.

Ne tarde pas.

A madame Anaïs Ségalas, à Reims.

Grande âme, Je viens de lire vos Enfantines. J'ai les joues

mouillées de larmes, Vous me devez une douzaine de mouchoirs.

Votre saule dévoué.

A M. NoideveaUj auteur de « Coraux et Madrépores,

poésies de la mer *.

Courage, monsieur! Vous compterez parmi les esprits marquants de ce temps; votre livre vous date.

Permettez-moi une critique de détail. Au douzième vers de votre pièce intitulée : Dans une baleine, vous faites rimer ouragan avec esturgeon. Peut-être est-ce une faute de votre imprimeur.

Allez, poète I

A Son Excellence le ministre de Vinstruction

publique,

Monsieur le ministre.

Je viens vous demander la croix poUr ttiOn âmi lô savant Verdavenne, car il ne vous la demanderait jamais. C'est la violette de la science.

En décorant Verdavenne, Votre Excellence accomplira un acte de haute justice.

J'ai rhonnèur de me dire, monsieur le ministre, votre très humble et trè$ obéissant serviteur.

GAIBTES PARISIENNES II|

A M, le directeur du bureau de f lacement ^ place

Cadet.

Monsieur,

Veuillez m'envoyer une cuisinière. Je la voudrais robuste et expérimentée, d'un âge encore jeune. Les vieux visages ne me vont guère.

Je suis assez difficile; je reçois quelques amis chez moi deux ou trois fois par semaine. Il faudrait que cette cuisinière sût faire les petits plats sucrés.

Recevez mes civilités.

A M. Amfère^ de V Académie française.

Cher ami,

Je crois bien que j*ai oublié chez vous ce matin mon parapluie. Qu*est-=-ce que votre entretien ne ferait pas oublier ) et quels horizons vous m'avez entrouverts sur la Gaule romaine I Le manche est eti corne blanche, un peu usé, comme il convient à un pèlerin des rués de Paris,

Affectueusement à Vous ^

;A mademoiselle Clématite^ au théâtrt des Variétés;

^etit serperit I Votre trahison m'est connue; C'est indigne I N'es-r

pérez pas me trouver à notre rendez-vous accoutumé du mercredi.

P. S. — J'y serai, mais pour vous y accabler!

A M. le docteur Piogey^ à Paris.

Mon cher Esculape,

C*est dans le ventre que cela me tient. Je croîs que vous appelez cela des tranchées, par empiétement sur le style militaire. Tranchées soit ; mais c'est joliment embêtant.

J'ai essayé de l'eau de riz, mais c'est comme si je chantais. M"** Bonaffé me conseille un cataplasme avec toute sorte de choses dedans.

Accourez vite me sauver du ridicule et de la souffrance.

Au Prince Jérôme Napoléon, au Palais-Royal.

Prince,

Je regrette vivement de ne m'être pas trouvé chez moi lors de la visite dont vous avez bien voulu m'honorer.

Il y a de dures déconvenues dans la vie, et celle-ci est du nombre.

Daignez, prince, être assuré de mon dévouement inaltérable .

Au même.

Prince,

Je n'ai pas de chance, en vérité.

Je venais de sortir de chez moi au moment où Votre Altesse voulait bien s'y présenter pour la seconde fois.

Je ne m'en consolerai jamais.

Daignez, prince, être assuré de mon dévouement inaltérable.

Au même.

Prince,

Une indisposition subite m'empêchera de me rendre ce soir à votre si gracieuse invitation .

Je supplie Votre Altesse d'agréer mes plus douloureuses excuses.

Daignez, prince, être assuré de mon dévouement inaltérable.

Au même.

Prince,

Vous voulez bien m'annoncer que vous viendrez demain me demander à déjeuner sans façon.

Hélas! je suis forcé de partir ce soir pour

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rendre au chevet d'une tante mourante à Loupiac-le- Vieux (Corrèze).

Daignez, prince, être assuré de mon dévouement inaltérable.

A tuadefnoiselle Rosalie de Groux-Croiâc^ à Lou-

piaC'le-Vieux {Corrèze),

Ma bonne tante,

Envoie-moi un panier de pêches. C'est mon fruit préféré, tu le sais ; je lui trouve toute sorte d'analogies avec ta douce physionomie et ton caractère si adorablement velouté.

Continue à te tenir en bonne santé ; c'est le plus sûr moyen d'être agréable à ton coquin de neveu.

A M, Liber tas, bottier ^ rue Mabillon,

Monsieur,

Je vous prie de vouloir bien tenir mes pfôchâîftes bottines un peu moins justes. Il m*est suryehii uià cor au pied droit qui m'oblige à yous faire cette recommandation.

Recevez mes saluts.

A M, A. de PoHtmaftin, à Paris, Oui, monsieur, j'ai été très lié avec ce Stendhal sur

GAIËTéS PARIStEKNES t I 5

lequel vouft me demahdea des renseignements. C*était un farceur : il écrivait fort mal et ne pensait pas miôuac.

Puisque VbUô êtes de passage à PéHs, v6tte« chez moi un ae ees matins ; je VOUS dirai le reëte.

A madame là marquise de B,,,, rut de VemeuiL

Chère marquise,

Je prends mes bougies au coin de la rue Neuve- Saint-Augustin et de la rue Chabanais. Elles me coûtent trente-deux sous là livre, fet je n'âl qu'à m'en louer depuis dix^sept nusi

Elles ont un jet trèë clair et n*exhâlent dUcune

odeur; Je dépose mon respectueux hôlhnlâge â VoS piedS,

A M. le commissaire du 8* arrondissement à Paris^

■ Monsieur le commissaire,

J'ai le malheur d'avoir une concierge extrêmement mal embouchée. Son vocabulaire est d'une richesse à désespérer feu Vadé. Il n'est pas de jour qu'elle ne me crache au visage toutes les souris rouges des sorcières de Faust.

Hier encore, comme je la menaçais de me plaindre à vous, monsieur, elle m'a traité d'andouille et souillé

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d'une vingtaine d'autres épithètes dont le papier ne supporte pas la transcription.

De quelque bienveillance dont je sois doué, le respect que je dois à moi-même et à ma situation m'oblige à recourir à votre intervention, monsieur le commissaire, pour faire cesser un état de choses qui a atteint à son plus haut degré de scandale.

Veuillez agréer, monsieur et cher voisin, l'expression de ma considération la plus distinguée.

Pour peu que nos lecteurs aient été mis en goût par ces confidences d'une de nos illustrations modernes, nous pouvons leur en promettre d'autres que nous leur offrirons dans le même désordre. Surprendre la vérité au moment où elle sort du puits, tout est là.

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