TOTO SE LIE AVEC DES PETITS CAMARADES
Des têtes blondes et roses comme lui !
Des chérubins du canal Salnt^Martià !
L'enfance est espiègle. Toto et sa bâiide s'amusaient à faire des niches aux marchands, particulièrement à ceux qui ont des étalages sur la rue.
Ils escamotaient des souliers, des saucissohs, des cravates avec une dextérité singulière.
Ce fut vers cette époque que Toto commença à jouer du couteau. Voici dans quelle circonstance : Un de ses petits camarades se plaignait du partage, selon lui inégalement fait, du produit d'une de ces, expéditions»
Toto se précipita et le frappa au-dessous de la gorge.
— Tiens ! ça t'apprendra kjacter f lut dit-Il.
C'est ainsi qu'il sut se faire respecter de bonne heure.
Ses historiens ont remarqué qu'il ti^avâlt jamaisété enclin à la lecture.
Il lisait dans le livre humain !
Un jour cependant, par extraordinaire, on le vit, le long du parapet du quai Malaquais, le nez plongé dans un volume.
Un de ses amis s'approcha, curieux de connaître l'ouvrage qui pouvait captiver Toto à ce point. C'était l'Art de découper.
Son cçe;ur parle. Premières amours
C'était par une belle soirée d'été,
Toto, qui se sentait du vague 4 Tâme et qui venait précisément de débarrasser un type de sa moqnaiei entra dana une salle de bal située du côté de Saint- Ouen.
L'archer-dieu le guettait là pour le percer d'un de ses dards.
Une fiUç belle commQ le jour, et qui avait une montre, dansait dans un quadrille.
— Voilà une belle Manon 1 se dit Toto en poissant sea acerôcbe-coeurs.
Le quadrille fîni^ il lui offrit un saladier de vin blanc.
Elle le préféra rouge.
Toto sentait son cœur bondir sous sa blouse*
— Savez-vous que je vous gobe ? lui dit-il dai\s son langage éthéré.
L'enfant abaissa pudiqiiement ses paupières frangées dé longs cils noirs.
— Gopment qu'on vous appelle ? continua TotOj
— Èclair-de-Chaleur.
— Vous avez une bien belle montre !
— Oui... c'est mon vieux qui me Ta donnée. C'était la montre de sa mère.
— M"' Éclair-de-Chaleur, voulez-vous venir vous promener ?
— Est-ce que nous ne sommes pas bien ici }
— Nous serions bien mieux au bord de Teau.
— Croyez-vous?...
Elle et lui sortirent du bal à pas lents, la main dans la main, et se dirigèrent vers la Seine.
Le lendemain, au point du jour, des maraîchers découvrirent dans une haie le cadavre de la jeune fille horriblement mutilé et ayant « subi les derniers outrages ».
Inutile de dire qu'elle n'avait plus sa montre.
Lorsque, plus tard, on demanda à Toto s'il serap pelait la date de ce meurtre :
— Parfaitement, dit-il ; c'était le jour de l'arrestation de Moyaux.
Les assassins ont leurs éphémérides.
Toto travaille dans les prisons
Toto travailla dans la prison où on le mit ; c'est-àdire il tua, — ce qui était sa manière de travailler.
GAIETES PARISIENNES I45
Il tua un gardien qu'il avait dans le nez, selon son expression, il le tua d*un seul coup de bûche, asséné par derrière sur la tête.
Ce moment d'emportement va coûter la vie àToto.
J'ai vu des jolies femmes suivre avec passion son procès à la cour d'assises.
C'est que Toto est un gentil garçon de vingt ans à peine, un petit blond à l'air éveillé.
Et les jolies femmes murmuraient à l'audience en le regardant :
— Quel dommage !
Toto document humain
Toto est un produit de notre époque goguenarde et cynique.
Dans sa prison, il joue au jeu des combles avec son gardien.
Avant-hier, il a fait demander du papier et de Tencre pour écrire des vers.
Et il a écrit ceci :
Adieu, mes bons, mes chers amisl Je m'en vais me tirer des pattes, oui, Ou plutôt de la tête.
Et c'est là ce qui m'embête.
Je vais quitter ce grand Paris.
Il faut s'esbigner cette fois* Comme l'oiseau au fond des bois.
Mais ce qui me parait le plus affreux, C'est qu'on va me couper eh deux.
On aurait pu se contester d'une jambe.
Enfin, il faut sauter le pas ; C'est ce qu'on appelle le trépas.
C'est tout de même rien de veine.
J'aimerais bien mieux battre la flême Sur le boul' Miche ou à la Villette, Et partout où un vent pur souffle.
C'est fini. Soufflez la camoUfflc 1
Tel est le chant du cygne de Toto.
Je parie qu'il mourra bravement.
Tant pis I