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LES FOUS QU'ON N'ENFERME PAS

Jamais autant qu'à notre époque le problème si compliqué de la folie n'avait été à Tordre du jour. Il est vrai que les phénomènes se multiplient dans une effrayante proportion.

Être fou, c'est bien ; vous voilà classé ; on vous donne une chambre et un numéro. Mais comment devient-on fou ?

Un jour, un monsieur tente de se déshabiller complètement sous les arcades du Palais-Royal, après s'y être promené la veille en tenant en laisse un homard vivant au bout d'un ruban bleu. C'est Gérard de Nerval.

Une autre fois, un acteur signe un bon de douze mille francs à un de ses camarades au café des Bouffes-Parisiens. C'est Gil-Pérès.

Ces pauvres acteurs! ce sont eux qui fournissent le plus fort contingent à la statistique aliéniste. Comptez-les depuis une trentaine d'année : Lassagne, André Hoffmann, Guyon, Lacourrière, Camille, Berton père, Desrieux, Montbazon et bien d'autres I

GAIETES PARISIENNES I57

A quoi cela tient-il?...

On ne peut faire autrement que d'enfermer les fous qui sont une cause d'agitation dans le public. Mais il en est d'autres qu'on n'enferme pas, d'abord parce qu'on aurait trop à faire, vu leur nombre infini ; ensuite parce qu'ils gênent peu de monde.

Parmi ceux-ci, il faut ranger en première ligne les fous atteints par la folie de la persécution.

Cette catégorie est — avec la folie des grandeurs — une de celles auquelles se rattachent le plus de fous comiques.

Il y a quelque temps, j'achetais sur les quais un volume in-8* portant ce titre singulier :

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